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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 10:27

Mardi 17 juillet

Un mauvais Grangé ?

L'auteur se frotte au SM, mais pas celui de quelques établissements parisiens spécialisés dans le genre. Celui dont il est question dans ce roman n'est pas pour les amateurs en quête de sensations fortes. Il est question de tortures que s'infligent quelques initiés, comme s'enfoncer des aiguilles sous les ongles,  nécrophilie, et autres petites activités morbides. 

Deux jeunes stripteaseuses sont retrouvées assassinées, les corps sont entravés par des liens constitués de leurs petites culottes et leurs soutiens gorges  noués par des nœuds savants, dont les adeptes de ces petits jeux pervers sont des experts. L'originalité réside dans le fait qu'elles ont la bouche tailladée jusqu'aux oreilles façon l'homme qui rit de Victor Hugo, sauf qu'elles sont bel et bien mortes. Pour ajouter à l'horreur elles ont une pierre enfoncée dans la gorge.  

Mis mal à l'aise par la surenchère dans le sadisme, le lecteur entre dans un monde glauque dans lequel les protagonistes paraissent déconnectés de la réalité.

Pour surprenante qu'elle soit la fin est comme le roman : invraisemblable, à trop rechercher le sensationnel l'on tombe dans l'irrationnel. Or le lecteur s'attend tout de même à un minimum de crédibilité. Ce qui n'est pas le cas de ce roman.

Je ne suis pas un adepte de ce genre de littérature, qui ne peut séduire que quelques voyeurs introvertis.     

   

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 21:11

Samedi 16 juin

Selahattin Demirtas

Dans les geôles d'Erdogan depuis 22 mois. Son crime : Etre pro-Kurde et prétendre se présenter à l'élection présidentielle du fond de son cachot.

Incarcéré depuis le 4 novembre 2016 au Centre pénitentiaire de haute sécurité d’Edirne en Turquie, Selahattin Demirtas a écrit ce texte mardi 12 juin et l’a transmis au « Monde ». En attente d’un procès, il risque une peine de prison de cent quarante-deux ans, selon le code pénal turc. Turc d’origine kurde, il préside le Parti démocratique des peuples et a présenté sa candidature à l’élection présidentielle turque du 24 juin.

Tribune.

J’écris ces mots depuis le Centre pénitentiaire de haute sécurité d’Edirne, tout près de la frontière avec la Bulgarie. La prison est située à sept kilomètres du centre-ville d’Edirne, dans une zone vierge de toute habitation, au milieu des champs de tournesols. Chaque année, au mois d’août, les alentours de la prison se parent de vert et de jaune, étouffant dans une immense orgie de couleurs ses murs gris et monotones. Tous, on connaît les tournesols. Ils poussent en l’espace de quelques mois seulement, puis leur face supérieure, d’abord inclinée, se redresse pour regarder le soleil.

Depuis ma jeunesse, et aujourd’hui encore, chaque fois que je contemple un champ de tournesols en fleur, j’ai l’impression de voir une foule de jeunes gens serrés côte à côte dans le cortège d’une manifestation. La rivière Toundja, venue des profondeurs de la Bulgarie, coule non loin de la prison. Après avoir sinué pendant des kilomètres, cette longue ligne verte rencontre les eaux du fleuve Maritsa, à quelques encablures du centre-ville d’Edirne. La confluence de ces deux cours d’eau m’évoque les retrouvailles pudiques et heureuses de deux amis qui ne se seraient pas vus depuis des années. Or, depuis vingt mois que je suis ici, je n’ai encore jamais eu la possibilité de voir ni l’un ni l’autre. C’est cela, être en prison. Pour comprendre la géographie de l’endroit où je me trouve, il me faut faire un effort d’imagination. La vérité est que je suis enfermé dans une cellule que l’on s’est appliqué à rendre...

 

Selahattin Demirtas : « Je continuerai à m’opposer sans reculer d’un pas, quel qu’en soit le prix à payer »

"Les combats les plus beaux sont les plus désespérés" chantait Nougaro. S'il en est un c'est bien celui de Selahattim que modestement je soutiens, mais que puis-je faire de plus...

 

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 14:07

Le lundi 28 mai 2018

Après la déconvenue Joël Dicker, je vous avoue que je suis resté quelques jours sans lire une ligne. Un peu comme un cavalier tombé de cheval qui hésite à remonter sur sa monture. Puis comme un convalescent j'ai lu quelques pages de Julien Gracq et de suite je me suis senti mieux, mais le coup a été rude.

L'on m'avait conseillé deux auteurs de thriller, des jeunes loups qui commence à se forger un nom dans le polar. Il s'agit de Bernard Minier dont je viens de terminer Le cercle et de Franck Tilliez auteur de Rêver dont j'ai lu les  premières pages.

 

Comme je l'écris ma chronique n'engage que moi, elle résulte de l'impression que m'a laissé le roman.

Le cercle est un polar où l'auteur entraine le lecteur sur une fausse piste, celle d'un tueur en série évadé d'un centre psychiatrique fermé. Le commissaire en charge de l'affaire est malheureusement torturé par les jours heureux passés avec sa femme dont il est séparé depuis un bout de temps. Il faut souligner qu'elle a succombé aux charmes de son meilleur ami.

 Il l'a  retrouve parce qu'elle est la mère du suspect N°1 des trois meurtres qui l'occupent ou devraient l'occuper. Le hasard fait bien les choses. Sauf que les retrouvailles donnent lieu à des pages que l'auteur aurait voulu érotiques mais sont d'un ennui mortel et hors sujet.

La suite de cette romance, pardon de ce thriller, ne m'a jamais accroché et la fin est plutôt décevante, voire tirer par les cheveux.  

Rêver

Il s'agit d'un thriller psychologique d'après ce que l'on peut lire dans la presse spécialisée. 

Le personnage principal est psychologue et travaille pour la gendarmerie afin de découvrir l'auteur de rapts d'enfants. Elle souffre de narcolepsie et est victime de crises de cataplexie et se soigne au Propydol. C'est un médicament (qui n'existe pas) mais qui apparaît une page sur deux. Cependant, vivant entre rêve et réalité cette jeune femme dénommée Abigaël se taillade, se pique avec des aiguilles ou bien à recours aux brulures de cigarettes pour savoir si elle est éveillée ou non. Rappelons qu'elle est psychologue. Je ne suis pas psychologue mais je doute que le corps médical approuve  cette thérapie...singulière. Il suffit tout simplement de se pincer...d'où l'expression.

Ce qui surprend dans ce polar c'est que l'enquête sur la disparition des enfants passe au second plan pour ne se polariser que sur les faits et gestes de cette étrange psychologue au point que le lecteur se pose la question vers laquelle veut nous emmener l'auteur : Ne serait-ce pas elle l'auteur des rapts d'enfants ?

Un moment savoureux page 284 : Récit d'une légende estivale que chaque vacancier connaît : Il s'agit de ce malheureux plongeur happé par un Canadaire en pleine mer et largué au-dessus d'un feu de forêt. Cette histoire a fait mille fois le tour de la côte et fait partie des canulars que l'on se raconte sur nos plages à l'heure du pastis. Je ne suis pas vraiment certain que cette fable ait sa place dans ce bouquin.

Bientôt la fin que je ne vous dévoilerais pas mais pour l'instant je reste dubitatif....  

Ouf, j'ai terminé la lecture de ce thriller psychologique. L'héroïne, la psychologue qui se martyrise  s'en sort, mais que c'est compliqué voire alambiqué pour obtenir un résultat mitigé car le méchant, n'est autre qu'un petit employé minable alors que je m'attendais à découvrir un génie (type Moriarty) Empruntez le à un ami ou à la bibliothèque.  

Comme pour le moment, je ne suis attiré par aucun roman traditionnel , je continue ma quête de sensations fortes et me lance dans la lecture du dernier Grangé : La terre des morts. Comptez sur moi pour vous donnez un avis sans concession.

