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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:12

 

LES LIVRES QUE J'AI LUS, ou presque…

 Sans liberté de blâmer il n'y a pas d'éloges flatteurs. Beaumarchais

 

J'avais dans l'intention,  vous faire part de réflexions, évidemment pertinentes, sur mes lectures, afin que vous évitiez de vous fourvoyer dans des achats inconséquents et que vous perdiez inutilement votre temps. Cet espace critique n'engage que moi et me donne l'occasion de déverser ma bile sur les pistonnés dont les ouvrages trouvent grâce,  auprès de ces salauds d'éditeurs, pour souvent des considérations qui n'ont qu'un rapport très lointain avec la littérature.

 

Un roman français de Frédéric Beigbeder.

Un temps en lice pour le Goncourt il récoltera le Renaudot comme prix de consolation.

Comment ce roman d'un prosaïsme dégoulinant a t-il pu caracoler en tête des ventes et obtenir le Renaudot ? Si ce n'est pour dénoncer l'intrusion du Procureur Marin (toujours lui) dans la garde à vue de l'auteur, pris le nez dans de la poudre blanche pour des rêves en technicolor.

Ce roman retrace la vie du petit Beigbeder, que par ailleurs j'apprécie (lorsqu'il n'écrit pas), et son existence misérable entre Guéthary (station balnéaire huppée de la côte basque) et Neuilly sur Seine. Nous ne sommes pas loin du roman de Victor Hugo, Les misérables.

A bout de patience je me suis arrêté à la page 174 lorsque l'auteur chatouille sa fille, moment pathétique de niaiserie, dont je vous livre l'extrait : Chloë ne rit pas quand on lui chatouille la plante des pieds ou les aisselles. La seule chatouille qui fonctionne c'est le coup de la petite bête qui monte…. etc…etc, je vous épargne la suite qui est à l'avenant. 18 Euros. Consternant.

 

Le lessiveur de Franz-Olivier Gisbert (dit FOG)

 Je n'ai rien contre un bon petit polar de temps en temps, et puis ça me permet de laissez divaguer mon imagination, et rêver avec délectation que le cou de la matronne  que le tueur tient entre ses mains puissantes est celui de ma concierge.

J'ai dit un bon polar, et celui de FOG est mauvais, je dirai même plus, exécrable. Que s'est-il passé ? J'avais gardé un bon souvenir du précédent : L'immortel, et puis patatras, la suite est ratée ou  plutôt bâclée, comme fait à la hâte, entre deux émissions de télé.

Personne ne peut envisager sans rire qu'un tueur entreprenne de laver la vaisselle sale de sa victime avant de l'occire, ou nettoyer ses toilettes. C'est pourtant ce que l'on peut lire dans ce roman, le tout ponctué d'aphorismes marseillais plus ou moins authentiques. Navrant.

 

Le 22 mai 2010,

Hors la loi. Rachid Bouchared.

Comme ceux qui en parlent le plus, je n'ai pas vu le film. J'attendrai sa sortie dans les salles.

La colonisation a toujours été une source de débats virulents et matière à discussion passionnée voire à des empoignades. Les européens depuis les croisades, ont entrepris des expéditions à travers le monde pour “apporter la bonne parole” du Christ, le plus souvent à coup de canon. Rappelons pour mémoire le massacre des Aztèques par les Espagnols de Cortès en 1521. 240 000 morts. La France n'a pas échappé à cette douteuse contagion qu'est “la pacification des indigènes” pour leur bien, évidemment. Son terrain de chasse privilégié sera l'Afrique. L'afrique noire et du nord. Ainsi nos armées dès le début du 19ème siècle (sous Charles X) investirent l'Algérie en massacrant une grande partie de la population et pratiquant ce que l'on a appelé “l'enfumage”.

Ainsi quelques uns de nos compatriotes s'installerons durablement après la “pacification” des peuples algériens puis marocains. A noter que chaque pays européen s'attribuera sa part du gâteau africain : La France l'algérie, le Maroc, le Sénégal….l'Angleterre : l'Egypte, l'Italie : la lybie, la tunisie, l'Allemagne: le Congo, le Cameroun, le Portugal : l'Angola, le Mozambique…. ecetera, ecetera. Le partage effectué, un pillage sans vergogne s'instaure et dure depuis deux siècles.

