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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 14:02

Dimanche 3 décembre 2017

AUX CINQ RUES LIMA -  291 pages -

22 EUROS -  Gallimard

 

 Cette chronique est parfaitement impartiale, parce que VARGAS LLOSA est l'un de mes écrivains cultes que je n'ai pas manqué d'encenser  lors de mes chroniques précédentes. 

Je me suis posé une question essentielle : Est-ce que l'éditeur lit le texte d'un écrivain célèbre (s'il en est) avant de le publier ? Pourquoi cette question ? Parce que ce roman est EPOUVANTABLE et le mot est faible, je vais tenter de faire mieux sans tomber dans piège du vulgaire car ce roman est d'une vulgarité et d'une bêtise incommensurable.

Lorsque l'on s'aventure sur les sentiers incertains de la littérature érotique il y a un abîme dans lequel il convient de ne pas tomber c'est la pornographie. Et là, l'auteur y a sauté avec  délectation. Tout le monde n'a pas le talent du marquis pour décrire des scènes dans lesquelles deux femmes se livrent aux plaisirs de relations saphiques, en particulier ce pauvre Vargas Llosas, car en plus d'être ridicule, la description des ébats de ces deux femmes, avec des mots que je pensais définitivement sortis du vocabulaire érotique, ressemblent à celles d'un être lubrique regardant par le trou de la serrure.

Prenant le parti de dénoncer la main mise du pouvoir de FUJIMORI sur le Pérou, Vargas Llosa se complait dans une romance débile, dont le sujet a été abordé à maintes reprises souvent avec talent : La corruption.

Il mêle à cette période noire du Pérou, les tribulations de deux couples (aisés) et les révélations du rédacteur en chef d'un torchon dont le nom est : Striptease. Les personnages sont des caricatures improbables affublées de sobriquets ridicules : Ma blondinette pour Marisa ou bien Marisette, Chabelette pour Chabala, ou encore Riquiqui pour une journaliste du torchon. Marisette et Chabelette se livrent à "des cochoncetés" (c'est dans le texte) et l'une d'elle "besogne" sa partenaire.

Il y a eu des moments où j'ai ressenti l'envie irrépressible de jeter ce bouquin par la fenêtre. 

Je vous offre un pur moment de littérature : 

Le chapitre V de mon dernier roman, le plagiat. 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PLAGIAT

CHAPITRE V

La chambre du Hilton Opéra, réservée par Claude possédait deux lits séparés  par un bon mètre. Cette attention rassura Pauline. Même si son compagnon de voyage était gay, elle préférait ne pas partager le même lit. Non qu’elle craignait de subir ses avances, mais elle avait conscience que son physique ne la laissait pas indifférente.

Durant le voyage en avion elle avait apprécié sa conversation. Il avait montré de l’empathie lorsqu’elle lui avait révélé la déchéance de sa famille, s’était inquiété du sort de ses parents. Par contre il s’était montré peu loquace sur lui-même, il lui avait semblé que sa vie se résumait à sa rencontre avec Claude Castel, pour laquelle il éprouvait une quasi-vénération.

Ils dînèrent dans une brasserie à touristes sur le boulevard des Italiens avant de rejoindre leur hôtel. Quentin sortit une demi-bouteille de champagne du minibar. Ils rirent de bon cœur devant une pitoyable émission de télé-réalité, puis passèrent en revue, une dernière fois, les détails de la journée de demain. Le rendez-vous était fixé à quatorze heures.

Elle le convainquit de la laisser monter seule à l’appartement, malgré les ordres de Claude, il restera au pied de l’immeuble et n’interviendra que s’il se montrait agressif. Ce dont elle doutait.

 

Pierre Mazet était anxieux, il ne savait quelle attitude adoptée lorsqu’il ouvrirait sa porte à Pauline. Il hésitait entre une froide indifférence et un accueil cordial comme s’il ne s’était rien passé. Il avait mis de l’ordre dans l’appartement, fait le ménage, et… changé les draps de son lit, sans trop de conviction tout de même. Il attendait Pauline avec impatience, curieux d’observer son comportement après sa sortie mouvementée lors de sa dernière visite. Sera-t-elle repentante comme le laissait présager ses messages ou bien d’une froideur impassible ?

Il marchait de long en large dans le salon, le regard fixé sur le tapis, répétant intérieurement les différents scénarios qu’il avait mis au point suivant l’humeur affichée par Pauline. Mais plus que tout, l’homme de lettres reprenant le dessus sur l’amoureux transi,  était impatient d’avoir en main la suite des cinq chapitres de « La fortune des Maréchal ». Il les avait lus, relus, imprimés, c’était exceptionnel. Si la suite du roman était de la même veine, alors il tenait là un chef d’œuvre. Cet ouvrage tombait à point, car depuis de longs mois il n’avait rien proposé de sérieux au comité d’éditions du mercredi et, bruissait dans les couloirs de la prestigieuse maison, la rumeur de son éviction.

Quand il ouvrit la porte, il remarqua immédiatement la pâleur de Pauline, au point qu’il pensa qu’elle se trouvait mal. Il eut alors le geste inconsidéré d’écarter les bras comme pour l’étreindre. Elle eut un brusque mouvement de recul, le considérant d’un air effaré. Il se confondit piteusement en excuses. Les retrouvailles ne pouvaient être plus désastreuses. Elle entra d’un pas décidé et resta plantée au milieu du salon où les stigmates de son passage dévastateur avaient disparu. Chaque bibelot avait retrouvé sa place, même si quelques-uns présentaient des traces de rafistolage. Manquait le vase de chine de l’entrée, cannes et parapluies reposaient contre le mur.

- Je suppose que vous avez changé les draps !

Il resta pétrifié à l’entrée du salon, abasourdi par l’impertinence du ton et la posture que la frêle et timide jeune femme qu’il avait connue adoptait. Il avait tout envisagé sauf cette arrogance. Il était obsédé par le manuscrit.

- Oublions ce qui s’est passé, bafouilla-t-il. C’était une erreur, je n’aurais jamais dû….

- C’était un viol !

Il restait les bras ballants, ne sachant que faire, partagé entre l’envie de la jeter dehors ou  la supplier de lui pardonner un crime qu’il n’avait pas commis.

Elle s’assit sur l’ottomane, ouvrit son sac et lui lança le manuscrit qui atterri à ses pieds.

Il le ramassa, le serra contre sa poitrine.

- Je vous promets de le lire rapidement. Veux…voulez-vous un thé.

Elle le considéra d’un air méprisant.

- Je repasserai demain à la même heure, avec Paul Jara, l’auteur. Nous avons rendez-vous chez Fouyard si vous n’étiez pas intéressé.

Elle se redressa, fit mine de parcourir les titres des ouvrages soigneusement rangés sur les étagères, jusqu’à l’entrée du petit bureau, jouxtant la chambre à coucher, dont elle détailla rapidement l’aménagement.

- Je peux vous emprunter celui-ci, demanda-t-elle en désignant un livre de la Pléiade consacré aux œuvres de Fernando Pessoa.

- Oui..oui je t’en prie. Tu me le rendras quand tu l’auras lu. J’y tiens beaucoup.

Sans y prêter attention il avait repris le tutoiement.

Elle se retourna, le visage crispé.

- Excusez-moi.

Le livre à la main, elle se dirigea vers la porte d’entrée.

- A demain, dit-elle en refermant la porte.

Quentin patientait en bas de l’immeuble. Il l’a regarda d’un air scrutateur.

- Tout va bien, dit-elle, j’ai eu le sentiment qu’il tenait plus à obtenir le manuscrit qu’à me voir. Je lui ai laissé jusqu’à demain en le menaçant d’aller chez un concurrent. Il va passer une nuit blanche. Son ordinateur se trouve dans un petit bureau près de la chambre.

Il lui entoura les épaules de son bras, et se dirigèrent vers le boulevard Jourdan en riant.

 

Une fois que Pauline eut quitté son appartement, Pierre Mazet, le manuscrit entre les mains, restait circonspect. Il n’arrivait pas à analyser le comportement agressif de Pauline, elle semblait lui en vouloir comme s’il avait abusé d’elle lorsqu’elle était venue lui proposer son roman. Brusquement, le mot qu’elle avait prononcé lui revint à l’esprit. Viol. Comme pour se convaincre, il se remémora la scène de leur première rencontre, se souvint parfaitement qu’elle prenait congé, puis, contre toute attente, l’avait embrassé farouchement sur la bouche, sans qu’il n’eût rien fait pour provoquer ce geste stupéfiant. Il est vrai qu’à ce moment, il avait profité de la situation de trouble dans lequel elle semblait être. Mais quel homme dans ces conditions n’aurait pas tiré parti de cette aubaine ? 

Il haussa les épaules, marmonna quelques mots incompréhensibles, et s’allongea sur l’ottomane, la tête soutenue par un coussin. Lire trois cents pages en quelques heures ne le rebutait pas. Il oublia le dîner, la fraîcheur du soir qui entrait par une fenêtre restée ouverte, une soirée mondaine à la société des auteurs où il était de bon ton de se congratuler, même si le nombre des lecteurs se réduisait chaque année comme peau de chagrin.

Subjugué par la lecture du roman, les heures qui s’égrenaient n’avait pas de prise sur  l’attraction qu’exerçaient sur lui les lignes qu’il lisait et relisait comme pour se convaincre, si besoin en était, qu’il tenait bien entre ses mains un futur best-seller, au point qu’il regrettait amèrement de ne pas en être l’auteur. Cette pensée lui traversa l’esprit tel un missile.

Lentement, cette folle éventualité s’insinuait insidieusement dans tout son être. Il la repoussa avec véhémence, la mettant sur le compte de l’épuisement dans lequel il se trouvait. Il quitta l’ottomane, s’étira, marcha jusqu’à la fenêtre qu’il ferma. Les premières lueurs de l’aube aux doigts de rose coulaient entre les bosquets des tulipiers, ranimaient le lac endormi. La patine bleutée des statues donnaient un aspect irréel au parc.

Trente ans auparavant, il avait  rendu hommage au père de la littérature dans son roman, dépeint avec talent des levers de soleil au-dessus des dunes fauves, les murs de la citadelle flamboyant. L’inspiration l’avait abandonnée, il vivait dans le souvenir du jeune homme adulé. Que ne donnerait-il pour revivre ses instants de grâce ?