 

  

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24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 10:37

 

Mardi 24 avril 2018

Félix Tshisékedi prétendant au trône de la RDC

 

Je suis abonné à l'excellente lettre de Jeune Afrique que je reçois tous les jours (Il faudrait dire news-letter pour faire branché, mais je préfère notre bonne vieille langue à la branchitude - S-G)

Car tout ce qui se passe en Afrique me passionne :

Je vous livre l'info du jour Vincent Bolloré notre grand capitaine d'industrie est en garde à vue pour corruption en Afrique. Il est soupçonné d'avoir versé quelques pots de vin pour obtenir les concessions portuaires au Togo et en Guinée.

Je vous renvoie à mon article concernant ce sinistre personnage sur l'huile de palme. Car lui aussi baigne dans cette fange au travers de la société Socfin dont il est l'actionnaire principal.

 

 

 

 

Autres informations :

Selon un document que s’est procuré Jeune Afrique, la Banque centrale du Congo a versé 7,5 millions de dollars à une société détenue par des proches du président Joseph Kabila en mai 2016.

Joseph Kabila est le chef d'Etat de la République DEMOCRATIQUE du Congo depuis 17 ans. Il a succédé très démocratiquement à son père, Désiré, assassiné en 2001 et ne veut  laisser le pouvoir à personne il envisage de modifier la constitution qu'il a lui même promulguée. Sa fortune personnelle est estimée selon "Forbes" à 15 milliards de Dollars U.S.

Il y a un terme dont il faut se méfier en Afrique c'est le mot DEMOCRATIQUE, il n'a pas le même sens que chez nous. Idem pour les noms des parties politiques comme par exemple celui du beau bébé joufflu dont la photo trône en tête d'article : Union pour la DEMOCRATIE et le PROGRES SOCIAL en RDC.

Une chose frappe également en Afrique c'est l'embonpoint des dirigeants ou aspirants dirigeants à la différence des peuples qu'ils entendent asservir, pardon, diriger. Prenons le cas de ce bon Ali Bongo, toujours Président du Gabon après la farce électorale de 2016 où il battait l'ex-mari de sa sœur Pascaline, Jean Ping.  Il a également succédé à son père (normal) mis au pouvoir par de Gaulle en 1967. La famille Bongo règne sur le Gabon depuis 51 ans.

 

 Ali et Pascaline

 

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 14:38

Beppe Grillo : Fondateur du mouvement cinq étoiles en Italie

Le philosophe et monsieur Larme à l’œil.

Il y a des moments de télévision assez déroutants, ce fut notamment le cas au cours de l’émission de celui que l’on surnommait l’homme en noir métamorphosé en monsieur Larme à l’œil.

Celui-ci accueillait dans son show télévisé le philosophe français le plus lu au monde, affirmait-il, avec déjà un soupçon de larme au coin de l’œil. Cette assertion me laissa dubitatif. Est-ce là un critère de qualité ? L’on peut raisonnablement en douter quand l’on sait que l’écrivain français le plus lu au monde fabrique, comme le soulignait ce bon Naulleau, de la littérature au kilomètre. Certes non.

Revenons à notre philosophe dont l’érudition ne fait aucun doute. Erudition qu’il étale comme de la confiture sur une tartine. Preuve de cette immense culture,  il ne manque jamais  d’asséner à chacune de ses nombreuses apparitions médiatiques qu’il a lu le Coran, lui, comme s’il s’agissait de l’argument massue de la connaissance universelle.

 Ce qui est étonnant chez ce philosophe est sa capacité à répondre à tout avec une assurance proche de l’arrogance dans un staccato de paroles qui ne laisse à personne l’impertinence de l’interrompre. Le chauffeur de salle se lève, l’auditoire applaudi à la fin de chaque diatribe, monsieur larme à l’œil couve son invité des yeux de Chimène.

Pourtant, est-ce que le propre du philosophe n’est pas de se questionner en permanence, de se remettre en question ? Socrate disait : « Il y a une chose que je sais, c’est que je ne sais rien. » Un peu d’humilité n’a jamais fait de mal, tout philosophe le plus lu au monde que l’on soit. A contrario, notre champion mondial des ventes philosophiques martèle sa vérité avec la même conviction que le forgeron martyrise son enclume.

Et là, patatras, le monologue dérape : Le philosophe se range dans une case celle déjà fort encombrée des souverainistes, (Monsieur Larme à l’œil est aux anges ! Il sort son mouchoir) Et d’ajouter qu’il est un populiste, à savoir un philosophe du peuple.  L’ochlocratie aurait donc SON philosophe, Orban, Erdogan, Kaczynski, Poutine, Beppe Grillo, Le Pen, ont leur référence philosophique et pas n’importe laquelle ! Celle du philosophe français le plus lu au monde !

Dans la foulée de cette confession, il condescendit à donner ses ordalies avec la faconde d’un empereur romain  (ponctuées des mêmes tonnerres d’applaudissements, cornaqués par le même chauffeur de salle) sur l’Europe dont il est un farouche opposant, les grèves qu’il justifie, les guerres qu’il désapprouve car l’on doit selon lui, laisser les peuples se faire massacrer sans intervenir….

Puis survint le moment pathétique quand il évoqua, durant d’interminables minutes, l’AVC qui faillit le terrasser en ce début d’année (Monsieur Larme à l’œil ressort son mouchoir) tout en fustigeant les morticoles qui l’avaient examiné sans déceler le mal qu’il décrivit avec la précision d’un orfèvre. La salle retenait son souffle, monsieur larme à l’œil retenait tant bien que mal ses sanglots, l’atmosphère était devenu irrespirable. Le philosophe français le plus lu au monde avait failli trépasser…

 * Vous retrouverez les portraits de tous les populistes énumérés (la liste n'est malheureusement pas exhaustive)  dans les articles précédents.

 

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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 14:14

Sortons de la (mauvaise) littérature pour admirer l'extraordinaire performance d'acteur que nous a offert l'ancien Président sur la chaîne qui vient au secours des hommes politiques en péril.

Je ne participerai pas à l'hallali, et m'inquiète plutôt pour les protagonistes de cette affaire d'état. En effet tout le monde se souvient de la mort de Choukri Ghanem  (ex ministre du pétrole de Kadhafi) qui s'est suicidé en se jetant dans le beau Danube bleu après avoir succombé à une crise cardiaque ou c'est l'inverse....puis récemment l'attentat (le 23 février 2018) dont fut victime Béchir Saleh (ex directeur de cabinet du guide) sur la route qui mène de l'aéroport au centre de Johannesburg que la police attribue aux pillards qui pullulent  sur cette route.

Si j'étais à la place de Ziad Takiéddine je me précipiterais pour souscrire une assurance vie.

 

 

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 16:32

Le mardi 13 mars 2018,

Il y a des accidents industriels, financiers, et maintenant littéraires.

Décidemment je passe de moins en moins de temps sur ce blog, certainement à cause des trop nombreux lecteurs auxquels je m'efforce de répondre.

Un mois que je n'avais dit du mal d'un roman, ça me démangeais tellement que je n'ai pas terminé celui dont je vais vous entretenir. Mais il fallait que je vous mette en garde avant que vous ne dépensiez 23 € 

GROTESQUE

 Serait-on au devant d'une arnaque compte-tenu du matraquage médiatique que l'on a fait autour de ce livre ? C'est la question que je me pose depuis la première page. Arrivé à la page 167 je reste sur cette angoisse, le mot n'est pas trop fort.

Pour le moment l'histoire est d'une banalité navrante, mais pire : L'écriture est d'une niaiserie déroutante. Précédemment J'avais lu La vérité sur l'affaire Harry Querbert et j'en ai gardé un bon souvenir. Me serais-je trompé ?

Les digressions sont légions (il faut faire des pages) ainsi l'on apprend que Marc l'ex mari d'Anna (la chef adjointe de la police d'Orphéa qui enquête sur la disparition) vient d'acheter la maison mitoyenne à celle de ses parents (qui adorent le Marc en question) Il ne manque pas d'inviter son ex femme, qu'il poursuit de ses assiduités, au barbecue....et cetera...et cetera (10 pages)

Je vais continuer ma lecture, mais c'est pour vous, car malgré la bienveillance que chacun aura remarquée, je crains le pire. 