Il est évident que les autochtones apprécieront peu cette occupation comme nous n'appréciâmes que moyennement l'occupation allemande. Il y eu donc des révoltes que le colonisateur réprima avec la plus extrême des violences. Le massacre de Sétif le 8 mai 1945 fut un épisode de cette répression, et entraîna la mort de milliers d'algériens. 17 000 selon un rapport des services secrets américains que l'on peut qualifier d'impartial, puisqu'en en l'occurrence ce pays était notre allié.

Hélas ce massacre ne fut pas le seul, la révolte des rifains au Maroc sous la bannière de Mohamed ben Abdelkrim El Kattabi en 1926 donnera l'occasion à l'armée française de tester l'épandage de gaz moutarde par l'aviation sur la population civile :  150 000 morts entre 1925 et 1926. Ali le chimiste en Irak, fut pendu pour moins que cela, mais c'était un temps où l'information ne disposait pas des même vecteurs que de nos jours, et la censure…….

Il s'agit là, entre autres, de quelques épisodes “navrants” c'est un euphémisme, de notre histoire coloniale, dont j'ai quelques scrupules à m'enorgueillir. Pas vous ?

 

Dans la rubrique : J'ai lu…..

 

Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia

 Après deux romans abominables (voir plus haut) sur lesquels se sont abattu les foudres de mon courroux, pour paraphraser ce bon Sénèque, je ne peux que vous recommander ce Club dans lequel je suis entré avec délectation et confirme si besoin en était, que la lecture est un moment d'extase lorsque le livre est bon. Et celui-là l'est, sans conteste. Je ne vous dirai rien de l'histoire, je vous  laisse la découvrir car elle vaut bien les vingt trois Euros que vous allez dépenser. Si vous ne possédez pas cette somme (conséquente, je vous l'accorde) écrivez moi je vous le prêterai volontiers, à condition que vous me le rendiez, évidemment. Allez je vous laisse avec Michel et ses parties de baby-foot….

 

Le 29 mai 2010,

De la résignation. C'est le sentiment qui domine lorsque l'on voie ce bon peuple marcher pour protester entre Bastille et République, ou Denfert et Nation, il n'y a que le parcours qui change. Mais les têtes sont basses, comme si la cause était perdue à l'avance. Les dirigeants des syndicats corrompus marche en tête de cortège, le sourire aux lèvres, avant de monter dans leurs limousines noires et se rendre à des négociations où justement il n'y a rien à négocier. L'on range les fanions, l'on mange une dernière merguez, et l'on va se sécher devant l'écran du téléviseur pour apprendre que les kilomètres parcourus sous la pluie n'ont en rien ébranlé la détermination du Monarque, dont les courtisans font déjà le tour de médias bienveillants pour railler des rassemblements dérisoires. Ce mois de mai n'aura pas tenu ses promesses, une fois de plus.

 

Dans la rubrique j'ai lu :

 

L'horizon de Patrick Modiano

Ce roman m'a laissé, une fois la dernière page tournée, dans la perplexité; avec un sentiment de frustration. Modiano écrit à petite touche, tel un impressionniste, brossant les faits dans un nuage d'incertitude, dont il laisse au lecteur le soin de tracer les contours, et interpréter le récit. Pourquoi ce bon docteur est-il arrêté par la police ? A vous de le déterminer. Ce personnage a une tête de bouledogue. C'est l'imagination du lecteur qui est sollicitée; le lecteur suppute, suppose, échafaude, les méandres de la vie des personnages. A moins que par distraction, quelque élément de l'intrigue est échappé à mon attention, c'est possible. Mais j'avais éprouvé le même sentiment après la lecture du “Café de la jeunesse perdue” . A vous de vous faire une opinion car j'ai tout de même été séduit par cette atmosphère étrange, du non-dit.

 

Le 31 mai 2010,

 Le sommet de l'hypocrisie à Nice, par respect pour les peuples africains je ne livrerai mes commentaires (acerbes) qu'à la clôture de ce rassemblement dérisoire, mais, en mis en bouche, voyez comme le courtisan, ex motard, féru de Goethe (c'est lui qui l'affirme), nommé par son maître, Ministre de l'industrie, se dandine sur les marches du palais lors de la réception des participants. Le népotisme ne sévit pas qu'en Afrique.