 Il se dirigea vers la cuisine, fit chauffer de l’eau. Tout en buvant son thé, le regard fixe, il ne parvenait pas à chasser de son esprit la perspective de s’approprier ce récit. Inexorablement, l’idée, faisait son chemin comme le ver dans un fruit talé. Il décida de s’accorder quelques heures de repos, se dirigea vers la chambre, jeta un regard furtif au manuscrit, comme l’on regarde un objet défendu, s’allongea sur le lit. Les yeux rivés sur le plafond, il savait qu’il ne trouvera pas le sommeil.

Il sortit de son lit sans avoir fermé l’œil, mais en ayant pris sa décision. Il avait décidé de ne pas tergiverser, et proposer une grosse somme d’argent pour s’approprier le roman. Spéculant sur la faillite des de Lanzac, il pensait que Pauline et ce jeune auteur inconnu du public seraient trop heureux d’accepter de lui vendre le manuscrit contre une somme d’argent plus que conséquente. Il  proposera deux-cent-mille Euros, plus un intéressement sur les droits. Ragaillardi, il fila vers la cuisine où il but une tasse de thé, avant de se rendre dans la salle de bain. Il déjeuna frugalement, peaufina ses arguments, revêtit son plus beau costume, laissant le col de sa chemise blanche ouvert, afin de cacher son anxiété sous le couvert d’une tenue désinvolte. Il se contempla dans le miroir en pied de l’entrée, s’exerça à quelques sourires, mimant les gestes d’un homme s’apprêtant à parler affaires. 

Il tournait en rond dans le salon, remettant sans cesse en place les mêmes bibelots, examinant pour la nième fois le tableau endommagé par pauline qu’il avait fait restaurer à grand frais, quand, enfin, le carillon de la porte d’entrée tinta. Pétrifié, il s’essuya les mains avec son mouchoir et ouvrit la porte, sourire crispé sur les lèvres, tentant d‘adopter l’attitude maintes fois répétée d’un homme ravi d’accueillir des amis. Cette contenance n’abusa pas Pauline qui passa devant lui en le considérant d’un œil goguenard. Il tendit une main obséquieuse à l’auteur, Paul Jara, alias Quentin Jauréguy,  qui la serra vigoureusement.

Pauline avait déjà pris place sur l’ottomane, bientôt rejointe par Paul Jara. L’éditeur s’assit face à eux, le manuscrit entre les mains. Un silence pesant s’installa. Pierre Mazet proposa du thé qu’ils refusèrent, le laissant dans la position de celui qui devait entamer la conversation, sans savoir comment l’aborder.

A bout de patience, Pauline lança  un « Alors » qui le fit sursauter.

- J’ai lu attentivement le roman de Paul…Vous permettez que je vous appelle Paul ?

Il opina de la tête sans se départir de son sourire.

C’est bon pour un premier roman, mais je ne vous cache pas qu’il sera difficile de l’imposer au comité car en ce moment compte tenu de la conjoncture….

- Epargnez-nous ce discours de politicien ! Le coupa Pauline.

Il déglutit.

-- Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grande partie des bonnes maisons d’éditions ont été rachetées par les mastodontes de la profession. A la direction de ces petits éditeurs, il ne reste que des salariés qui ne prennent plus le risque de soutenir un écrivain inconnu du public. C’est pour cette raison que les étagères des libraires regorgent de bouquins d’anciens footballeurs, d’acteurs de téléréalités, de politiciens, et autres écrivains qui font de la littérature aux kilomètres.

 Ce roman aurait beaucoup plus de chance… Il s’arrêta comme à bout de souffle…. si son auteur était quelqu’un de célèbre, du moins  reconnu en littérature.

Un sourire sarcastique s’inscrit sur les lèvres de Pauline.

- Comme vous par exemple.

- Oui…par exemple. Dit-il d’une voix imperceptible.

- Vous plaisantez, je suppose !

Il les regarda tour à tour puis baissa la tête comme un enfant qui allait avouer une quelconque  faute.

- J’ai une proposition à vous faire.

Il prit une longue inspiration, se tritura les mains.

- Voilà, je peux vous donner deux-cent-mille Euros, si vous me cédez le manuscrit, et un intéressement substantiel sur l’à-valoir et les droits d’auteur.

Ils se dévisagèrent, effarés.

-- Vous parlez sérieusement ?

-- Oui.

Consciente de la honte qui étreignait le grand écrivain de proposer une offre aussi dégradante que s’approprier l’œuvre d’un autre, Pauline le dévisagea, effarée. Elle ne comprenait pas qu’un homme de sa trempe  se résignât à une telle infamie.

 Se redressant brusquement, elle lui retira le manuscrit des mains et intima à Paul Jara de la suivre. Celui-ci surpris par le ton se précipita. Sur le seuil de la porte d’entrée, elle l’observa, un air de dégoût sur le visage.

-- Nous devons en parler entre nous. Je vous appellerai pour vous faire part de notre décision.

Il hocha une tête pitoyable à voir.

Parvenus sur le trottoir, Pauline regarda Quentin les yeux écarquillés.

-- Tu arrives à y croire ?

-- C’est vrai que c’est plutôt surprenant, répondit-il en souriant. Tu as été parfaite dans le rôle de la femme scandalisée.

-- Nous allons demander à Claude ce qu’elle en pense.

Ils prirent la direction du boulevard. Il lui enlaça les épaules. Elle appréciait ce geste, sans imaginer un autre sentiment que leur amitié.

Bientôt le chapitre VI... 

 

 

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 15:12

Le 18 novembre 2017

Qu'est ce qui alimente aujourd'hui les conversations médiatiques, la Syrie, le Liban, la famine au Yémen, la fin du dictateur du Zimbabwe... ? Non le petit monde des folliculaires bruisse de la guerre picrocholine que se livre à coups de phrases assassines Charly Hebdo d'un côté et la moustache hérissée d'Edwy Plenel  de l'autre.

En cause les accusations de viol lancées par deux femmes à l'encontre de Tariq Ramadan, celui que je nomme le bouc émissaire idéal. Je ne me permettrais pas de prendre partie, je n'étais pas dans la chambre d'hôtel où se sont passés les faits présumés et les gens de Charly non plus (je crois)

Personnage sulfureux pour les uns, philosophe pour les autres, théologien islamique, Ramadan n'a jamais laissé indifférent  la média-sphère, Nadine Morano, et tous ceux qui, pour des raisons diverses, ont besoin de publicité à bon compte.

Pour ma part je reste dans l'expectative et recommande toujours le livre entretien entre Edgar Morin (dont personne ne peut mettre en doute l'honnêteté intellectuelle) et Tariq Ramadan :

Au péril des idées.

 

LE PLAGIAT

Chapitre IV

Claude l’attendait dans le hall d’arrivée des vols domestiques. Au son de sa voix, sans que Pauline ne révélât quoi que ce soit, elle avait compris que ça ne s’était pas bien passé. L’apparition de son amie confirma ses craintes. Elle avait le visage livide et crispé et marchait d’un pas saccadé. Claude lui sourit, l’embrassa sur les joues, ne posa aucune question, la guida vers le parking où attendait le Cayenne.

Arrivées à l’appartement, Pauline s’effondra sur le canapé, la tête entre les mains.

-- Raconte, chuchota Claude en entourant ses épaules de son bras.

-- Je pourrai jamais te rembourser !

-- Si tu savais comme je m’en fous !

-- C’est un salaud, il a profité du fait qu’il me tenait pour me violer.

Claude resta stupéfaite.

-- Qu’est-ce que tu racontes ?

Redressant la tête, les yeux embués de larmes elle donna sa version des heures passées en compagnie de Pierre Mazet, qu’elle qualifia de vieux sadique. Fascinée par le discours qu’il lui avait tenu, où il apparaissait comme une autorité de la littérature française, il s’était vanté de faire d’elle une auteure renommée. Conscient de l’effet produit, il lui avait promis la publication de son roman, si elle se montrait docile. Comme envoutée, sous la pression de la situation désespérée de sa famille et la dette qu’elle avait envers elle, elle avait cédé. Elle l’avait suivie dans sa chambre comme une automate, et subie ses assauts avec dégout.

Claude quitta brusquement le divan, hors d’elle.

- Tu n’as pas fait ça !

Pauline ne répondit pas.

Accablée par la naïveté dont Pauline avait fait preuve, elle arpentait la pièce de long en large, en secouant la tête comme si elle refusait de croire les paroles de Pauline, prostrée sur le divan.  Elle s’immobilisa face à elle, Pauline leva la tête, des larmes glissaient le long de ses joues.  La rage sourde qui la tenait se retourna contre l’éditeur qui avait tiré parti de la crédulité d’une ingénue. L’image de ce quinquagénaire forniquant avec son amante lui soulevait le cœur. Elle pensa qu’elle aura besoin de beaucoup de temps pour l’effacer.

- Quand je suis revenue le lendemain, reprit-elle, les feuilles de mon manuscrit trainaient éparpillées sur le sol. Manifestement, il n’avait lu que quelques pages avant de s’endormir. Quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait, il a était incapable de prononcer un mot. Alors je ne sais pas ce qui m’a pris, après avoir ramassé les feuilles, j’ai tout cassé sur mon passage en quittant l’appartement de ce salaud.

Claude, considéra son amie, le désarroi qu’elle affichait. Elle manqua se précipiter sur elle la prendre dans ses bras, l’embrasser. Elle resta figée sur place, elle avait besoin de réfléchir à tout ça.  

- Je dois me rendre à la galerie, tu veux venir avec moi ?

- Je préfère rester là, si tu le permets.

- Bien sûr, fais comme chez toi.

Elle attrapa sa veste, et sortit.

Restée seule, Pauline s’allongea sur le divan face aux fenêtres. Par le jeu d’un phénomène subconscient, d’autosuggestion, elle croyait fermement en la version de l’histoire qu’elle avait rapportée. Qu'elle était le reflet exact de la vérité, qu’elle avait bel et bien été violée par ce pervers qui l’avait menée dans sa chambre en la tenant par les épaules. Elle se remémorait parfaitement la scène. Il n’y avait aucun doute.