Bientôt La vérité sur l'affaire Joël Dicker....A t-il utilisé un nègre (pardon, un assistant à l'écriture)

Page 275.

C'est un calvaire ! A tel point que je me demande si l'auteur n'a pas forcé le trait sciemment tellement l'on s'enfonce dans le ridicule. L'auteur a t-il volontairement tourné en dérision ce qui était annoncé comme un polar au suspens insoutenable.

Depuis la page 167 où j'étais en état de choc, l'on assiste, pétrifié aux démêlées entre un couple où le patron d'une revue littéraire est grossièrement dépouillé par une jeune intrigante qui rêve d'écrire un livre (non ce n'est pas Laetitia) un autre couple  se déchire à cause de leur fille de dix-neuf ans qui se drogue et exprime son mal de vivre car son père ne veut pas lui acheter le chien qu'elle désire (j'ai failli verser une larme). Il y a également le délire d'un critique littéraire qui a eu dans le passé son heure de gloire, mais qui n'est plus que pathétique.

Tout ce petit monde va se retrouver à Orphéa, là où 20 ans plus tôt il y a eu un drame épouvantable, pour assister à la pièce de théâtre qui va révolutionner le monde (c'est dans le texte) intitulée La nuit noire, écrite par un ex-officier de police (mégalomane) qui promet de dévoiler au cours de la représentation le nom de l'homme qui a assassiné le maire, sa femme, son fils et une malheureuse passante. Crimes sur lesquels Stéphanie Mailer enquêtait, au péril de sa vie, puisqu'on  retrouvera son corps  flottant dans un lac. J'en ai des frissons. 

La question demeure, s'agit-il d'une satire (mal écrite) d'un polar, tellement c'est outrancier, ou bien un ratage incompréhensible tellement le récit tourne vers l'ubuesque ?

Imaginez la situation rocambolesque devant laquelle se trouve le lecteur à ce stade :

Pour sauver le festival de la ville et accessoirement son poste, le maire d'Orphéa prétendument intelligent et cultivé accepte de faire jouer une pièce de théâtre écrite par un policier mégalomane que personne n'a lue ni vue. A quinze jours de la représentation il n'y pas d'acteur. l'auteur envisage de les recruter par voie d'annonce promettant la gloire à ceux qui seront sélectionnés. Pire, le texte ne leur sera communiqué qu'au début de la représentation. Grotesque.

Ce qui me fait enrager ce sont les milliers de bons romans qui passent au pilon au profit de cette littérature de caniveau.

Le calice jusqu'à la lie : Le bouquin fait 630 pages.

    

Le pire allait venir pages 320 et 321 où le père de la jeune fille (Dakota) celle  qui voulait un chien, directeur d'une télé locale décide de créer une émission de téléréalité, pour remonter l'audience, en mettant en scène une famille de "gros" sponsorisée par les chips "Grassitos"

Pour le plaisir je vous livre une perle que vous trouverez page 538 si, comme moi, vous êtes atteint d'une envie irrépressible de flagellation (il est vrai que Pâque se profile et que l'on voit partout des pauvres bougres se fouetter pour commémorer le calvaire du Christ ou le martyre d'Hussein petit fils de Mahomet.

Revenons à la page 538 : La pauvre Dakota a été atteinte de deux coups de feu tiré par l'assassin (on le présume) du maire et sa famille. Elle allait divulguer sur scène le nom du meurtrier. 

Elle vient d'être opérée et  Jerry (le père) s'adresse au chirurgien : << Est-ce que ma fille va se réveiller ?

-- Je n'en sais rien. Je suis désolé. Il y a des chances pour qu'elle ne survive pas.>> 

 En ce jour de la promotion de la langue française, c'est avec un infini soulagement que je vous annonce la fin de mes souffrances. Je n'irai pas plus loin dans ce texte qui est une offense à la  langue française et à l'intelligence.  j'ai perdu 23 €.

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12 janvier 2018 5 12 /01 /janvier /2018 11:23

Vendredi 12 janvier 2018

Aslı Erdoğan,

née le 8 mars 1967, est une romancière turque, journaliste, militante pour les droits de l'homme , arrêtée le 17 août 2016 et emprisonnée dans la prison Bakırköy d'Istanbul, libérée le 29 décembre 2016[. Elle est lauréate du prix Tucholsky 2016 et du Prix de la paix Erich-Maria-Remarque 2017, qui sont des prix récompensant l'engagement en faveur de la paix. Asli Erdoğan reçoit aussi le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes 2018 (Remise du Prix, le 10 janvier 2018).

 

Recep ERDOGAN l'autocrate qui dirige la Turquie n'aime pas les intellectuels qu'il qualifiait récemment de "jardiniers du terrorisme" Atteint de paranoïa aiguë l'autocrate voit des terroristes partout. Est terroriste toute personne qui ne pense pas comme lui. Ainsi la purge stalinienne qui a suivi le pseudo coup d'état a conduit plus de 50 000 turcs (journalistes, universitaires, juges, militaires... en prison) la plupart des médias d'opposition ont été fermés.

ASLI auteure chez ACTES SUD attend son procès, elle risque la prison à vie. Notre Ministre de la Culture Françoise TYSSEN est l'ex-directrice d'ACTES SUD fondé par son père.

Outre éditer, une maison d'éditions se doit  protéger ses auteurs contre les prédateurs de la liberté d'expression.

 

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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 14:02

Dimanche 3 décembre 2017

AUX CINQ RUES LIMA -  291 pages -

22 EUROS -  Gallimard

 

 Cette chronique est parfaitement impartiale, parce que VARGAS LLOSA est l'un de mes écrivains cultes que je n'ai pas manqué d'encenser  lors de mes chroniques précédentes. 

Je me suis posé une question essentielle : Est-ce que l'éditeur lit le texte d'un écrivain célèbre (s'il en est) avant de le publier ? Pourquoi cette question ? Parce que ce roman est EPOUVANTABLE et le mot est faible, je vais tenter de faire mieux sans tomber dans piège du vulgaire car ce roman est d'une vulgarité et d'une bêtise incommensurable.

Lorsque l'on s'aventure sur les sentiers incertains de la littérature érotique il y a un abîme dans lequel il convient de ne pas tomber c'est la pornographie. Et là, l'auteur y a sauté avec  délectation. Tout le monde n'a pas le talent du marquis pour décrire des scènes dans lesquelles deux femmes se livrent aux plaisirs de relations saphiques, en particulier ce pauvre Vargas Llosas, car en plus d'être ridicule, la description des ébats de ces deux femmes, avec des mots que je pensais définitivement sortis du vocabulaire érotique, ressemblent à celles d'un être lubrique regardant par le trou de la serrure.

Prenant le parti de dénoncer la main mise du pouvoir de FUJIMORI sur le Pérou, Vargas Llosa se complait dans une romance débile, dont le sujet a été abordé à maintes reprises souvent avec talent : La corruption.

Il mêle à cette période noire du Pérou, les tribulations de deux couples (aisés) et les révélations du rédacteur en chef d'un torchon dont le nom est : Striptease. Les personnages sont des caricatures improbables affublées de sobriquets ridicules : Ma blondinette pour Marisa ou bien Marisette, Chabelette pour Chabala, ou encore Riquiqui pour une journaliste du torchon. Marisette et Chabelette se livrent à "des cochoncetés" (c'est dans le texte) et l'une d'elle "besogne" sa partenaire.

Il y a eu des moments où j'ai ressenti l'envie irrépressible de jeter ce bouquin par la fenêtre. 

Je vous offre un pur moment de littérature : 

Le chapitre V de mon dernier roman, le plagiat. 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PLAGIAT

CHAPITRE V

La chambre du Hilton Opéra, réservée par Claude possédait deux lits séparés  par un bon mètre. Cette attention rassura Pauline. Même si son compagnon de voyage était gay, elle préférait ne pas partager le même lit. Non qu’elle craignait de subir ses avances, mais elle avait conscience que son physique ne la laissait pas indifférente.