 

Citation du jour :

Tout pouvoir qui cultive la flagornerie, sombre invariablement dans le ridicule. E.D.

 

France-Afrique, pardon, Afrique-France.

Et de suite l'observateur augure d'un bouleversement sans précédent dans les relations internationales entre le continent africain et le reste du monde. Foutriquet, dans une homélie interminable encensera les vertus des représentants des nations sous l'oeil effaré de son vizir des marchandages étrangers. Notre grand timonier, le phare du monde libre, et riche, l'annonce: l'Afrique aura la place qui doit être la sienne dans la grande cacophonie mondiale, et dans les assemblées qui ne servent à rien, sensées régenter la vie de notre monde. Ainsi verrons nous demain des chefs de juntes militaires  comme Sassou N'Guesso (Congo) ou Théodore Obiang (Guinée), ou Goodluck  Jonathan (Nigéria), des tyrans tels Ali Bongo (Gabon) ou le sinistre Mugabé, discourirent devant des membres de l'ONU, éberlués, sur la lutte contre la corruption ou  la démocratie ou le droit des peuples à l'éducation. Ces gens là ne manquent pas d'aplomb.

Notre Monarque, loin de se sentir mal-à-l'aise au milieu de cet aréopage de Potentats, chefs de Juntes, dictateurs, mégalomanes, génocidaires, semblait être comme un poisson dans l'eau, même si ces eaux sont troubles, voire carrément répugnantes. Mais la diplomatie ne s'embarrasse pas de préjugés, lorsque nos intérêts sont en jeu; et ce ne sont pas les chinois qui vont nous chiper ce qu'il reste à piller des ressources de ce continent tout de même !

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque…….

 

Désert de J.M.G. Le Clézio.

Ne comptez pas sur moi pour vous révéler l'intrigue de l'histoire, mais le lecteur entre dans l'univers Le Clézio dès les premières pages à travers ce peuple qui marche au milieu des dunes mouvantes du désert où l'auteur vous entraîne inexorablement sous un soleil de plomb qui écrase les êtres. Il vous offre la sérénité, lorsque le soir, sur la plage, à l'ombre du figuier, Naman le pêcheur raconte les villes blanches où il est peut-être allé. Le lyrisme est partout, même dans les quartiers sordides de Marseille. Le Clézio vous transporte entre un monde onirique d'ombres aux visages burinés et la dure réalité d'une immigrée qui ne peut oublier son désert. A lire absolument.

 

Le 7 juin 2010,

Participer au lynchage des joueurs de ballon ou de leur entraîneur, très peu pour moi, le "grégarisme" est une maladie qui atteint le mouton, mais hélas également l'être humain, pour le plus grand bonheur des dictateurs en herbe.

Ce spectacle interplanétaire va occulter tout autre évènement durant quelques semaines, et galvaniser les foules. La vindicte populaire va se focaliser sur quelques malheureux en short et oublier les turpitudes de ses dirigeants, lesquels, pendant ce temps providentiel d'acalmie, auront tout le loisir de concocter de nouvelles lois scélérates que le petit peuple accablé par la défaite de ses héros acceptera avec fatalisme. Et puis viendront les congés payés au camping des flots bleus, et, le verre de pastis à la main, ils reparleront de la passe ratée ou du penalty non sifflé par ce salaud d'arbitre qui, comme à l'accoutumée a favorisé le camp d'en face. Chienne de vie!

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de : (sans importance)

Sans importance, parce que les deux auteures de ce roman épistolaire n'ont aucun talent littéraire, parce que ce roman sent la fabrication de toutes pièces, j'allais dire l'arnaque, car à aucun moment  je n'ai accordé de crédit au récit, ponctué de missives niaises. Quant à l'humour, il est aussi présent dans cette chimère que la générosité chez Harpagon. Niais, voilà le mot qui convient, à mon sens, à ce roman. 19 Euros tout de même !

 

Le 8 juin 2010,

Blocus

En d’autres temps, des soudards faisaient le siège d’une ville afin d’en affamer les habitants, avant que ceux-ci de guerre lasse ne capitulent. Ces reîtres se livraient alors, au pillage, aux meurtres, aux viols. Cette pratique, pour le moins bestiale, a aujourd’hui disparue, et  remplacée par une démarche plus subtile, mais tout aussi condamnable : Le blocus.