Ce qu’elle avait subi appelait une vengeance à la hauteur de la souffrance qu’elle éprouvait. Rassérénée par la conviction qu’elle n’était qu’une victime et non une manipulatrice, elle se dirigea vers la cuisine et ouvrit le réfrigérateur.

Inquiète du sort de son amie, avec laquelle elle pensait s’être montrée injuste, Claude ne resta que quelques minutes à la galerie, le temps de mettre en place quelques photographies de Brian Duffy qu’elle venait de recevoir de Londres. Il s’agissait de photos de femmes en noir et blanc prises de dos dans des postures  érotiques.

La répulsion qu’elle avait éprouvée envers Pauline, coupable d’un acte insensé et méprisable qui s’était prostituée pour un misérable bouquin, se muait en un acte de bravoure accompli par une femme désespérée, abusée par un homme qui détenait son destin entre ses mains. Elle se reprochait amèrement de ne pas l’avoir accompagnée. A l’image de son père, elle détestait les hommes de pouvoir.   

Elle trouva Pauline assise à son bureau devant son ordinateur.

- Tu as trouvé le mot de passe ? dit-elle en souriant.

- Ce n’était pas compliqué.

Elle passa derrière son amie, lui effleura la nuque.

- Que cherches-tu ?

- J’ai une idée pour démolir  la réputation de cette ordure.

- Dis-moi.

Pauline dévoila en détail le plan machiavélique qui avait germé dans son esprit. Au fil de l’exposé du stratagème qu’elle avait mis sur pied, le visage de Claude montra un étonnement amusé puis de l’inquiétude.

- Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort !

Les traits du visage de Pauline se durcirent.

- Si c’est ce que tu veux, abdiqua Claude.

Le soir venu, après avoir dîné et fait la paix à la Petite gironde, quai des Queyries, Claude rejoignit Pauline dans le lit de la chambre d’ami, sans que celle-ci ne protestât.

 

Pauline se souvenait d’un bouquin qu’elle avait lu adolescente, que son père lui avait ramené d’Italie. Il l’avait déniché, avec quelques autres, chez un brocanteur et ramené à sa fille afin qu’elle se perfectionne dans la langue de Dante. Douée en latin, elle n’avait éprouvé aucune difficulté à parler et écrire parfaitement l’italien. Ce roman, dont elle ne se souvenait ni du titre ni du nom de l’auteur l’avait profondément marqué. L’action se déroulait en Sicile, au sein d’une bourgeoisie très pieuse.  Il était empreint d’une cruauté latente où il était question de passions contrariées par les intérêts financiers de famille ennemies. Le meurtre de l’héroïne l’avait bouleversée.

C’était sans aucun doute la reliure en cuir patiné qui avait attiré son père et avait valu qu’il soit remisé dans la bibliothèque du château. Elle ne savait expliquer pourquoi ce roman lui revenait soudain à l’esprit, mais elle avait la conviction qu’il pourrait être la pièce maîtresse du plan qu’elle avait échafaudé.

Le lendemain, elle emprunta le Cayenne de Claude et arriva au château aux aurores. Le Setter sur les talons, elle se dirigea vers la bibliothèque, passa devant son père auquel elle adressa un bref bonjour. Vêtu d’un peignoir jaune pisseux passé à la hâte, les cheveux ébouriffés, il la regardait comme si elle avait perdu la raison.

Elle parcourut les rayonnages sans trouver ce qu’elle cherchait, il y avait quelques vides occupés autrefois par des éditions anciennes aux couvertures enluminées qu’elle ouvrait pour les images. Dépitée, elle supposa qu’il avait été saisi par les huissiers, au même titre que les centaines d’objets qui avaient disparu.

Son père finit par lui demander la raison de cette intrusion dans la bibliothèque à une heure si matinale. Quand elle lui expliqua ce qu’elle recherchait, il la toisa avec un air de stupéfaction.

-- Tu veux dire que tu as fait tout ce chemin aux aurores pour un bouquin insignifiant ?

Elle le dévisagea avec un tel mépris, qu’il baissa la tête et s’excusa.

-- Je ne pensais pas que tu attachais tant d’importance aux cadeaux que je t’ai faits.

-- Il ne s’agit pas de ça.

-- Tu devrais aller voir à la cave près du cellier, j’y ai entreposé tout un tas de choses que je ne voulais pas voir tomber entre les mains de ces vautours.

Parmi tout un tas d’objet hétéroclites, de meubles, photos, tableaux de famille, il y avait quelques livres placés sur les étagères d’une vieille armoire dont la porte manquait. Elle le vit immédiatement, le saisit, souffla sur la poussière, le caressa comme s’il s’agissait d’un objet précieux.    

 L’auteur s’appelait Pietro Cannavaro. Le roman s’appelait « La fortune des Forza »

Triomphante, elle remonta dans la salle de réception, découvrit son père à la cuisine, lui dit au revoir en lui posant un baiser sur la joue, et se précipita vers la sortie, laissant Hugues de Lanzac dans l’expectative.

Dès son retour à Bordeaux, elle se mit immédiatement au travail. Prise au jeu, Claude, jouait l’assistante.

En premier lieu, elle effectua une recherche approfondie afin de déterminer si le roman possédait les critères indispensables pour abuser Pierre Mazet et le petit monde de la littérature française.

 Elle retrouva la trace de l’auteur sur internet. Sa biographie était succincte. Pietro Cannavaro avait écrit ce roman durant la seconde guerre mondiale. Il avait été publié un an après la fin du conflit par une célèbre maison d’éditions de Turin et obtenu un vif succès auprès des critiques. L’époque troublée d’après-guerre, la chasse aux partisans de Mussolini, avait occulté le succès. Tiré à quelques centaines d’exemplaires, il n’avait pas franchi les limites de la péninsule. L’auteur, dont c’était la seule œuvre connue, avait succombé à la fièvre jaune contractée en Libye quelques mois après la sortie du livre, et était tombé dans l’oubli.

Son intuition ne l’avait pas trompée. L’œuvre correspondait parfaitement à l’usage auquel elle la destinait. En outre, réparer une injustice en réhabilitant l’auteur lui donnait bonne conscience.

Si elle avait transporté l’action, laquelle à l’origine se déroulait dans un milieu bourgeois de l’Italie du sud, dans une ville du sud-ouest, elle s’efforça de réaliser une traduction aussi fidèle que possible. Chapitre après chapitre, elle acquit la certitude que ce roman était un véritable chef-d’œuvre. Outre l’intrigue relatant la passion amoureuse entre deux jeunes gens issus de familles ennemies, l’auteur, dans un style remarquable, avait réussi le tour de force de reproduire l’atmosphère délétère d’avant-guerre pesant sur l’Italie fasciste  particulièrement sur cette région pauvre où les passions étaient exacerbées par la chape vert de gris qui s’abattait sur  l’Europe. Le récit était réaliste au point que le lecteur avait le sentiment de se fondre à cette population peinte avec une rare acuité.

Il fallut trois mois de travail acharné pour que le plagiat fût achevé. A la relecture le récit forçait l’admiration. Il portait un nouveau titre. Les Forza étaient devenu les Maréchal, un patronyme commun dans le sud-ouest. Claude avait convaincu un de ses amis comédien de jouer le rôle de l’auteur surdoué qui avait écrit ce roman. Il avait la dégaine adéquate, visage anguleux, regard fiévreux, cheveux longs, corps étique et un pseudonyme évocateur : Paul Jara.

Réunis dans le salon de Claude, les trois protagonistes de la machination destinée à déshonorer Pierre Mazet, tenaient un conseil de guerre où ils passaient en revue les détails du scénario.

La démarche la plus hypothétique consistait à renouer le contact avec l’éditeur sans éveiller ses soupçons. Mettant de côté, fierté et rancœur, Pauline, dans un discours de contrition savamment dosé entre remords et louanges, sans tomber dans la flagornerie, avait pour mission d’entrer à nouveau en grâce auprès du grand homme. Elle savait que ce ne serait pas  chose aisée, et proportionnellement liés à la facture des dégâts causés dans l’appartement. Elle redoutait, entre autre, que le vase de Chine de l’entrée fût de l’époque Ming, et non une copie bon marché que l’on trouve dans tous bons magasins chinois.

L’appel téléphonique déterminant était prévu pour le lendemain matin, à l’heure où elle savait trouver l’éditeur à son appartement. En attendant les trois conspirateurs décidèrent de se rendre à l’Hibiscus faire la fête.

 

Dire que Pierre Mazet était abasourdi serait un euphémisme. Il avait au téléphone Pauline de Lanzac. Il crut tout d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, et faillit raccrocher avant de reconnaître la voix de celle qui avait dévasté son appartement. Il conservait de cette journée un souvenir si douloureux qu’il n’avait pas réussi à le chasser de son esprit. Malgré la colère sourde qui irradiait tout son corps, il écouta sans l’interrompre le repentir poignant de Pauline. Des sanglots dans la voix, elle justifiait son comportement, qu’elle qualifiait d’indigne, par l’espoir qu’elle avait placé dans ce roman dont le succès devait sauver sa famille de la ruine. Elle attribuait sa réaction à un accès de folie qu’elle ne comprenait pas. Le combiné collé à l’oreille, l’éditeur, les mains tremblantes, restait silencieux. Elle demanda humblement pardon, lui proposa de rembourser les dégâts qu’elle avait causés, et, après un silence savamment dosé lui dit qu’elle désirait le rencontrer pour lui proposer un manuscrit.

Il faillit tomber à la renverse tant cette proposition était incongrue. 

- Vous plaisantez ! répondit-il sèchement.

- Je n’en suis pas l’auteure, j’ai compris la leçon, il s’agit d’un roman exceptionnel écrit par un jeune homme qui a un talent incroyable.

Abasourdi par une démarche aussi improbable, il se laissa choir sur le fauteuil placé près du guéridon. Cependant, malgré la fureur qui le prenait à la gorge, durant une fraction de seconde, le corps nu de Pauline alangui sur ses draps blancs s’incrusta dans son esprit. Imperceptiblement, une brèche s’ouvrait dans une détermination qu’il pensait inébranlable.

Incapable de prononcer un mot, il courut vers la cuisine, but à même le bec du robinet, fit le chemin en sens inverse et reprit le téléphone.   