Durant le voyage en avion elle avait apprécié sa conversation. Il avait montré de l’empathie lorsqu’elle lui avait révélé la déchéance de sa famille, s’était inquiété du sort de ses parents. Par contre il s’était montré peu loquace sur lui-même, il lui avait semblé que sa vie se résumait à sa rencontre avec Claude Castel, pour laquelle il éprouvait une quasi-vénération.

Ils dînèrent dans une brasserie à touristes sur le boulevard des Italiens avant de rejoindre leur hôtel. Quentin sortit une demi-bouteille de champagne du minibar. Ils rirent de bon cœur devant une pitoyable émission de télé-réalité, puis passèrent en revue, une dernière fois, les détails de la journée de demain. Le rendez-vous était fixé à quatorze heures.

Elle le convainquit de la laisser monter seule à l’appartement, malgré les ordres de Claude, il restera au pied de l’immeuble et n’interviendra que s’il se montrait agressif. Ce dont elle doutait.

 

Pierre Mazet était anxieux, il ne savait quelle attitude adoptée lorsqu’il ouvrirait sa porte à Pauline. Il hésitait entre une froide indifférence et un accueil cordial comme s’il ne s’était rien passé. Il avait mis de l’ordre dans l’appartement, fait le ménage, et… changé les draps de son lit, sans trop de conviction tout de même. Il attendait Pauline avec impatience, curieux d’observer son comportement après sa sortie mouvementée lors de sa dernière visite. Sera-t-elle repentante comme le laissait présager ses messages ou bien d’une froideur impassible ?

Il marchait de long en large dans le salon, le regard fixé sur le tapis, répétant intérieurement les différents scénarios qu’il avait mis au point suivant l’humeur affichée par Pauline. Mais plus que tout, l’homme de lettres reprenant le dessus sur l’amoureux transi,  était impatient d’avoir en main la suite des cinq chapitres de « La fortune des Maréchal ». Il les avait lus, relus, imprimés, c’était exceptionnel. Si la suite du roman était de la même veine, alors il tenait là un chef d’œuvre. Cet ouvrage tombait à point, car depuis de longs mois il n’avait rien proposé de sérieux au comité d’éditions du mercredi et, bruissait dans les couloirs de la prestigieuse maison, la rumeur de son éviction.

Quand il ouvrit la porte, il remarqua immédiatement la pâleur de Pauline, au point qu’il pensa qu’elle se trouvait mal. Il eut alors le geste inconsidéré d’écarter les bras comme pour l’étreindre. Elle eut un brusque mouvement de recul, le considérant d’un air effaré. Il se confondit piteusement en excuses. Les retrouvailles ne pouvaient être plus désastreuses. Elle entra d’un pas décidé et resta plantée au milieu du salon où les stigmates de son passage dévastateur avaient disparu. Chaque bibelot avait retrouvé sa place, même si quelques-uns présentaient des traces de rafistolage. Manquait le vase de chine de l’entrée, cannes et parapluies reposaient contre le mur.

- Je suppose que vous avez changé les draps !

Il resta pétrifié à l’entrée du salon, abasourdi par l’impertinence du ton et la posture que la frêle et timide jeune femme qu’il avait connue adoptait. Il avait tout envisagé sauf cette arrogance. Il était obsédé par le manuscrit.

- Oublions ce qui s’est passé, bafouilla-t-il. C’était une erreur, je n’aurais jamais dû….

- C’était un viol !

Il restait les bras ballants, ne sachant que faire, partagé entre l’envie de la jeter dehors ou  la supplier de lui pardonner un crime qu’il n’avait pas commis.

Elle s’assit sur l’ottomane, ouvrit son sac et lui lança le manuscrit qui atterri à ses pieds.

Il le ramassa, le serra contre sa poitrine.

- Je vous promets de le lire rapidement. Veux…voulez-vous un thé.

Elle le considéra d’un air méprisant.

- Je repasserai demain à la même heure, avec Paul Jara, l’auteur. Nous avons rendez-vous chez Fouyard si vous n’étiez pas intéressé.

Elle se redressa, fit mine de parcourir les titres des ouvrages soigneusement rangés sur les étagères, jusqu’à l’entrée du petit bureau, jouxtant la chambre à coucher, dont elle détailla rapidement l’aménagement.

- Je peux vous emprunter celui-ci, demanda-t-elle en désignant un livre de la Pléiade consacré aux œuvres de Fernando Pessoa.

- Oui..oui je t’en prie. Tu me le rendras quand tu l’auras lu. J’y tiens beaucoup.

Sans y prêter attention il avait repris le tutoiement.

Elle se retourna, le visage crispé.

- Excusez-moi.

Le livre à la main, elle se dirigea vers la porte d’entrée.

- A demain, dit-elle en refermant la porte.

Quentin patientait en bas de l’immeuble. Il l’a regarda d’un air scrutateur.

- Tout va bien, dit-elle, j’ai eu le sentiment qu’il tenait plus à obtenir le manuscrit qu’à me voir. Je lui ai laissé jusqu’à demain en le menaçant d’aller chez un concurrent. Il va passer une nuit blanche. Son ordinateur se trouve dans un petit bureau près de la chambre.

Il lui entoura les épaules de son bras, et se dirigèrent vers le boulevard Jourdan en riant.

 

Une fois que Pauline eut quitté son appartement, Pierre Mazet, le manuscrit entre les mains, restait circonspect. Il n’arrivait pas à analyser le comportement agressif de Pauline, elle semblait lui en vouloir comme s’il avait abusé d’elle lorsqu’elle était venue lui proposer son roman. Brusquement, le mot qu’elle avait prononcé lui revint à l’esprit. Viol. Comme pour se convaincre, il se remémora la scène de leur première rencontre, se souvint parfaitement qu’elle prenait congé, puis, contre toute attente, l’avait embrassé farouchement sur la bouche, sans qu’il n’eût rien fait pour provoquer ce geste stupéfiant. Il est vrai qu’à ce moment, il avait profité de la situation de trouble dans lequel elle semblait être. Mais quel homme dans ces conditions n’aurait pas tiré parti de cette aubaine ? 

Il haussa les épaules, marmonna quelques mots incompréhensibles, et s’allongea sur l’ottomane, la tête soutenue par un coussin. Lire trois cents pages en quelques heures ne le rebutait pas. Il oublia le dîner, la fraîcheur du soir qui entrait par une fenêtre restée ouverte, une soirée mondaine à la société des auteurs où il était de bon ton de se congratuler, même si le nombre des lecteurs se réduisait chaque année comme peau de chagrin.

Subjugué par la lecture du roman, les heures qui s’égrenaient n’avait pas de prise sur  l’attraction qu’exerçaient sur lui les lignes qu’il lisait et relisait comme pour se convaincre, si besoin en était, qu’il tenait bien entre ses mains un futur best-seller, au point qu’il regrettait amèrement de ne pas en être l’auteur. Cette pensée lui traversa l’esprit tel un missile.

Lentement, cette folle éventualité s’insinuait insidieusement dans tout son être. Il la repoussa avec véhémence, la mettant sur le compte de l’épuisement dans lequel il se trouvait. Il quitta l’ottomane, s’étira, marcha jusqu’à la fenêtre qu’il ferma. Les premières lueurs de l’aube aux doigts de rose coulaient entre les bosquets des tulipiers, ranimaient le lac endormi. La patine bleutée des statues donnaient un aspect irréel au parc.

Trente ans auparavant, il avait  rendu hommage au père de la littérature dans son roman, dépeint avec talent des levers de soleil au-dessus des dunes fauves, les murs de la citadelle flamboyant. L’inspiration l’avait abandonnée, il vivait dans le souvenir du jeune homme adulé. Que ne donnerait-il pour revivre ses instants de grâce ?