Cette manœuvre hypocrite consiste à rendre le misérable encore plus misérable, à le priver de nourriture, de soins, d’hygiène ; à le priver d’un superflu qui n’est que le nécessaire dans un monde dont la prétention est se vouloir moderne. Le blocus invite à la contrebande, au marché noir, et enrichit les escrocs de tout poil, comme la prohibition la pègre.

Un état qui se livre à ce stratagème pour imposer sa volonté, parce que la force brutale serait condamnée par l’opinion, s’abaisse au rang des oppresseurs, des tortionnaires. C’est d’autant plus condamnable en termes de raison, que le peuple qui se rend coupable de cette injustice a été lui-même victime de persécutions abominables tout au long de son histoire. Il semblerait que la leçon n’ait pas été retenue, car le persécuteur attire la sympathie envers le persécuté, quelque soit son idéologie. Ainsi le régime castriste recueille la compassion d’une bonne partie de l’humanité face au blocus imposé par les USA.

L’injustice exacerbe les extrémismes, les actes désespérés, la colère. La population du tiers monde, par un transfert de sa condition misérable, par empathie, prend pour sienne la persécution faite au peuple palestinien. Sentiment attisé par des provocateurs des deux bords dont le but final est la confrontation. La présence d’extrémistes irrationnels à la tête des états concernés peut faire craindre le pire, d’autant que l’occident reste pétrifié devant ce qui semble irréversible.

 

La citation du jour :

Ce que l'on appelle raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir.

A. Camus.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

Le Fait du Prince d'Amélie Nothomb

Qui a-t-il de plus réjouissant que de lire un Amélie Nothomb ? Je répondrai pour tomber dans la facilité lire un autre Amélie Nothomb. J'avais encore en mémoire “Stupeur et tremblements ou les catilinaires” lesquels m'avaient enchantés, par l'originalité de l'histoire. Mais c'est l'écriture qui surprend par sa fluidité, sa verve, sa drôlerie, bref, vous avez compris je suis un adepte de cette auteure, même si la fin du “Fait du prince“ laisse un léger goût d'inachevé. En poche, 6 Euros, pour un excellent moment.

 

Le 14 juin 2010,

Nous sommes dans une époque où tout se vend, tout se marchande, comme au souk de Tanger. Les idées, la liberté, les opinions, l'éthique et même la loge de ma concierge dont on envisage le licenciement, afin de récupérer les quelques mètre carrés où elle survit et régale d'odeurs de soupe au choux et de boeuf bourguignon les six étages de l'immeuble.

Bref, sous prétexte de moderniser la société et ses institutions le petit monarque rogne copeaux après copeaux, subrepticement, nos libertés et concocte un monde à la démesure de sa mégalomanie. Dernièrement il convoquait dans son antre un patron de presse écrite, et pas des moindres, pour lui “suggérer” les actionnaires  dignes d'entrer dans le capital de son quotidien en proie à de graves difficultés financières. Cette suggestion toute désintéressée était assortie d'une menace à peine déguisée sur l'octroi des aides qu'il accorde, lui-même, à la presse. Ainsi le dernier fleuron de la presse libre risque fort de rejoindre le concert des flatteurs, et dans ses colonnes dithyrambiques participer, car c'est l'objectif, au panégyrique de cinq années d'hypocrisie, par un renouvellement de bail. “C'est pas juste !” s'insurgea ma concierge, sa valise sous le bras.

Comme je suis en panne d'inspiration je vous ressers la citations de ce bon Albert :

 

Ce que l'on appelle raison de vivre (la liberté par exemple) est en même temps une excellente raison de mourir.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque:

Underworld USA de James Ellroy. A vomir!

Ce roman que la presse dite spécialisée encense est un catalogue d'obscénités, de propos racistes, xénophobes, homophobes, vulgaires. Il met en scène des personnages dont je doute qu'ils aient véritablement existé ou alors il s'agit de la lie de la société, des individus dont l'intellect se situe en dessous de celui de l'animal. J'ai eu le sentiment d'être tombé dans une décharge au milieu des ordures, celles que la société civilisée rejette. Personne ne peut croire que quelques racontars de pochetrons dans un bar nommé “Grappevine” aient pu mettre un jour en péril la CIA et sa réputation, laquelle n'est plus à faire, hélas. Cet auteur a réussi son coup : attirer le chaland par la provocation, la bestialité, la vulgarité. Ne tombez pas dans ce piège grossier ! 24, 50 Euros pour ce que l'on  peut nommer littérature de caniveaux, qui en enchantera plus d'uns, hélas.

