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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 16:06
Poupée Vaudou
Poupée Vaudou

 

 

Le 14 mai 2020

Une nouvelle rubrique morbide est née sur tous les médias et principalement  les chaînes d’informations en continu : Le décompte des morts de la pandémie que l’on annonce sans ménagement, comme s’il s’agissait des scores de matchs de football. Terribles décomptes de la mort d’êtres humains qui apparaissent sous forme de statistiques fluctuant d’un jour à l’autre. Un record annonce un présentateur de J.T comme s’il s’agissait d’une performance.

Il existe même un classement par nation, comptage macabre qui place celle-là en tête suivi de celle-ci qui pourrait la surpasser dans les jours prochains. Ahurissant. Cette hécatombe est traitée comme s’il s’agissait d’une compétition, un immense jeu de quilles fauchées inexorablement par le virus, alors qu’il s’agit de centaines de milliers de drames humains, qu’il est impossible d’appréhender, car chaque cas est unique. La déshumanisation des victimes de la pandémie glace d’effroi car enfouis sous ce monceau de cadavres anonymes se cache un proche, un ami.

L’information du public ne peut en aucun cas excuser la désinvolture quand il s’agit de vies humaines.  

 

Cette pandémie m’a inspiré une fiction…fiction ?

L’épidémie avait cessé de progresser un temps, l’espoir d’un retour à la vie normale revenait. Cependant loin d’être jugulée elle continuait de ramper sournoisement à travers toute l’Europe. Alors que les statistiques indiquaient un ralentissement notable des hospitalisations, que le nombre des morts allait décroissant, profitant de l’insouciance coupable des populations le virus resurgissait comme revigoré, plus virulent que jamais, telle l'Hydre, semant la mort dans tous les pays, sans exception. Les hôpitaux ne répondaient plus à la demande. Une file ininterrompue de brancards s’entassaient dans les couloirs, allaient jusque sur les parkings, abandonnés par des infirmiers à bout de force. Une vague de panique s’emparait des populations qui accusaient les dirigeants de mensonge et d’incompétence. La colère se transformait en émeutes, les magasins étaient pillés, des incendies ravageaient des quartiers entiers sans que les pompiers pussent intervenir. La loi martiale était décrétée en Europe. Les gens se terraient à leur domicile. Les cadavres jonchaient les trottoirs. L’armée envahissait les rues avec l’ordre de tirer à vue sur les manifestants et les pilleurs. Des quartiers entiers étaient désertés comme si une bombe avait balayé les rues.

Malgré l’interdiction des autorités, les populations quittaient les agglomérations, un exode tel que l’on en avait connu lors du deuxième conflit mondial,  s’organisait sur les routes, provoquant d’immenses bouchons. Les plus fortunés formaient des files d’attente interminable aux aéroports du Bourget et Villacoublay où des vols clandestins étaient organisés sur des jets privés. Un Paris-La Môle (près de Saint-Tropez) coûtait deux cents mille Euros. Nulle possibilité de se rendre à l’étranger sous peine de voir l’aéronef  détruit par un missile.

 

Si les pays du Maghreb étaient durement frappés malgré la jeunesse de la population, l’Afrique de l’ouest ne révélait que quelques cas bénins. Le seul décès enregistré au Sénégal était un homme âgé rentré au pays avant la reprise de la pandémie en Europe.  Encore que l’on n’était pas certain des raisons de la mort du vieillard dont on ne connaissait pas l’âge exact. Les autorités sanitaires ne donnaient pas d’explication à cette anomalie ou plutôt un cocktail de raisons plus ou moins scientifiques, comme la jeunesse de la population, le soleil, la prise de certains médicaments contre le paludisme on invoquait même le Vaudou. Les féticheurs faisaient des affaires en or.