 Il se dirigea vers la cuisine, fit chauffer de l’eau. Tout en buvant son thé, le regard fixe, il ne parvenait pas à chasser de son esprit la perspective de s’approprier ce récit. Inexorablement, l’idée, faisait son chemin comme le ver dans un fruit talé. Il décida de s’accorder quelques heures de repos, se dirigea vers la chambre, jeta un regard furtif au manuscrit, comme l’on regarde un objet défendu, s’allongea sur le lit. Les yeux rivés sur le plafond, il savait qu’il ne trouvera pas le sommeil.

Il sortit de son lit sans avoir fermé l’œil, mais en ayant pris sa décision. Il avait décidé de ne pas tergiverser, et proposer une grosse somme d’argent pour s’approprier le roman. Spéculant sur la faillite des de Lanzac, il pensait que Pauline et ce jeune auteur inconnu du public seraient trop heureux d’accepter de lui vendre le manuscrit contre une somme d’argent plus que conséquente. Il  proposera deux-cent-mille Euros, plus un intéressement sur les droits. Ragaillardi, il fila vers la cuisine où il but une tasse de thé, avant de se rendre dans la salle de bain. Il déjeuna frugalement, peaufina ses arguments, revêtit son plus beau costume, laissant le col de sa chemise blanche ouvert, afin de cacher son anxiété sous le couvert d’une tenue désinvolte. Il se contempla dans le miroir en pied de l’entrée, s’exerça à quelques sourires, mimant les gestes d’un homme s’apprêtant à parler affaires. 

Il tournait en rond dans le salon, remettant sans cesse en place les mêmes bibelots, examinant pour la nième fois le tableau endommagé par pauline qu’il avait fait restaurer à grand frais, quand, enfin, le carillon de la porte d’entrée tinta. Pétrifié, il s’essuya les mains avec son mouchoir et ouvrit la porte, sourire crispé sur les lèvres, tentant d‘adopter l’attitude maintes fois répétée d’un homme ravi d’accueillir des amis. Cette contenance n’abusa pas Pauline qui passa devant lui en le considérant d’un œil goguenard. Il tendit une main obséquieuse à l’auteur, Paul Jara, alias Quentin Jauréguy,  qui la serra vigoureusement.

Pauline avait déjà pris place sur l’ottomane, bientôt rejointe par Paul Jara. L’éditeur s’assit face à eux, le manuscrit entre les mains. Un silence pesant s’installa. Pierre Mazet proposa du thé qu’ils refusèrent, le laissant dans la position de celui qui devait entamer la conversation, sans savoir comment l’aborder.

A bout de patience, Pauline lança  un « Alors » qui le fit sursauter.

- J’ai lu attentivement le roman de Paul…Vous permettez que je vous appelle Paul ?

Il opina de la tête sans se départir de son sourire.

C’est bon pour un premier roman, mais je ne vous cache pas qu’il sera difficile de l’imposer au comité car en ce moment compte tenu de la conjoncture….

- Epargnez-nous ce discours de politicien ! Le coupa Pauline.

Il déglutit.

-- Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grande partie des bonnes maisons d’éditions ont été rachetées par les mastodontes de la profession. A la direction de ces petits éditeurs, il ne reste que des salariés qui ne prennent plus le risque de soutenir un écrivain inconnu du public. C’est pour cette raison que les étagères des libraires regorgent de bouquins d’anciens footballeurs, d’acteurs de téléréalités, de politiciens, et autres écrivains qui font de la littérature aux kilomètres.

 Ce roman aurait beaucoup plus de chance… Il s’arrêta comme à bout de souffle…. si son auteur était quelqu’un de célèbre, du moins  reconnu en littérature.

Un sourire sarcastique s’inscrit sur les lèvres de Pauline.

- Comme vous par exemple.

- Oui…par exemple. Dit-il d’une voix imperceptible.

- Vous plaisantez, je suppose !

Il les regarda tour à tour puis baissa la tête comme un enfant qui allait avouer une quelconque  faute.

- J’ai une proposition à vous faire.

Il prit une longue inspiration, se tritura les mains.

- Voilà, je peux vous donner deux-cent-mille Euros, si vous me cédez le manuscrit, et un intéressement substantiel sur l’à-valoir et les droits d’auteur.

Ils se dévisagèrent, effarés.

-- Vous parlez sérieusement ?

-- Oui.

Consciente de la honte qui étreignait le grand écrivain de proposer une offre aussi dégradante que s’approprier l’œuvre d’un autre, Pauline le dévisagea, effarée. Elle ne comprenait pas qu’un homme de sa trempe  se résignât à une telle infamie.

 Se redressant brusquement, elle lui retira le manuscrit des mains et intima à Paul Jara de la suivre. Celui-ci surpris par le ton se précipita. Sur le seuil de la porte d’entrée, elle l’observa, un air de dégoût sur le visage.

-- Nous devons en parler entre nous. Je vous appellerai pour vous faire part de notre décision.

Il hocha une tête pitoyable à voir.

Parvenus sur le trottoir, Pauline regarda Quentin les yeux écarquillés.

-- Tu arrives à y croire ?

-- C’est vrai que c’est plutôt surprenant, répondit-il en souriant. Tu as été parfaite dans le rôle de la femme scandalisée.

-- Nous allons demander à Claude ce qu’elle en pense.

Ils prirent la direction du boulevard. Il lui enlaça les épaules. Elle appréciait ce geste, sans imaginer un autre sentiment que leur amitié.

Bientôt le chapitre VI... 

 

 

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 15:12

Le 18 novembre 2017

Qu'est ce qui alimente aujourd'hui les conversations médiatiques, la Syrie, le Liban, la famine au Yémen, la fin du dictateur du Zimbabwe... ? Non le petit monde des folliculaires bruisse de la guerre picrocholine que se livre à coups de phrases assassines Charly Hebdo d'un côté et la moustache hérissée d'Edwy Plenel  de l'autre.

En cause les accusations de viol lancées par deux femmes à l'encontre de Tariq Ramadan, celui que je nomme le bouc émissaire idéal. Je ne me permettrais pas de prendre partie, je n'étais pas dans la chambre d'hôtel où se sont passés les faits présumés et les gens de Charly non plus (je crois)

Personnage sulfureux pour les uns, philosophe pour les autres, théologien islamique, Ramadan n'a jamais laissé indifférent  la média-sphère, Nadine Morano, et tous ceux qui, pour des raisons diverses, ont besoin de publicité à bon compte.

Pour ma part je reste dans l'expectative et recommande toujours le livre entretien entre Edgar Morin (dont personne ne peut mettre en doute l'honnêteté intellectuelle) et Tariq Ramadan :

Au péril des idées.

 

LE PLAGIAT

Chapitre IV

Claude l’attendait dans le hall d’arrivée des vols domestiques. Au son de sa voix, sans que Pauline ne révélât quoi que ce soit, elle avait compris que ça ne s’était pas bien passé. L’apparition de son amie confirma ses craintes. Elle avait le visage livide et crispé et marchait d’un pas saccadé. Claude lui sourit, l’embrassa sur les joues, ne posa aucune question, la guida vers le parking où attendait le Cayenne.

Arrivées à l’appartement, Pauline s’effondra sur le canapé, la tête entre les mains.

-- Raconte, chuchota Claude en entourant ses épaules de son bras.

-- Je pourrai jamais te rembourser !

-- Si tu savais comme je m’en fous !

-- C’est un salaud, il a profité du fait qu’il me tenait pour me violer.

Claude resta stupéfaite.

-- Qu’est-ce que tu racontes ?

Redressant la tête, les yeux embués de larmes elle donna sa version des heures passées en compagnie de Pierre Mazet, qu’elle qualifia de vieux sadique. Fascinée par le discours qu’il lui avait tenu, où il apparaissait comme une autorité de la littérature française, il s’était vanté de faire d’elle une auteure renommée. Conscient de l’effet produit, il lui avait promis la publication de son roman, si elle se montrait docile. Comme envoutée, sous la pression de la situation désespérée de sa famille et la dette qu’elle avait envers elle, elle avait cédé. Elle l’avait suivie dans sa chambre comme une automate, et subie ses assauts avec dégout.