-- Envoyez-moi les premiers chapitres par internet, parvint-il à dire en hoquetant. Il  donna l’adresse et raccrocha avant de s’affaler sur l’ottomane.

L’interruption brutale de la communication laissa Pauline dans l’incertitude. Cependant, si la réponse de l’éditeur, n’était pas ce qu’elle escomptait, tout espoir n’était pas perdu. Elle se précipita sur l’ordinateur de Claude, composa un message dégoulinant de gratitude, dans lequel elle proposait habilement de lui apporter l’œuvre dans son intégralité si les premières pages lui convenaient, et envoya en pièce jointe les cinq premiers chapitres de « La fortune des Maréchal »

Ne restait plus qu’à attendre la décision du grand homme.

 

Pierre Mazet ne prit connaissance du mail de Pauline que le lendemain. Il se reprochait amèrement d’avoir cédé à ses jérémiades dans le but inavoué de la revoir. Il ouvrit la pièce jointe et lut les premières lignes avec détachement. A ce moment, fort d’une nouvelle résolution, il n’avait aucune envie de cautionner ce roman, même s’il s’agissait d’un chef-d’œuvre, ce dont il doutait fortement. Cependant dès les premières lignes, il reconnut que le style était puissant, l’auteur réussissait à captiver l’attention du lecteur, ce qui n’est pas chose aisée. Les premières pages sont souvent fastidieuses. Il chercha dans ses souvenirs un auteur auquel il put comparer le style et pensa à Romain Rolland. Il ferma le mail, et décida une promenade dans le parc avant d’aller dîner au Bistrot Montsouris où il avait ses habitudes d’homme seul.

Sur le chemin du retour, il regrettait d’avoir succombé à la joue de bœuf en daube, tout en cheminant dans les allées du parc, il pensait qu’il lui faudra prendre deux ou trois tasses de tisane pour digérer et espérer trouver le sommeil. Ces préoccupations grégaires le désolaient, lui qui avait connu la gloire, les honneurs, les courtisanes,  en était réduit à spéculer sur ses ennuis gastriques.

Il alluma le téléviseur qu’il venait d’acheter pour remplacer celui que Pauline avait détruit et se prit à sourire. Comme il l’avait prévu, la tisane de mélisse s’avérait inefficace, il ferma le téléviseur, se dirigea vers son bureau, alluma l’ordinateur et reprit la lecture de « La fortune des Maréchal ». A la fin du cinquième chapitre il était fasciné par le texte.

Bercé par l’univers des Maréchal, il trouva le sommeil instantanément.

Le lendemain, il prit la décision d’appeler Pauline mais, pas avant quelques jours. Il ne souhaitait surtout pas qu’elle perçoive l’intérêt qu’il portait à ce texte et, avec indolence, l’informer qu’il trouvait les premières pages intéressantes, sans plus, qu’il ne pouvait se déterminer sans avoir pris connaissance des chapitre suivants.

     la suite du chapitre IV du Plagiat section suivante

         

Chapitre IV (suite) LE PLAGIAT d'ERIC DELVAL

Le lendemain de l’envoi du mail à Mazet, Pauline scruta ses messages avec fébrilité, ainsi que les jours suivants sans que Pierre Mazet ne se manifestât. Elle n’osait quitter l’appartement de peur de rater un appel téléphonique. N’y tenant plus, elle mit en renvoi les appels sur le portable de Claude et entreprit de rendre visite à ses parents dont elle n’avait plus de nouvelles depuis son passage éclair.

Après plusieurs tentatives infructueuses, la vieille Mercedes finit par démarrer saupoudrant un nuage de fumée bleue dans les rues de Bordeaux. Le trajet à travers les vignobles auxquels s’accrochaient quelques volutes de  brume matinale, apaisa la tension des derniers jours.

 Le château était bardé d’échafaudages. Déconcertée, et se préparant au pire, elle escalada les quelques marches du perron et pénétra dans la salle de réception où elle trouva son père. Une poignée d’ouvriers grimpés sur des échelles procédaient à la restauration du plafond et des murs. Il se précipita vers elle, l’embrassa avec une ferveur inhabituelle.

- Que se passe-t-il ?

- Le nouveau propriétaire a décidé de remettre  le château en état.

- Qui est-ce ?

- Aucune idée, il se fait représenter par un avocat qui n’a pas voulu dévoiler son identité.

- Et que fais-tu-là ?

- Figure-toi qu’il nous laisse l’usufruit des lieux. En contrepartie, j’ai pour tâche de surveiller les travaux.

Pauline l’observait avec stupéfaction, il naviguait entre les pots de peinture et les échelles avec l’aisance du maître des lieux, donnant des conseils ici et là, empreint d’une joie enfantine de voir son château reprendre son faste d’antan.

- Où est maman ?

- Dans sa chambre, elle se repose…Elle va beaucoup mieux.

Pauline restait dans l’expectative.

- Mais tu n’as pas une idée de l’identité de ce mystérieux philanthrope ?

- Aucune, mais d’après l’avocat tout est en ordre, nous n’avons aucun souci à nous faire, de propriétaires nous sommes devenus locataires.

Pauline le considéra avec effarement.

Atterrée par l’insouciance de son père, elle se dirigea vers la chambre de sa mère. La pièce avait été totalement rénovée, les meubles, tentures, tableaux avaient retrouvés leur place, boiseries et moulures leur lustre d’autrefois. Isabelle, assise devant sa coiffeuse, accueillit sa fille avec naturel, comme si elles s’étaient quittées la veille et que la vie poursuivait un cours normal.

- Il me semblait bien avoir reconnu ta voix.

Pauline se pencha pour embrasser la joue de sa mère. Elle sentait le Chanel N° 5, son teint avait retrouvé son éclat d’antan, les cheveux, qu’elle brossait lentement, le blond cendré qui faisait son admiration, petite.

La vie réserve de ces surprises quelquefois, pensait-elle, tout en restant d’un optimisme mesuré. Elle se promit de faire la lumière sur l’identité de ce curieux propriétaire.

La journée passée aux côtés de ses parents, dans la demeure familiale, l’avait rassérénée. Elle restait optimiste quant à la décision de Pierre Mazet, il était normal que son amour propre lui dicte de tenir en haleine celle qui s’était conduite comme une hystérique.

De retour à Bordeaux, elle retrouva Claude en compagnie de Quentin Jauréguy, alias Paul Jara, et un couple, client de la galerie, invité pour l’apéritif. La soirée se poursuivit  au « Bar à vin »  près de la place des quinconces, réputés pour ses tapas, avant de se terminer au Black Diamond, la boite branchée de Bordeaux.

Au petit matin, Pauline totalement ivre, soutenue par Claude et Quentin, regagnait tant bien que mal l’appartement de la rue Hustin où elle se précipita dans les toilettes pour vomir.

Alors que le jour filtrait entre les lames du store, elle se réveilla en sursaut. Elle était allongée entre Claude et Quentin, entièrement nue.

- N’aies crainte, dit Claude, d’une voix pâteuse, personne n’a abusé de toi pendant que t’étais dans le cirage.

Elle enjamba le corps inerte de Quentin, et, d’un pas chancelant se dirigea vers sa chambre pour revêtir un peignoir avant de rejoindre la cuisine qui se trouvait dans un désordre indescriptible. L’avertisseur sonore de  la bouilloire électrique retentissait quand Claude entra. Elle portait un short noir.

- Mazet a laissé un message.

La tasse qu’elle tenait se fracassa sur le carrelage.

- Désolé. Que dit-il ?

- Il est d’accord pour te rencontrer et te fixe un rendez-vous pour samedi prochain….Chez lui.

Malgré l’étau qui lui enserrait la tête Pauline esquissa un sourire sarcastique. Elle le tenait.

Pas question que tu y ailles seule, Quentin t’accompagnera !

Pauline acquiesça d’un mouvement de tête.

- Qui m’a déshabillée ?

- Moi et Quentin t’étais complètement dans les vapes. Tu n’as rien à craindre il est gay. Comme tu tremblais comme une feuille on t’a mis entre nous.

- C’est la première fois que je prends une  cuite.

- Il y a toujours une première fois, dit-elle en lui passant la main dans les cheveux, mais tu oublies celle de la fac.

Pauline rougit.

-- Je n’avais jamais bu d’alcool.

Claude regarda la pendule fixée au-dessus du réfrigérateur.

- Il faut que j’aille à la galerie. Réveilles Quentin, Maria doit passer pour ranger tout ce foutoir.

Pauline la suivit du regard, alors qu’elle se dirigeait vers la salle de bain. Elle se surprit à envier l’autorité naturelle, sans ostentation, qu’elle affichait. Pour Claude, tout semblait se dérouler selon un schéma clair, tracé comme une ligne droite.

En un temps record, elle se présenta à l’entrée du salon, maquillée, coiffée, vêtue d’une élégante veste cintrée en cuir blanc sur un jean délavé. Assise sur le divan, Pauline ne put retenir un sursaut empreint d’émotion. Le rouge de ses lèvres dessinait comme un fruit mur sur son visage clair. Elle pensa à Baudelaire « La femme cependant de sa bouche de fraise… »

 Pour la première fois elle ressentait plus que de l’attirance pour Claude, elle en fut bouleversée.

Le trouble de Pauline n’échappa pas à Claude, elle lui adressa un sourire sans équivoque qui semblait dire : Nous nous sommes trouvées. Elle était suffisamment avertie pour comprendre que, jusque-là, Pauline ne s’était offerte que par gratitude.

- Si tu veux, ce soir nous ferons une ultime répétition pour préparer ta rencontre avec Mazet. J’ai demandé à Quentin de lire le roman une nouvelle fois.

 

Assis autour de la table basse du salon, Quentin subissait un véritable interrogatoire, auquel il répondait de bonne grâce,  son éternel sourire sur les lèvres. Quand il se sentait en difficulté, il ramenait ses cheveux des deux mains vers l’arrière, fermait les yeux, tentait une diversion avant d’avouer qu’il avait oublié. Avec patience Pauline relisait le passage du chapitre concerné. Il s’excusait et répétait comme un écolier pris en faute.

La sonnerie de l’interphone retentit. Le livreur de pizzas le sauvait d’un nouveau trou de mémoire.