La grande crainte des dirigeants de la CEDEAO était de voir arriver des européens propagateurs du virus dans leurs pays. Des précautions draconiennes étaient instaurées aux frontières et dans les ports pour empêcher l’intrusion de l’homme blanc. Ceux qui résidaient sur place avaient été renvoyés dans leur pays d’origine sans exception. Ainsi l’ambassadeur de France, malgré de véhémentes protestations avait été escorté jusqu’à l’aéroport et installé sur le dernier avion, une antiquité de l’ère soviétique, en partance pour l’Europe.

L’Afrique de l’ouest n’était plus peuplée que par des africains, malgré les difficultés économiques que cela allait engendrer, mais qu’importe : La santé avant tout clamaient les Présidents, tout en s’excusant auprès des dirigeants européens.

Cette situation aurait pu perdurer sans l’opiniâtreté de femmes et d’hommes à vouloir pénétrer à tout prix dans ce nouvel Eldorado quitte à risquer leur vie dans des entreprises périlleuses, aubaines pour les passeurs dont l’activité, encore plus juteuse qu’auparavant, reprenait. Mais dans l’autre sens. Ainsi voyait-on des images déjà vues mille fois, cette fois sur les écrans des télévisions africaines. Naufrages, sabordages, noyades, bateaux surchargés de femmes, d’enfants, d’hommes épuisés, affamés que les garde-côtes africains avaient peine à dissuader d’accoster. "Aucune exception sinon c’est notre perte" clamaient les chefs d’états, car si l’on en prenait un il fallait tous les prendre et ça c’était hors de question.

Cependant toute cette misère, et les drames qui en résultaient,  commençaient à créer quelques failles dans l’unité affichée notamment au sein de la population qui voyait dans cette posture inhumaine une revanche que quelques Présidents paraissaient assumer, mais qui n’était pas dans la philosophie de l’homme africain (même si celui-ci n’était pas entré dans l’histoire, dixit Sarkozy)

Une nouvelle réunion des Présidents de la CEDEAO allait déboucher sur un compromis alliant humanité et pragmatisme.

L’afflux des migrants prenait des proportions inquiétantes. Certains n’hésitaient pas à traverser le désert du Mali d’est en ouest, braver les moudjahidines d’Al Qu’Aïda, pour arriver à moitié mort au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Togo…

Les gouvernements décidèrent d’en accueillir quelques-uns après un dépistage implacable. Un quota par pays était établi. Mais auparavant, avant de pénétrer sur le territoire convoité, les migrants devaient se plier à une quarantaine des plus strictes sur une île déserte de l’archipel guinéen des Bijagos. Des huttes construites à la hâte sur les îlots dos Cavalos, Poiläo, Cute, accueillaient les aspirants à une vie sans virus. Les migrants étaient soumis à un examen toutes les semaines, les malades détectés, impitoyablement renvoyés par bateau dans leur pays d’origine.

Ainsi les africains retrouvaient le sens inné de l’hospitalité qui avait fait défaut jusqu'alors. Mais cette hospitalité n’était pas totalement désintéressée, la rancœur n’était pas exempte.

A la fin du confinement, les survivants étaient testés suivant leur capacité physique à exercer une activité. Qu’importe le métier qu’ils exerçaient auparavant, des fonctionnaires zélés leur attribuaient les tâches que l’homme africain, même de modeste condition, rechignait à accomplir. Ramassage des ordures, goudronnage des routes, nettoyage des usines et bureaux, tâcherons dans la construction… Les femmes étaient astreintes aux tâches agricoles et pour les plus chanceuses à la garde des enfants. Ainsi un ancien dirigeant d’entreprise informatique balayait huit heures par jour les caniveaux et les trottoirs de Dakar pour quelques centaines de Francs CFA. Juste de quoi ne pas mourir de faim et payer le loyer d’une misérable case dans le bidonville de Baraka (les africains ne manquent pas d’humour).

Dans tous les pays de Dakar à Libreville, de Yaoundé à Lomé, d'Accra à Abidjan…l’on bénissait cette main d’œuvre bon marché qui ne rechignait pas au travail quoique on leur demandât.   

 

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