Claude quitta brusquement le divan, hors d’elle.

- Tu n’as pas fait ça !

Pauline ne répondit pas.

Accablée par la naïveté dont Pauline avait fait preuve, elle arpentait la pièce de long en large, en secouant la tête comme si elle refusait de croire les paroles de Pauline, prostrée sur le divan.  Elle s’immobilisa face à elle, Pauline leva la tête, des larmes glissaient le long de ses joues.  La rage sourde qui la tenait se retourna contre l’éditeur qui avait tiré parti de la crédulité d’une ingénue. L’image de ce quinquagénaire forniquant avec son amante lui soulevait le cœur. Elle pensa qu’elle aura besoin de beaucoup de temps pour l’effacer.

- Quand je suis revenue le lendemain, reprit-elle, les feuilles de mon manuscrit trainaient éparpillées sur le sol. Manifestement, il n’avait lu que quelques pages avant de s’endormir. Quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait, il a était incapable de prononcer un mot. Alors je ne sais pas ce qui m’a pris, après avoir ramassé les feuilles, j’ai tout cassé sur mon passage en quittant l’appartement de ce salaud.

Claude, considéra son amie, le désarroi qu’elle affichait. Elle manqua se précipiter sur elle la prendre dans ses bras, l’embrasser. Elle resta figée sur place, elle avait besoin de réfléchir à tout ça.  

- Je dois me rendre à la galerie, tu veux venir avec moi ?

- Je préfère rester là, si tu le permets.

- Bien sûr, fais comme chez toi.

Elle attrapa sa veste, et sortit.

Restée seule, Pauline s’allongea sur le divan face aux fenêtres. Par le jeu d’un phénomène subconscient, d’autosuggestion, elle croyait fermement en la version de l’histoire qu’elle avait rapportée. Qu'elle était le reflet exact de la vérité, qu’elle avait bel et bien été violée par ce pervers qui l’avait menée dans sa chambre en la tenant par les épaules. Elle se remémorait parfaitement la scène. Il n’y avait aucun doute.

Ce qu’elle avait subi appelait une vengeance à la hauteur de la souffrance qu’elle éprouvait. Rassérénée par la conviction qu’elle n’était qu’une victime et non une manipulatrice, elle se dirigea vers la cuisine et ouvrit le réfrigérateur.

Inquiète du sort de son amie, avec laquelle elle pensait s’être montrée injuste, Claude ne resta que quelques minutes à la galerie, le temps de mettre en place quelques photographies de Brian Duffy qu’elle venait de recevoir de Londres. Il s’agissait de photos de femmes en noir et blanc prises de dos dans des postures  érotiques.

La répulsion qu’elle avait éprouvée envers Pauline, coupable d’un acte insensé et méprisable qui s’était prostituée pour un misérable bouquin, se muait en un acte de bravoure accompli par une femme désespérée, abusée par un homme qui détenait son destin entre ses mains. Elle se reprochait amèrement de ne pas l’avoir accompagnée. A l’image de son père, elle détestait les hommes de pouvoir.   

Elle trouva Pauline assise à son bureau devant son ordinateur.

- Tu as trouvé le mot de passe ? dit-elle en souriant.

- Ce n’était pas compliqué.

Elle passa derrière son amie, lui effleura la nuque.

- Que cherches-tu ?

- J’ai une idée pour démolir  la réputation de cette ordure.

- Dis-moi.

Pauline dévoila en détail le plan machiavélique qui avait germé dans son esprit. Au fil de l’exposé du stratagème qu’elle avait mis sur pied, le visage de Claude montra un étonnement amusé puis de l’inquiétude.

- Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort !

Les traits du visage de Pauline se durcirent.

- Si c’est ce que tu veux, abdiqua Claude.

Le soir venu, après avoir dîné et fait la paix à la Petite gironde, quai des Queyries, Claude rejoignit Pauline dans le lit de la chambre d’ami, sans que celle-ci ne protestât.

 

Pauline se souvenait d’un bouquin qu’elle avait lu adolescente, que son père lui avait ramené d’Italie. Il l’avait déniché, avec quelques autres, chez un brocanteur et ramené à sa fille afin qu’elle se perfectionne dans la langue de Dante. Douée en latin, elle n’avait éprouvé aucune difficulté à parler et écrire parfaitement l’italien. Ce roman, dont elle ne se souvenait ni du titre ni du nom de l’auteur l’avait profondément marqué. L’action se déroulait en Sicile, au sein d’une bourgeoisie très pieuse.  Il était empreint d’une cruauté latente où il était question de passions contrariées par les intérêts financiers de famille ennemies. Le meurtre de l’héroïne l’avait bouleversée.

C’était sans aucun doute la reliure en cuir patiné qui avait attiré son père et avait valu qu’il soit remisé dans la bibliothèque du château. Elle ne savait expliquer pourquoi ce roman lui revenait soudain à l’esprit, mais elle avait la conviction qu’il pourrait être la pièce maîtresse du plan qu’elle avait échafaudé.

Le lendemain, elle emprunta le Cayenne de Claude et arriva au château aux aurores. Le Setter sur les talons, elle se dirigea vers la bibliothèque, passa devant son père auquel elle adressa un bref bonjour. Vêtu d’un peignoir jaune pisseux passé à la hâte, les cheveux ébouriffés, il la regardait comme si elle avait perdu la raison.

Elle parcourut les rayonnages sans trouver ce qu’elle cherchait, il y avait quelques vides occupés autrefois par des éditions anciennes aux couvertures enluminées qu’elle ouvrait pour les images. Dépitée, elle supposa qu’il avait été saisi par les huissiers, au même titre que les centaines d’objets qui avaient disparu.

Son père finit par lui demander la raison de cette intrusion dans la bibliothèque à une heure si matinale. Quand elle lui expliqua ce qu’elle recherchait, il la toisa avec un air de stupéfaction.

-- Tu veux dire que tu as fait tout ce chemin aux aurores pour un bouquin insignifiant ?

Elle le dévisagea avec un tel mépris, qu’il baissa la tête et s’excusa.

-- Je ne pensais pas que tu attachais tant d’importance aux cadeaux que je t’ai faits.

-- Il ne s’agit pas de ça.

-- Tu devrais aller voir à la cave près du cellier, j’y ai entreposé tout un tas de choses que je ne voulais pas voir tomber entre les mains de ces vautours.

Parmi tout un tas d’objet hétéroclites, de meubles, photos, tableaux de famille, il y avait quelques livres placés sur les étagères d’une vieille armoire dont la porte manquait. Elle le vit immédiatement, le saisit, souffla sur la poussière, le caressa comme s’il s’agissait d’un objet précieux.    

 L’auteur s’appelait Pietro Cannavaro. Le roman s’appelait « La fortune des Forza »

Triomphante, elle remonta dans la salle de réception, découvrit son père à la cuisine, lui dit au revoir en lui posant un baiser sur la joue, et se précipita vers la sortie, laissant Hugues de Lanzac dans l’expectative.

Dès son retour à Bordeaux, elle se mit immédiatement au travail. Prise au jeu, Claude, jouait l’assistante.

En premier lieu, elle effectua une recherche approfondie afin de déterminer si le roman possédait les critères indispensables pour abuser Pierre Mazet et le petit monde de la littérature française.

 Elle retrouva la trace de l’auteur sur internet. Sa biographie était succincte. Pietro Cannavaro avait écrit ce roman durant la seconde guerre mondiale. Il avait été publié un an après la fin du conflit par une célèbre maison d’éditions de Turin et obtenu un vif succès auprès des critiques. L’époque troublée d’après-guerre, la chasse aux partisans de Mussolini, avait occulté le succès. Tiré à quelques centaines d’exemplaires, il n’avait pas franchi les limites de la péninsule. L’auteur, dont c’était la seule œuvre connue, avait succombé à la fièvre jaune contractée en Libye quelques mois après la sortie du livre, et était tombé dans l’oubli.