A la fin de la soirée, après avoir apprécié les deux bouteilles de Valpolicella de la Casa Italia, Claude déclara qu’un auteur pouvait oublier quelques détails de son récit, l’important était qu’il soit en mesure d’en exposer la trame.

Elle les invita à regagner leur chambre, prétextant que le lendemain ils avaient un avion à prendre et elle une journée chargée à la galerie.

Pauline embrassa Quentin et se dirigea vers sa chambre. Claude la rejoignit quelques minutes plus tard.

- Il y a un squatter dans mon lit, plaisanta-t-elle.

 Elle l’a pris dans ses bras et l’embrassa avec frénésie. La passion qu’elle éprouvait n’avait rien de commun à celle de l’homme qui l’avait souillée. Ses caresses moites et molles. Elle avait le désir irraisonné de la pénétrer, la dominer comme l’aurait fait l’amant qu’elle n’avait jamais eu. Abandonnant toute pudeur, elle donnait à son amante le plaisir qu’elle attendait.

Un instant déconcertée, Claude s’abandonna avec délice à la langue experte de Pauline, goûtant la chaleur exquise qui se diffusait entre ses cuisses. Elle avait trouvé la partenaire idéale. C’est avec la même ardeur qu’elle l’étreignit, et, ensemble, qu’elles atteignirent le plaisir suprême. Les sens assouvis, à bout de souffle, le corps vibrant encore de leurs étreintes, elles s’endormirent enlacées.

A suivre....

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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 14:48

LA SERPE de Philippe Jaenada

643 pages épuisantes pour un récit qui n'est pas dénué d'intérêt.

Le pitch comme dirait l'auteur : En 1941, dans un château situé dans le Périgord (noir) trois personnes sont assassinées sauvagement  à coup de serpe (d'où le titre)

Tout accuse Henri Girard car les morts sont dans l'ordre du massacre : sa tante, la bonne de celle-ci et son père qui l'adorait. Mobile : Son père Georges parlait de se remarier avec une femme encombrée de deux marmots. L'héritage lui passait sous le nez, adieu château, fermage, veaux, vaches, cochons,  et cetera ! D'autant que ce brave Henri avait emprunté cette fameuse serpe aux gardiens, la veille, pour couper du bois (ce qui est l'usage normal de toute bonne serpe jusqu'à preuve du contraire) 

Donc pas de quoi  faire un bouquin de six cents pages, puisque l'affaire est entendue, et que nos bons pandores, qui sont aussi futés que de nos jours (tout le monde a en tête la tuerie de Chevaline) mettent le bon Henri en prison dans l'optique du passage à la guillotine (aucun doute la dessus)

Et pourtant, coup de théâtre, roulement de tambour, Henri Girard est acquitté. Personne ne peut expliquer pour quelle raison Girard sauve sa tête et hérite de la fortune. Incompréhensible ! On parle de pression sur les jurés par la résistance....

Durant six cents pages l'auteur va s'échiner à nous démontrer qu'Henri n'est pas coupable. Il reprend le dossier de A à Z . Il tente de nous convaincre que si les volets des W.C. étaient fermés de l'intérieur (film de Coluche)  le meurtrier a réussi à les ouvrir et passer à travers les toiles d'araignées qui prospéraient là depuis des années. Or c'était la seule possibilité de pénétrer dans le château, car comme chacun le sait les châteaux forts sont impénétrables.

Durant une centaine de pages émaillées de réflexions personnelles (plus ou moins drôles) (plutôt moins que plus) l'auteur essaie de nous convaincre qu'il a raison, qu'il est plus fort que Rouletabille et que les gardiens du château, les horribles et miséreux Doulet, sont les coupables !  

Une dernière précision et de taille, Henri Girard dilapidera la fortune dont il a hérité en quelques mois, et écrira sous le pseudo de Georges Arnaud. Il est, entre autre, l'auteur "Du salaire de la peur" adapté au cinéma par Clouzot. Stupéfiant non !

Le 8 novembre 2017.

J'apprends que La serpe vient d'emporter le prix Fémina, Est-ce un prix de consolation ? Toujours est-il que les 160 pages d'Eric Vuillar (prix Goncourt) pour L'ordre du jour terrassent les 640 pages de Jaenada.

J'apprécie les romans concis, où la digression n'a pas sa place, car le lecteur s'impatiente quand l'auteur, par je ne sais quel mystère, se perd dans des entrelacs de mots qui n'apportent rien au récit...je t'avais prévenu, Philippe, que faire cent pages sur des toiles d'araignées risquaient d'irriter les arachnophobes que nous sommes !      

 

 

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 19:28

 

Je me suis rarement insurgé contre les écrits littéraires, si mauvais soient-ils, mais qu'une maison aussi prestigieuse qu'Acte Sud se prête à une telle escroquerie me révulse.

Quel est l'objet de mon courroux ?

L'on annonce à grand renfort de publicité la sortie du cinquième tome de la Saga MILLENIUM.

Or, l'auteur des trois romans originaux qui ont été publiés à plusieurs millions d'exemplaires est mort foudroyé par une crise cardiaque AVANT la publication de ses romans.

L'on peut penser ce que l'on veut des trois romans de Stieg Larson, du bien, du mal, toujours est-il que le succès a été planétaire et personnellement j'ai aimé. Bien que ce ne soit pas de la grande littérature, le style, l'intrigue, les personnages, sont novateurs.  

Imagine-t-on une suite aux Misérables de Victor Hugo écrite par un parfait inconnu, ou une suite du Voyage au bout de la nuit de Céline par un écrivaillon quelconque ? Non. Les gens qui se prêtent à cette falsification ne le font que par mercantilisme. 

Que la Ministre de la Culture Françoise Nyssen,  ancienne directrice  d'Acte Sud, cautionne cette escroquerie littéraire me scandalise. Est-ce que le fric, car il s'agit bien de cela, va polluer la littérature comme il pollue tous les pans de notre culture ? Est-ce que le livre est une marchandise comme les autres ?

Madame la Ministre un peu de dignité, vous avez publié des chefs-d'œuvre, pris des risques, ne vous prêtez pas à cette escroquerie !  

ERIC DELVAL

LE PLAGIAT

CHAPITRE III

Elle n’avait plus connu un tel luxe depuis ses jeunes années, quand le château menait grand train. Désireuse de profiter au maximum de l’ambiance du quartier de l’Opéra, Pauline avait convenu d’un rendez-vous le lendemain à 16 heures avec Pierre Mazet, ce qui lui laissait tout le loisir de visiter l’Opéra Garnier et faire les Grands magasins du boulevard Haussmann comme une « véritable petite provinciale » avait ironisé Claude au téléphone, qui avait ajouté qu’elle regrettait de ne pas être en sa compagnie.

Plus le moment de rencontrer l’éditeur approchait, plus Pauline sentait l’anxiété s’installer. La veille, allongée sur le lit de la luxueuse chambre d’hôtel, elle avait relu quelques passages de son manuscrit, à l’affût de fautes d’orthographe voire pire, de syntaxe. L’appel téléphonique de Claude autour de minuit l’avait rassérénée, et permis de passer une nuit sans rêve, ni cauchemar.

Le sac contenant le précieux manuscrit serré contre la poitrine, elle observait par la fenêtre du taxi la file ininterrompue des véhicules collés parechoc contre parechoc. Immobilisé sur le boulevard Raspail, le véhicule qui la conduisait au domicile de Pierre Mazet, situé au deux de la rue Braque, près du parc Montsouris, avançait au rythme des invectives du chauffeur.

La gâche électrique de la porte de l’immeuble art-déco où demeurait l’éditeur, crépita dès qu’elle eût appuyé sur le bouton de l’interphone sans qu’elle eût besoin de s’annoncer. Elle le trouva sur le palier du deuxième étage, un sourire bienveillant sur le visage. Il la pria d’entrer tout en lui serrant la main.

Vêtu d’un pantalon de velours beige et d’une chemise à carreaux qui avait connu des jours meilleurs, Pierre Mazet était un petit homme aux cheveux gris, coupés en brosse, les yeux bleus pâles abrités derrière des lunettes rondes cerclées de fer. Il avait la peau blanche parsemée de taches de rousseur, des gens qui restent confinés dans leur bureau.

Il lui proposa une tasse de thé qu’il alla chercher dans la cuisine, traversant un salon encombré de meubles anciens couverts de livres, tout comme les étagères en chêne qui couraient le long des murs. Elle quitta l’ottomane sur laquelle elle était assise pour se rendre vers les fenêtres qui donnaient sur le parc.

- C’est agréable n’est-ce pas ! Habiter Paris et avoir cette vue champêtre.

Le ton acéré de sa voix la fit sursauter comme s’il l’avait prise en faute. Elle retourna s’assoir. Il déposa un plateau en cuivre de style marocain sur un guéridon et remplit deux tasses de porcelaine bleue.

- Ainsi vous écrivez !

- Oui, dès que j’ai eu terminé mes études, j’ai entrepris la rédaction de ce manuscrit, mentit-elle.

Elle reposa la tasse sur le plateau et sortit de son sac le manuscrit qu’elle tendit à l’éditeur. Celui-ci le feuilleta, un sourire amusé sur les lèvres.

- Il n’y a pas de titre ?

- Non, je n’en ai pas trouvé qui me satisfasse complètement.

- Eh bien on essaiera d’en trouver un ensemble, quand je l’aurais lu !

Il posa le manuscrit sur une table ronde parmi d’autres textes qui attendaient sans doute son verdict et évoqua son voyage à Bordeaux qui remontait à mille-neuf-cent-quatre-vingt-huit  lorsqu’il était tout jeune écrivain, ainsi que  la merveilleuse réception que ses parents avaient donné en son honneur au château. A l’évocation de cette manifestation, son visage se contracta, son regard se perdit vers les fenêtres donnant sur le parc. Il poussa un léger soupir et lui sourit.

- Comment vont-ils ? demanda-t-il brusquement.

Pauline détourna les yeux vers son manuscrit.

- Vous l’apprendrez en lisant mon roman, je parle beaucoup d’eux.