Son intuition ne l’avait pas trompée. L’œuvre correspondait parfaitement à l’usage auquel elle la destinait. En outre, réparer une injustice en réhabilitant l’auteur lui donnait bonne conscience.

Si elle avait transporté l’action, laquelle à l’origine se déroulait dans un milieu bourgeois de l’Italie du sud, dans une ville du sud-ouest, elle s’efforça de réaliser une traduction aussi fidèle que possible. Chapitre après chapitre, elle acquit la certitude que ce roman était un véritable chef-d’œuvre. Outre l’intrigue relatant la passion amoureuse entre deux jeunes gens issus de familles ennemies, l’auteur, dans un style remarquable, avait réussi le tour de force de reproduire l’atmosphère délétère d’avant-guerre pesant sur l’Italie fasciste  particulièrement sur cette région pauvre où les passions étaient exacerbées par la chape vert de gris qui s’abattait sur  l’Europe. Le récit était réaliste au point que le lecteur avait le sentiment de se fondre à cette population peinte avec une rare acuité.

Il fallut trois mois de travail acharné pour que le plagiat fût achevé. A la relecture le récit forçait l’admiration. Il portait un nouveau titre. Les Forza étaient devenu les Maréchal, un patronyme commun dans le sud-ouest. Claude avait convaincu un de ses amis comédien de jouer le rôle de l’auteur surdoué qui avait écrit ce roman. Il avait la dégaine adéquate, visage anguleux, regard fiévreux, cheveux longs, corps étique et un pseudonyme évocateur : Paul Jara.

Réunis dans le salon de Claude, les trois protagonistes de la machination destinée à déshonorer Pierre Mazet, tenaient un conseil de guerre où ils passaient en revue les détails du scénario.

La démarche la plus hypothétique consistait à renouer le contact avec l’éditeur sans éveiller ses soupçons. Mettant de côté, fierté et rancœur, Pauline, dans un discours de contrition savamment dosé entre remords et louanges, sans tomber dans la flagornerie, avait pour mission d’entrer à nouveau en grâce auprès du grand homme. Elle savait que ce ne serait pas  chose aisée, et proportionnellement liés à la facture des dégâts causés dans l’appartement. Elle redoutait, entre autre, que le vase de Chine de l’entrée fût de l’époque Ming, et non une copie bon marché que l’on trouve dans tous bons magasins chinois.

L’appel téléphonique déterminant était prévu pour le lendemain matin, à l’heure où elle savait trouver l’éditeur à son appartement. En attendant les trois conspirateurs décidèrent de se rendre à l’Hibiscus faire la fête.

 

Dire que Pierre Mazet était abasourdi serait un euphémisme. Il avait au téléphone Pauline de Lanzac. Il crut tout d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, et faillit raccrocher avant de reconnaître la voix de celle qui avait dévasté son appartement. Il conservait de cette journée un souvenir si douloureux qu’il n’avait pas réussi à le chasser de son esprit. Malgré la colère sourde qui irradiait tout son corps, il écouta sans l’interrompre le repentir poignant de Pauline. Des sanglots dans la voix, elle justifiait son comportement, qu’elle qualifiait d’indigne, par l’espoir qu’elle avait placé dans ce roman dont le succès devait sauver sa famille de la ruine. Elle attribuait sa réaction à un accès de folie qu’elle ne comprenait pas. Le combiné collé à l’oreille, l’éditeur, les mains tremblantes, restait silencieux. Elle demanda humblement pardon, lui proposa de rembourser les dégâts qu’elle avait causés, et, après un silence savamment dosé lui dit qu’elle désirait le rencontrer pour lui proposer un manuscrit.

Il faillit tomber à la renverse tant cette proposition était incongrue. 

- Vous plaisantez ! répondit-il sèchement.

- Je n’en suis pas l’auteure, j’ai compris la leçon, il s’agit d’un roman exceptionnel écrit par un jeune homme qui a un talent incroyable.

Abasourdi par une démarche aussi improbable, il se laissa choir sur le fauteuil placé près du guéridon. Cependant, malgré la fureur qui le prenait à la gorge, durant une fraction de seconde, le corps nu de Pauline alangui sur ses draps blancs s’incrusta dans son esprit. Imperceptiblement, une brèche s’ouvrait dans une détermination qu’il pensait inébranlable.

Incapable de prononcer un mot, il courut vers la cuisine, but à même le bec du robinet, fit le chemin en sens inverse et reprit le téléphone.   

-- Envoyez-moi les premiers chapitres par internet, parvint-il à dire en hoquetant. Il  donna l’adresse et raccrocha avant de s’affaler sur l’ottomane.

L’interruption brutale de la communication laissa Pauline dans l’incertitude. Cependant, si la réponse de l’éditeur, n’était pas ce qu’elle escomptait, tout espoir n’était pas perdu. Elle se précipita sur l’ordinateur de Claude, composa un message dégoulinant de gratitude, dans lequel elle proposait habilement de lui apporter l’œuvre dans son intégralité si les premières pages lui convenaient, et envoya en pièce jointe les cinq premiers chapitres de « La fortune des Maréchal »

Ne restait plus qu’à attendre la décision du grand homme.

 

Pierre Mazet ne prit connaissance du mail de Pauline que le lendemain. Il se reprochait amèrement d’avoir cédé à ses jérémiades dans le but inavoué de la revoir. Il ouvrit la pièce jointe et lut les premières lignes avec détachement. A ce moment, fort d’une nouvelle résolution, il n’avait aucune envie de cautionner ce roman, même s’il s’agissait d’un chef-d’œuvre, ce dont il doutait fortement. Cependant dès les premières lignes, il reconnut que le style était puissant, l’auteur réussissait à captiver l’attention du lecteur, ce qui n’est pas chose aisée. Les premières pages sont souvent fastidieuses. Il chercha dans ses souvenirs un auteur auquel il put comparer le style et pensa à Romain Rolland. Il ferma le mail, et décida une promenade dans le parc avant d’aller dîner au Bistrot Montsouris où il avait ses habitudes d’homme seul.

Sur le chemin du retour, il regrettait d’avoir succombé à la joue de bœuf en daube, tout en cheminant dans les allées du parc, il pensait qu’il lui faudra prendre deux ou trois tasses de tisane pour digérer et espérer trouver le sommeil. Ces préoccupations grégaires le désolaient, lui qui avait connu la gloire, les honneurs, les courtisanes,  en était réduit à spéculer sur ses ennuis gastriques.

Il alluma le téléviseur qu’il venait d’acheter pour remplacer celui que Pauline avait détruit et se prit à sourire. Comme il l’avait prévu, la tisane de mélisse s’avérait inefficace, il ferma le téléviseur, se dirigea vers son bureau, alluma l’ordinateur et reprit la lecture de « La fortune des Maréchal ». A la fin du cinquième chapitre il était fasciné par le texte.

Bercé par l’univers des Maréchal, il trouva le sommeil instantanément.

Le lendemain, il prit la décision d’appeler Pauline mais, pas avant quelques jours. Il ne souhaitait surtout pas qu’elle perçoive l’intérêt qu’il portait à ce texte et, avec indolence, l’informer qu’il trouvait les premières pages intéressantes, sans plus, qu’il ne pouvait se déterminer sans avoir pris connaissance des chapitre suivants.

     la suite du chapitre IV du Plagiat section suivante

         

Chapitre IV (suite) LE PLAGIAT d'ERIC DELVAL

Le lendemain de l’envoi du mail à Mazet, Pauline scruta ses messages avec fébrilité, ainsi que les jours suivants sans que Pierre Mazet ne se manifestât. Elle n’osait quitter l’appartement de peur de rater un appel téléphonique. N’y tenant plus, elle mit en renvoi les appels sur le portable de Claude et entreprit de rendre visite à ses parents dont elle n’avait plus de nouvelles depuis son passage éclair.

Après plusieurs tentatives infructueuses, la vieille Mercedes finit par démarrer saupoudrant un nuage de fumée bleue dans les rues de Bordeaux. Le trajet à travers les vignobles auxquels s’accrochaient quelques volutes de  brume matinale, apaisa la tension des derniers jours.