Constatant l’embarras de Pauline, Pierre Mazet ne poursuivit pas, il enchaina sur le métier d’écrivain et ses atermoiements quand il s’était lancé en littérature alors que rien ne le prédestinait à cette carrière. Son chef-d’œuvre, « La citadelle oubliée » était inspiré des aventures de son grand-père qui avait participé à la campagne coloniale de l’armée française en Afrique subsaharienne au début du vingtième siècle. Des rumeurs de plagiat avaient courues lors de la sortie du livre. Deux critiques littéraires plus téméraires que leurs confrères avaient cru discerner quelques similitudes troublantes avec un roman paru quelques années plus tôt, dont l’auteur refusa un grand prix littéraire, dénonçant « Une littérature à l’estomac »

Licenciés des revues pour lesquelles ils travaillaient, plus personne n’entendit parler des deux audacieux.

La voix de Pierre Mazet donnait l’impression d’une lame de scie glissant sur les cordes d’un violon. Cette métaphore lui arracha un sourire qui désarçonna l’éditeur dont le monologue  arrivait au moment crucial où survenait l’annonce de la décision du jury lui décernant « Le  Prix de l’Académie »

- J’imagine votre joie ! se récria Pauline, consciente d’avoir troublé le grand homme.

 Il lui jeta un regard condescendant, et poursuivit le cours de ses souvenirs de gloire, les yeux un peu dans le vague.

- Mais je vous ennuie avec mes histoires qui remontent à la nuit des temps.

- Pas du tout, je trouve ça passionnant.

- Voulez-vous que nous dinions ensemble ? Je connais, pas loin d’ici, un restaurant fort convenable.

Pauline se redressa en saisissant son sac.

- Je suis désolée, je dois retourner à mon hôtel où j’ai donné rendez-vous à une amie.

Pierre Mazet ne parut pas particulièrement déçu. Il se leva à son tour du fauteuil qu’il occupait et du bras lui indiqua la direction de la porte d’entrée.

- Ce sera pour la prochaine fois.

- Avec plaisir, répondit-elle.

Alors qu’elle approchait de la porte et qu’il lui tendait la main pour la saluer, elle agrippa son bras, se colla contre lui et l’embrassa passionnément sur les lèvres. Désemparé, il recula, la regarda dans les yeux, y vit une invitation, la prit par les épaules et l’entraina vers sa chambre.

Pauline avançait comme une somnambule, incapable de justifier le geste insensée qu’elle venait d’accomplir et maintenant le fait qu’elle se déshabillât comme si une autre personne agissait à sa place.

Tout d’abord stupéfait, Pierre Mazet, persuadé que l’abandon de cette jeune femme était le fruit de la fascination qu’il exerçait sur elle, contemplait, flatté, le corps gracieux de Pauline étendue sur son lit. Il n’avait pas fait l’amour depuis la mort de sa femme il y a cinq ans. Cependant, il estimait qu’il avait été à la hauteur, sa jeune admiratrice avait émis quelques râles révélateurs. Il s’était mis sur le dos, les mains derrière la tête, les yeux fixés sur les arabesques du plafond. Un sourire satisfait sur les lèvres, il écoutait la lente respiration de Pauline, qui n’osait faire le moindre mouvement, puis s’endormit.

 

L’obscurité avait envahi la pièce, les diodes d’un radio réveil situé à quelques pas  indiquaient vingt heures vingt. Pauline sauta hors du lit. Pierre Mazet alluma une lampe de chevet, contempla les contorsions de la jeune femme qui s’habillait dans la précipitation, posa les pieds sur le tapis avec l’intention de la raccompagner.

Sans se retourner, elle lui demanda de ne pas bouger, l’assura qu’elle trouvera aisément le chemin de la sortie et l’avertit qu’elle l’appellera le lendemain en fin d’après-midi.

Une fois la lourde porte en fer forgé de l’immeuble refermée derrière elle, elle fit quelques pas puis s’arrêta pour s’appuyer contre le tronc d’un arbre, comme prise de vertiges. Incapable, d’analyser ce qui l’avait poussée à agir de la sorte, se donner à un homme qui ne lui plaisait pas et ne lui avait procuré aucun plaisir. C’était la sidération qui l’emportait, elle reprit sa marche, les yeux rivés sur le bout de ses chaussures, en direction du boulevard Jourdan où elle espérait trouver un taxi. Son désarroi ne s’exprimait ni par la colère, ni par la tristesse, mais par une introspection sur ses motivations. Avait-elle eu subitement envie de cet homme qui restait une légende dans le monde de la littérature ? Ou n’était-ce que vénalité afin qu’il publiât son roman ? La réponse lui parut évidente.

Elle retrouva la chambre du Hilton avec plaisir. Le trajet en taxi,  au cours duquel le chauffeur avait réussi la prouesse de la faire rire, l’avait apaisée. A travers la vitre détrempée, la ville lui avait parue irréelle, un rideau de bruine donnait aux monuments illuminés un aspect irréel comme peints par Monet.    

Ne restaient que l’angoisse de revoir l’éditeur, et surtout de l’attitude à tenir. Elle se dirigea vers la salle de bain, prit une douche brûlante qui dura une dizaine de minutes comme si elle voulait effacer les traces de ce qui resterait une tache indélébile dont elle était seule responsable, car elle n’imaginait pas un instant que Pierre Mazet eût été capable d’une telle initiative. Elle se séchait devant le miroir, examinant son corps sur toutes les coutures, quand le téléphone sonna.

Pauline se dirigea lentement vers l’appareil, porta le combiné à son oreille. Elle ne répondit que lorsqu’elle discerna  la voix de Claude.

- Je ne voulais pas t’appeler sur ton portable pour ne pas te déranger. Comment ça s’est passé ?

- Bien, nous avons longuement parlé, surtout lui.

- Tu as une drôle de voix.

- Je sors de la douche.

Il y eut un court silence.

- Vous avez commencé la lecture du manuscrit ?

- Non je dois l’appeler demain en fin d’après-midi.

- Tu me tiens au courant ?

La gorge serrée, Pauline répondit d’une voix oppressée qu’elle l’appellera dès qu’il lui aura fait connaître sa décision.

- Tu es sûre que ça va ?

- Oui, je suis un peu fatiguée.

- Je vais te laisser te reposer, je t’embrasse.

La main tremblante, Pauline raccrocha. Un instant, elle avait eu la tentation de révéler  ce qui s’était passé, comme pour obtenir l’absolution de son amie, seule la certitude d’une condamnation l’avait dissuadée.

 

Après un repas frugal, pierre Mazet, vêtu d’un peignoir en soie mauve, se rendit dans le salon à la recherche du manuscrit qu’il trouva au milieu d’une dizaine d’autres qui attendaient, là, certains depuis des mois. Il le prit, s’installa confortablement sur l’ottomane, et, entreprit la lecture du roman de Pauline de Lanzac. A la lecture du nom qui s’étalait en lettre grasse sur la page de garde, son regard s’égara sur les moulures du plafond. Il ne pouvait s’empêcher de repenser à ce corps qu’il avait étreint avec ivresse, passion, la jouissance qu’il en avait tirée et partagée, il en avait la certitude. Il ne pensait qu’au moment où elle l’appellera, le cœur plein d’espoir, où il lui demandera de venir pour accueillir sa décision et….peut-être, mais il n’osait encore spéculer sur l’avenir. Il y avait une telle différence d’âge.

Il fallait lire ce roman, il avait la nuit devant lui. La théière à portée de main, il s’y attela sans plus tarder, se promettant de ne pas s’endormir.

A l’évidence, les premières pages révélaient que le fil conducteur du récit concernait la famille de Lanzac. Elle avait eu le courage de ne pas en modifier le nom, ce qui aurait été une erreur.  L’enfant, décrite comme introvertie, admirative de son père, un chevalier sans armure, ne pouvait être que l’auteure. C’était écrit dans un style académique, où il sentait des études de lettres solides, mais sans originalité, pour ne pas dire insipide.

Les poncifs foisonnaient, les métaphores étaient éculées, c’était une succession de situations fabriqués dignes de la collection Arlequin. Très rapidement, il comprit que ce roman avait été écrit dans l’urgence d’une situation désespérée.  Parvenu à la moitié du récit, l’espoir d’un sursaut paraissait illusoire, la médiocrité du texte se confirmait au fil des pages. L’abattement de Pierre Mazet laissait place à la sidération.

Subitement, il prit conscience avec effroi de la situation dans laquelle il se trouvait. Terrifié, il sauta deux ou trois chapitres, parcourut quelques lignes à la recherche d’une quelconque embellie, mais il retombait invariablement sur les mêmes mièvreries. Sa tête s’affaissa sur sa poitrine, le manuscrit lui glissa des mains, s’éparpilla sur le sol. Jamais il ne pourrait défendre cette romance à la réunion du comité de sélection qui avait lieu tous les mercredis sous la haute direction du patron en personne.

Sa conscience le tourmentait, il hésitait entre accomplir son devoir d’éditeur intègre et l’irrépressible désir qu’éprouvait l’homme de cinquante-quatre ans de prendre à nouveau dans ses bras cette jeune femme, car il sentait bien que pareille opportunité ne se reproduirait plus. Il marcha jusqu’à la salle de bain et s’observa dans le miroir. Il y vit un visage flétri aux yeux usés par des années de lecture, un corps aux muscles flasques. Il secoua la tête de dépit, éteignit la lumière, et alla se coucher, ne sachant quelle attitude adopter lors de l’appel de Pauline dans quelques heures, qu’il redoutait. Le sommeil, qu’il trouva après avoir tourné dans son lit durant de longues minutes, fut émaillé de cauchemars. Le manuscrit à la main, il usait d’un chantage indigne afin de coucher avec elle. Il se réveilla au petit matin en sueur, se dirigea vers la salle de bain pour avaler un somnifère et retourna se coucher.

Au loin, à une distance qu’il ne pouvait atteindre, une sonnerie bourdonnait, irréelle. Il se redressa, la tête enserrée dans un étau. Le bruit provenait du salon, persistant. Il enfila son peignoir et se dirigea à tâtons vers l’encadrement lumineux de la porte de la chambre. Le salon baignait dans une lumière crue qui lui blessa les yeux. Instinctivement il tourna la tête vers la pendule posée sur l’étagère face à l’ottomane. Elle indiquait seize heures. La sonnerie repris de plus belle, elle venait de la porte de l’appartement. Il regarda par le judas, découvrit Pauline sur le palier. Perdant totalement la maîtrise de soi, il courut se réfugier dans le salon, s’assit, les mains entre les genoux, tandis que la sonnerie lui fracassait les tympans. Reprenant ses esprits, il fila vers la salle de bains, s’aspergea le visage d’eau, noua une serviette de bain autour de sa taille et retourna vers la porte qu’il ouvrit. Pauline était de dos, le pied sur la première marche de l’escalier, il regretta son geste. Elle se retourna et l’aperçut à moitié nu, pitoyable, la tête froissée d’un homme qui a passé une nuit blanche, et ne put retenir un fou rire. Un sourire contraint sur les lèvres, il s’excusa, prétexta qu’il était sous la douche et s’effaça pour la laisser passer.