 Le château était bardé d’échafaudages. Déconcertée, et se préparant au pire, elle escalada les quelques marches du perron et pénétra dans la salle de réception où elle trouva son père. Une poignée d’ouvriers grimpés sur des échelles procédaient à la restauration du plafond et des murs. Il se précipita vers elle, l’embrassa avec une ferveur inhabituelle.

- Que se passe-t-il ?

- Le nouveau propriétaire a décidé de remettre  le château en état.

- Qui est-ce ?

- Aucune idée, il se fait représenter par un avocat qui n’a pas voulu dévoiler son identité.

- Et que fais-tu-là ?

- Figure-toi qu’il nous laisse l’usufruit des lieux. En contrepartie, j’ai pour tâche de surveiller les travaux.

Pauline l’observait avec stupéfaction, il naviguait entre les pots de peinture et les échelles avec l’aisance du maître des lieux, donnant des conseils ici et là, empreint d’une joie enfantine de voir son château reprendre son faste d’antan.

- Où est maman ?

- Dans sa chambre, elle se repose…Elle va beaucoup mieux.

Pauline restait dans l’expectative.

- Mais tu n’as pas une idée de l’identité de ce mystérieux philanthrope ?

- Aucune, mais d’après l’avocat tout est en ordre, nous n’avons aucun souci à nous faire, de propriétaires nous sommes devenus locataires.

Pauline le considéra avec effarement.

Atterrée par l’insouciance de son père, elle se dirigea vers la chambre de sa mère. La pièce avait été totalement rénovée, les meubles, tentures, tableaux avaient retrouvés leur place, boiseries et moulures leur lustre d’autrefois. Isabelle, assise devant sa coiffeuse, accueillit sa fille avec naturel, comme si elles s’étaient quittées la veille et que la vie poursuivait un cours normal.

- Il me semblait bien avoir reconnu ta voix.

Pauline se pencha pour embrasser la joue de sa mère. Elle sentait le Chanel N° 5, son teint avait retrouvé son éclat d’antan, les cheveux, qu’elle brossait lentement, le blond cendré qui faisait son admiration, petite.

La vie réserve de ces surprises quelquefois, pensait-elle, tout en restant d’un optimisme mesuré. Elle se promit de faire la lumière sur l’identité de ce curieux propriétaire.

La journée passée aux côtés de ses parents, dans la demeure familiale, l’avait rassérénée. Elle restait optimiste quant à la décision de Pierre Mazet, il était normal que son amour propre lui dicte de tenir en haleine celle qui s’était conduite comme une hystérique.

De retour à Bordeaux, elle retrouva Claude en compagnie de Quentin Jauréguy, alias Paul Jara, et un couple, client de la galerie, invité pour l’apéritif. La soirée se poursuivit  au « Bar à vin »  près de la place des quinconces, réputés pour ses tapas, avant de se terminer au Black Diamond, la boite branchée de Bordeaux.

Au petit matin, Pauline totalement ivre, soutenue par Claude et Quentin, regagnait tant bien que mal l’appartement de la rue Hustin où elle se précipita dans les toilettes pour vomir.

Alors que le jour filtrait entre les lames du store, elle se réveilla en sursaut. Elle était allongée entre Claude et Quentin, entièrement nue.

- N’aies crainte, dit Claude, d’une voix pâteuse, personne n’a abusé de toi pendant que t’étais dans le cirage.

Elle enjamba le corps inerte de Quentin, et, d’un pas chancelant se dirigea vers sa chambre pour revêtir un peignoir avant de rejoindre la cuisine qui se trouvait dans un désordre indescriptible. L’avertisseur sonore de  la bouilloire électrique retentissait quand Claude entra. Elle portait un short noir.

- Mazet a laissé un message.

La tasse qu’elle tenait se fracassa sur le carrelage.

- Désolé. Que dit-il ?

- Il est d’accord pour te rencontrer et te fixe un rendez-vous pour samedi prochain….Chez lui.

Malgré l’étau qui lui enserrait la tête Pauline esquissa un sourire sarcastique. Elle le tenait.

Pas question que tu y ailles seule, Quentin t’accompagnera !

Pauline acquiesça d’un mouvement de tête.

- Qui m’a déshabillée ?

- Moi et Quentin t’étais complètement dans les vapes. Tu n’as rien à craindre il est gay. Comme tu tremblais comme une feuille on t’a mis entre nous.

- C’est la première fois que je prends une  cuite.

- Il y a toujours une première fois, dit-elle en lui passant la main dans les cheveux, mais tu oublies celle de la fac.

Pauline rougit.

-- Je n’avais jamais bu d’alcool.

Claude regarda la pendule fixée au-dessus du réfrigérateur.

- Il faut que j’aille à la galerie. Réveilles Quentin, Maria doit passer pour ranger tout ce foutoir.

Pauline la suivit du regard, alors qu’elle se dirigeait vers la salle de bain. Elle se surprit à envier l’autorité naturelle, sans ostentation, qu’elle affichait. Pour Claude, tout semblait se dérouler selon un schéma clair, tracé comme une ligne droite.

En un temps record, elle se présenta à l’entrée du salon, maquillée, coiffée, vêtue d’une élégante veste cintrée en cuir blanc sur un jean délavé. Assise sur le divan, Pauline ne put retenir un sursaut empreint d’émotion. Le rouge de ses lèvres dessinait comme un fruit mur sur son visage clair. Elle pensa à Baudelaire « La femme cependant de sa bouche de fraise… »

 Pour la première fois elle ressentait plus que de l’attirance pour Claude, elle en fut bouleversée.

Le trouble de Pauline n’échappa pas à Claude, elle lui adressa un sourire sans équivoque qui semblait dire : Nous nous sommes trouvées. Elle était suffisamment avertie pour comprendre que, jusque-là, Pauline ne s’était offerte que par gratitude.

- Si tu veux, ce soir nous ferons une ultime répétition pour préparer ta rencontre avec Mazet. J’ai demandé à Quentin de lire le roman une nouvelle fois.

 

Assis autour de la table basse du salon, Quentin subissait un véritable interrogatoire, auquel il répondait de bonne grâce,  son éternel sourire sur les lèvres. Quand il se sentait en difficulté, il ramenait ses cheveux des deux mains vers l’arrière, fermait les yeux, tentait une diversion avant d’avouer qu’il avait oublié. Avec patience Pauline relisait le passage du chapitre concerné. Il s’excusait et répétait comme un écolier pris en faute.

La sonnerie de l’interphone retentit. Le livreur de pizzas le sauvait d’un nouveau trou de mémoire.

A la fin de la soirée, après avoir apprécié les deux bouteilles de Valpolicella de la Casa Italia, Claude déclara qu’un auteur pouvait oublier quelques détails de son récit, l’important était qu’il soit en mesure d’en exposer la trame.

Elle les invita à regagner leur chambre, prétextant que le lendemain ils avaient un avion à prendre et elle une journée chargée à la galerie.

Pauline embrassa Quentin et se dirigea vers sa chambre. Claude la rejoignit quelques minutes plus tard.

- Il y a un squatter dans mon lit, plaisanta-t-elle.

 Elle l’a pris dans ses bras et l’embrassa avec frénésie. La passion qu’elle éprouvait n’avait rien de commun à celle de l’homme qui l’avait souillée. Ses caresses moites et molles. Elle avait le désir irraisonné de la pénétrer, la dominer comme l’aurait fait l’amant qu’elle n’avait jamais eu. Abandonnant toute pudeur, elle donnait à son amante le plaisir qu’elle attendait.

Un instant déconcertée, Claude s’abandonna avec délice à la langue experte de Pauline, goûtant la chaleur exquise qui se diffusait entre ses cuisses. Elle avait trouvé la partenaire idéale. C’est avec la même ardeur qu’elle l’étreignit, et, ensemble, qu’elles atteignirent le plaisir suprême. Les sens assouvis, à bout de souffle, le corps vibrant encore de leurs étreintes, elles s’endormirent enlacées.

A suivre....

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