Tandis qu’il filait vers la chambre afin d’aller revêtir une tenue plus décente, elle pénétra dans une pièce qui sentait le renfermé et se rendit vers une des fenêtres afin de l’ouvrir. Au passage, elle vit, au pied de l’ottomane, les feuillets de son manuscrit éparpillés sur le tapis. En le voyant réapparaître dans le salon, pauvrement vêtu de son pantalon de velours sur lequel il avait passé une chemise vichy froissée, les pieds nus chaussés de pantoufles, elle se demanda comment elle avait pu faire l’amour avec cet homme. Il sentit la désapprobation dans son regard et tenta de faire diversion en lui proposant une tasse de thé dont lui-même avait un besoin pressant.  Elle refusa sèchement, le regard vissé sur les feuillets jonchant le sol.

- Alors ?

Les jambes tremblantes, il se laissa choir dans le fauteuil, la tête basse, il n’osait la regarder, cherchant les mots qui ne venaient pas. Elle comprit immédiatement.

- C’est mauvais ?

Il ne répondait toujours pas, les yeux rivés au sol comme un petit garçon pris en faute, ce qui eut le don de de la mettre dans une rage folle.

-- Mais réponds !

-- J’ai passé la nuit à te lire, marmonna-t-il d’un ton las comme pour atténuer la fureur qu’il sentait monter en elle.

Elle hurla les paroles qu’il redoutait d’entendre.

-- Maintenant que tu m’as baisée et mal, tu crois que tu peux me jeter comme n’importe quelle putain espèce de salaud !

Les traits ravagés par la fureur, elle bondit de l’ottomane qui se renversa, attrapa un livre sur une étagère, le lança avec rage à travers la pièce. Il alla heurter la toile d’un tableau où il resta fiché. D’un air ahuri, Mazet regarda tour à tour son tableau défiguré puis Pauline qui ramassait les pages de son manuscrit en culbutant tout ce qui se trouvait sur son passage. Paralysé par la peur, il psalmodiait des paroles incompréhensibles. Elle rangea le manuscrit dans son sac, dont elle se servit comme d’une fronde, pulvérisant ce qui se trouvait à sa portée, bibelots, carafes en cristal, écran du téléviseur, disques… jusqu’au vase de chine de l’entrée contenant cannes et parapluies qui explosa sous l’impact du sac. La porte claqua comme un coup de fusil laissant Pierre Mazet hébété.

*

Pour connaître la suite qui ne manque pas d'intérêt vous allez devoir patienter quelques jours... mais vous ne le regretterez  pas...promis !

A suivre après le prochain article consacré aux livres que j'ai lu cet été :

 Bonne surprise : Virginie Despentes,  Vernon Subutex.  J'avais une appréhension irraisonnée à lire cette auteure notamment à cause de ce que j'avais entendu ou lu sur elle. Comme quoi, il vaut mieux se faire une opinion soi même ou comme le dit Eric Delval  :

La subjectivité de l'un ne fait pas le goût de l'autre.

Autre  plaisir, mais ce n'est pas une surprise : Mario Vargas Llosas : Le héros discret : C'est le plaisir de lire, tout simplement.

 

 

 

 

  

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 23:23

Mercredi 28 décembre 2016

LE CALICE JUSQU'A LA LIE !

Un ami dont je tairais le nom pour qu'il ne succombe pas sous les lazzis m'a offert pour Noël un roman  dont le titre est Sphinx. C'est écrit par Christian JACQ édité par XO ( vous verrez que le sigle XO a son importance) 

Cet auteur dont je n'avais jamais rien lu s'était déjà signalé par des élucubrations sur l'Egypte ancienne (un bon filon) sur laquelle l'on peut écrire n'importe quoi du moment que la documentation  (abondante) est crédible.

Mon ami,connaissant mon appétit pour les civilisations grecques, perses et égyptiennes, pensait me faire le plus beau des cadeaux en m'offrant cet ouvrage, je n'ai pas eu le courage de le décevoir. Je l'ai donc hypocritement accepté.     

Tel un martyr accomplissant un acte héroïque, je me suis  attaché à la lecture de ce pavé de...387 pages et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Car en réalité, malgré le titre, qui n'a rien à voir avec le Sphinx (bien joué) ce roman est une histoire "façon James Bond"  où le héros (un joueur de rugby) reporter international,  s'intéresse à une organisation nommé Sphinx dont les membres au nombre de neuf sont éliminés les uns après les autres.  

Ce joueur de rugby tombe (imprudemment)  entre les griffes des services secrets chinois qui le livrent (par souci diplomatique) à d'affreux Ouïgours musulmans afin de le torturer pour qu'il avoue... ce qu'il ignore totalement. Par contre, comme ces Ouïgours ne sont pas totalement idiots, ils réclament une rançon d'un milliard que son ami Mark (Patron d'un Empire industriel) est prêt à payer. Le suspens est à son comble !

Ce Mark (dont le père vient de décéder mystérieusement) vit comme un Prince. Il fréquente les clubs (anglais) les plus huppés s'assoit aux meilleurs tables en compagnie de Ministres et d'hommes d'affaires dont la fortune donne....le vertige. J'ai noté un menu qui m'a pour le moins surpris (moi qui pensait être un fin gastronome) œufs brouillés suivi de tomates farcies, suivi d'un lapin aux morilles et pour finir... fromages de chèvres. Le tout arrosé de cognac XO. Je dois avouer que j'ai eu envie de vomir.

Ce cognac XO (du nom ce l'éditeur) revient toute les dix pages.

Mon calvaire s'arrête là...page 114. Je supplie mon ami de me pardonner, c'est trop dur. J'ai mis ce "bouquin" sur EBay. A moitié prix, état neuf... Si vous souhaitez du mal à quelqu'un. N'hésitez pas. 

 

Le calvaire continue (et là je suis le fautif)

Me fiant aux critiques et à l'excellente promo. faite par l'auteur sur divers médias je me suis empressé d'acheter le roman de Jean-Christophe Rufin :

LE TOUR DU MONDE DU ROI ZIBELINE

Par le passé j'avais lu deux romans de cet auteur qui m'avaient laissé une bonne impression notamment "Le grand cœur".

Ce roman que je n'ai pas terminé, et que je ne terminerai pas, tant il est mauvais relate l'histoire d'un couple, le comte Auguste Benjowsky et son épouse Aphanasie. Pour une raison inexplicable le couple demande audience à Benjamin Kranklin (l'inventeur du paratonnerre)  afin de lui "narrer" leur aventure. Curieux ! Le vieil homme accepte et semble captivé par ce récit romanesque.   

A la suite d'une bataille en Pologne où il est fait prisonnier le comte Auguste se retrouve prisonnier au fin fond de la Sibérie, au Kamtchatka, une presqu'île baignée par le Pacifique. Le gouverneur de cet enfer à une jolie fille qui tombe (on s'en doutait) amoureuse du bel Auguste. Le couple s'enfuit. A bord du bateau qu'il a "emprunté" au gouverneur  le couple accompagné par quelques fugitifs, passe par le Japon, Formose, la Chine pour ce retrouver après moult péripéties...en France.

Occupé à préparer une nouvelle expédition vers Madagascar, le comte laisse sa compagne entre les mains d'une jeune femme nommée Julie, laquelle entreprend de familiariser Aphanasie à la vie parisienne, d'abord les salons, elles rencontrent Diderot, lisent Rousseau, Voltaire...puis le Paris dévoyée car Julie a en tête de rendre Auguste (qui délaisse sa compagne) jaloux.

Cet apprentissage à la marquis de Sade, en moins talentueux, tombe dans une mièvrerie navrante, qui dure des pages et des pages, que j'ai parcourues en priant pour que cette littérature "Arlequinesque" prît fin. Je vous en livre une phrase symptomatique : << A mes qualités physiques (celles d'Anaphasie) je joignais le mérite de la nouveauté, et une moindre expérience pour éconduire ceux qui me fleuretaient. Heureusement Julie était à mes côtés..... 

Je fleurète, tu fleurètes, nous fleuretons.....

Page 265, à bout de patience,  je baissais les armes et fermais le livre avec l'amère sensation d'avoir une nouvelle fois jeté vingt Euros par la fenêtre. 

 

 

 

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 11:52

mardi 13 décembre.

LE CRI de Nicolas Beuglet  XO éditions 19, 90 Euro.

Ce cri serait plutôt un gémissement de consternation après la lecture de cet ouvrage.

Pourtant tout commençait bien : Un type meurt dans un asile d'Oslo. L'enquête révèle que cet homme est enfermé depuis trente ans, que personne ne sait qui il est, et que sa mort est plus que suspecte car il est retrouvé la bouche ouverte comme lorsque l'on pousse un cri de terreur. En outre il porte gravé sur le front le numéro 488.

Comme je vous l'avais dit tout commence bien et je m'attendais à lire un polar haletant.

Hélas cela se gâte quand l'héroïne rencontre en France, au cours de son enquête, un pseudo journaliste de guerre, qui pleurniche sans arrêt. Celui a la garde du fils de son frère mort dans un accident de voiture avec sa femme.

Et là on tombe dans l'invraisemblance et la mièvrerie. Comme je n'ai pas l'intention de vous narrer toute l'histoire, je vous rapporte un épisode des plus comiques (page 245) :

Notre reporter est près de son père dans une cave et veut faire avouer à celui-ci un secret. Blessé le père demande alors à son fils de lui passer la bouteille de whisky qui se trouve sur une étagère, celui-ci obtempère. Alors le père s'asperge de la boisson et y met le feu avec un briquet.

Je vous met au défi de vous transformer en torche vivante (expression employée par l'auteur) par cette méthode. Pour s'enflammer le whisky a besoin d'être chauffé, puis ensuite il s'enflamme, mais pas longtemps (j'ai déjà flambé des écrevisses au whisky) au pire vous vous en tirerez avec quelques brulures superficielles. Ce n'est heureusement pas de l'essence.

Bref, le fils épouvanté regarde son père bruler comme "une torche vivante"

J'ai relevé dans ce roman d'une mièvrerie consternante des expressions désuètes, que je n'imaginais pas que l'on pusse encoreLe cri de Munch employer dans un polar moderne : Il (le reporter) avançait "à pas de velours" ....C'est charmant.

Rassurer-vous tout ce termine bien : L'enquêtrice norvégienne et le reporter pleurnichard se retrouve et l'on sent se dessiner, sur fond d'aurore boréale, une torride histoire d'amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE CRI de MUNCH

   

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 22:44
Au commencement du septième jour  de Luc Lang

Au commencement du septième jour de Luc Lang

Dimanche 16 octobre 2016

Au commencement du septième jour ou un roman sans fin de Luc LANG

Epitomé  et quelques remarques acides :

Un couple de Cadres supérieurs (CSC+ pour les initiés) avec deux enfants appelés « Les tigrichons » (l’auteur veut faire original mais sombre dans le ridicule) vit dans une belle maison avec jardin donnant sur le bois de Vincennes. Lui, développe une sorte de bracelet électronique au sein d’une start-up, destiné à "surveiller" les employés des grandes entreprises, afin que le patron sache où ils se trouvent durant leur temps de travail. Elle, dirige l’agence du Havre d’une grande entreprise informatique et ne rentre que le week-end. C’est une métisse issue d’un mariage entre une française et un noir américain qui a décampé à sa naissance.

Tout va bien jusqu’au moment où la sonnerie du téléphone réveille Thomas en pleine nuit,  Camille a eu un grave accident sur une départementale où elle n’avait rien à y faire. Elle est dans le coma et hospitalisée à Rouen. Il s’y rend dans l’Audi dont il vante les qualités à tel point que l’on pourrait penser que le roman est sponsorisé par la marque : Il parle des 260 km/h qu’elle peut atteindre, des anneaux enchâssés dans la carrosserie….

Dès lors, la vie de la famille se trouve bouleversée, les "Tigrichons" sont confiés à la garde d’une nounou africaine nommée Daba et, commence l’enquête du mari qui cherche à savoir ce que sa femme foutait sur cette départementale à trois heures du matin, pourquoi elle roulait à plus de cent à l’heure ?  Pourquoi elle a terminé sa course par une dizaine de tonneaux sur une route parfaitement droite ? Aurait-on saboté la belle Austin Cooper S (dans la famille on ne roule pas dans n’importe quoi)

L’on apprend ainsi à désossé une voiture pour récupérer une sorte de boite noire qui livrera en détail les pérégrinations de l’épouse, car l’auteur nous gratifie des moindres détails : les parcours, le numéro des autoroutes, des nationales des rues, la couleur des vaches dans les champs, les monuments de Rouen, ainsi qu’une description fastidieuse de l’agonie de la malheureuse.

Enfin au bout d’une éternité Camille ouvre les yeux et sourit. Mais déception l’on apprend rien sur ce qu’elle fichait sur cette départementale. Le thriller que l'on espérait tombe à l'eau ! Et là, surprise : Fin du livre 1

  Livre deux : Où l'on pense raisonnablement avoir le clé du mystère sur l'escapade nocturne de Camille.

Eh bien non ! Nous voici transporté dans les Pyrénées dans une escapade en montagne qui vire au cauchemar. Thomas se retrouve dans le brouillard, sous la pluie, sur un sentier escarpé, un rocher se détache de la paroi manque l’entraîner dans l’abîme. C’est horrible. Cela dure des pages et des pages (que j’ai lu en diagonale) où tous les termes du vocabulaire de l’alpinisme sont cités ad nauseam. Rescapé,  Il  retrouve son frère Jean, qui élève des brebis et fabrique des fromages, avec lequel l’entente est chargée d’un lourd secret tournant autour de la mort de leur père. Incidemment l’on subodore  que Camille (la femme de thomas que l’on avait totalement oubliée) est décédée. Pourquoi ? Comment ? Les "Tigrichons" passent de merveilleuses vacances à l’estive (c'est un mot qui revient toutes les trois lignes (comme l’Audi) qui signifie pour les incultes : pâturage d’été en montagne. C’est très ennuyeux, ça dure des pages. Mais vous n’ignorerez plus rien sur la vie pastorale et la confection du fromage de brebis.

 Et survient : le livre 3

Le personnage principal, Thomas, se retrouve en Afrique au Cameroun plus précisément à la recherche de sa sœur, Pauline qui travaille au sein d’une ONG. Fortuitement, l’on apprend que son frère (l’éleveur de brebis) est décédé de la même manière que leur père en tombant dans un précipice.

Là également tous les clichés sur l’Afrique s’accumulent, comme ses malheurs. Car il n’est pas  chanceux. Il se retrouve dans une geôle sordide après avoir quitté Yaoundé, arrêté par un policier, sur le chemin de Garoua. On le soupçonne d’être un espion à la solde de qui ? Mystère. Durant l’interrogatoire par deux policiers, plus que méticuleux, il retrace son parcours (à la minute près) ainsi que la panne du train, dont la destination était Garoua, qui l’a fait échoué entre les griffes de la police à N’Gaoundéré.

Enfin libéré, ce sont les retrouvailles avec une sœur qu’il n’a pas vue depuis 16 ans. Pauline a recueilli un enfant nommé Aliou. Révélation : Le père abusait de Jean et était sur le point de faire subir le même sort à la petite Pauline. Jean ne pouvant le supporter a poussé Aurèle (le père) dans le même précipice où il succombera. 

Leur mère savait et couvrait les turpitudes de son mari. Pour elle : C’était une preuve d’amour. Problème : elle garde les "Tigrichons"  durant les pérégrinations de Thomas et est remarié avec un homme qui pourrait avoir les mêmes penchants coupables que son premier mari.

Le frère et la sœur s’interroge sur la mort  suspecte de Jean, dont la cause pourrait être le suicide, car rongé par les souvenirs douloureux de son enfance.  

Frère et sœur parcourent ce beau pays dirigé par un dictateur (Paul Biya) depuis 1982 et soudain, alors qu'il est à la plage avec le petit Aliou, auquel il semble s'attacher, Thomas appelle ses  "Tigrichons"  en vacances à Arcachon sous la garde de la mère de Camille que celle-ci a  arrachés des bras de la marâtre, complice du père pédophile.

Il leur annonce qu’il a une nouvelle importante à leur dire et l’on reste coi…Le roman se termine brutalement. Pas de point, pas le mot fin, comme si l’on avait arraché les dernières pages.

537 pages 22, 50 Euros. Ce roman est sélectionné pour le prix Goncourt.

Autre originalité dans ce récit,  il n'y a pas de point à la fin de certaines phrases, mais une majuscule au début de la suivante. Je n'ai rien contre l'originalité si celle-ci apporte un surcroît d'intérêt au texte, ce qui n'est pas le cas dans ce roman qui semble plus conçu pour interloquer que séduire le lecteur et éventuellement obtenir un prestigieux prix littéraire.   

 

 

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 13:46
Ma chronique littéraire (Impartiale ou presque)

Dimanche 11 septembre 2016

Black Messie de Simonetta Gréggio

Ce roman se voudrait être un polar de la même veine que le silence des agneaux, le formidable roman de Thomas Harris. Mais c'est raté.

Pourtant tous les ingrédients sont présents et même trop présents. C'est comme lorsque vous faites une mayonnaise et que vous y mettiez trop d'huile ou trop de moutarde. Je sais ce n'est pas très littéraire. Mais ne parle t'on pas de "recette" pour faire un bon roman, alors la mayonnaise pourquoi pas !

L'auteur adopte un style tweeter des phrases en cent quarante caractères qui n'ont souvent aucun sens. Mais ça fait jeune.

Il y a le flic fatigué en proie à des problèmes personnels insolubles, le suspect qui arrive d'Amérique avec sa fille en Toscane après que sa femme a été assassinée dans des conditions mystérieuses, des jeunes femmes assassinées avec des fleurs dans la bouche pour l'intrigue, quelques organes en moins pour l'horreur, le flic fatigué qui tombe amoureux d'une prostituée.... et puis survient, aussi stupéfiant que l'apparition de Bernadette dans sa grotte, Charles Manson et le meurtre de Sharon Tate en 1969. Au théâtre nous appelons cela "deus ex machina" Stratagème qui consiste à faire intervenir un personnage ou une divinité pour dénouer l'intrigue

On secoue le tout et ça donne un roman raté, fait de bric et de broc mais qui se vendra tout de même grâce au talent mercantile de la maison Stock.

Remerciez-moi je vous ai fait économiser 19, 50 Euros.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 11:52

Le jeudi 21 janvier,

Je connais des gens d’une fatuité sans égale parvenus à des postes d’importance, obtenus par complaisance car dépourvus de talent sauf celui de dénigrer ou se moquer.

Ils se consolent de leur médiocrité en censurant les œuvres qu’ils sont incapables de créer et s’arrogent les lauriers des créateurs qu’ils ont brisés. Ce sont les critiques, les obscurs des comités de lectures, les faiseurs d’imposteurs, les éditeurs comptables, les producteurs cupides, les notables de la culture de salon.

Ils occupent le terrain des médias comme les courtisans, autrefois, la cour des rois avec la même servilité.

L’obsession de paraître est leur ostensoir.

On les rencontre aussi sur les salons qu’ils organisent à leur gloire, destinés à un parterre acquit à leur magnificence, tandis que les auteurs, humblement courbés sur leurs pupitres, apposent leurs dédicaces sur des ouvrages dont leurs maîtres accapareront les bénéfices. Les auteurs en tireront un succès éphémère, le temps que les œuvres d’autres créateurs, gonflés d’une même gloire fugace, les délogent de leurs piédestaux.

Les droits d'auteur sont plus ou moins de 10% (plutôt moins) soit 2 Euros brut pour une œuvre vendue 20 Euros.

Monsieur Gallimard a trois cents millions d’Euros sur son compte en banque.

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