 

Le 19 juin,

L'argent de la vieille.*

Il y a quelques années, c'était un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (Aznavour) un quotidien titrait : La République des copains et des coquins. En relation avec quelques affaires sordides de corruptions financières touchant les amis d'un Général au pouvoir. Or l'histoire de notre beau pays est un éternel recommencement. Notre grand timonier, celui que la presse courtisane nous présentait comme un parangon de vertu ne serait qu'un détrousseur de cadavre, un machiavel fasciné par l'or, guettant l'argent de la vieille qui n'en finit pas de mourir, sous le regard inquisiteur du grand Vizir du budget, lequel a dépêché son épouse auprès de la moribonde, s'enquérir de l'état de sa fortune, de peur que des vautours reniflant à l'avance les remugles de la mort ne se précipitent et raflent le pactole. C'est qu'il y a plusieurs milliards, et une île paradisiaque à la clé sur le tapis noir de l'avidité !

* L'argent de la vieille : Chef d'oeuvre de Luigi Commencini.

 

La citation du jour (à méditer) :

Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. Gandhi.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque:

Le parfum d'Adam de Jean Christophe Rufin.

J'étais curieux de lire cet auteur, parce que il est diplomate et écrivain, et que tout naturellement j'avais un peu précipitamment, fait le rapprochement avec Chateaubriand qui fut lui même Ministre des affaires étrangères, le chantre du Romantisme, et écrivain de génie. Hélas la comparaison s'arrête là, car Rufin n'est pas un grand écrivain, il s'en faut de beaucoup, et apparemment un mauvais diplomate car le bouillant Abdoulaye Wade, Président du Sénégal a exigé son renvoi. Quant au roman en question, il s'agit d'une histoire alambiquée de bio-terroristes, à laquelle l'on ne croit pas une seconde, bourrée de poncifs et de métaphores de collégiens. A éviter.

 

Le 23 juin2010,

Je trouvais ce matin ma concierge assise sur la dernière marche de l'escalier de l'immeuble, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains. “C'en est trop” répétait-elle sans discontinuer, au point que  je me pris à ressentir de la pitié pour cette matrone dont le passe-temps favori consiste à me persécuter.

Je pensais, naïvement que cela avait à voir avec la déroute “foot-balistique” de son équipe favorite et m'apprêtais à en rire, lorsqu'elle releva la tête et, entre deux hoquets, les joues ruisselantes de larmes, le nez rouge, elle m'avoua la honte au front qu'elle ne faisait plus confiance en personne et surtout pas envers les sacripants qui nous gouvernent, car “trop c'est trop” répéta-t-elle une nouvelle fois, avant de retomber dans une aboulie qui me donna le frisson.

Mais qu'elle est la raison de cette soudaine répulsion envers notre élite, celle que le monde nous envie, qu'elle couvait, hier encore, d'un regard humide de fierté, car comme une bonne partie du petit peuple, ma concierge est atteinte du syndrome de Neuilly. (Syndrome, dont je vous décrirai les symptômes sous peu, dès fois que…..) Perdu dans un questionnement abscons, au milieu de toutes les “affaires” qui fleurissent en ces premiers jours d'été, je me promettais de la soumettre à la question et d'extirper de ce corps informe les raisons de cette soudaine dépression. Aveux que je ne manquerai pas de vous narrer dès que le cerbère aura retrouvé ses esprits et sa morgue.

 

Le 24 juin 2010,

Je l'avoue, j'ai dû travailler au corps cette matrone, car elle est coriace, et, utiliser un procédé qui me répugne, pourtant coutumier à la cour du Monarque,  en lui promettant une boite de chocolats. Ceux avec la cerise à l'intérieur, et de l'alcool aussi.

Elle m'avoua, le front sur mon épaule, que la déliquescence qui atteignait l'ensemble des rouages de notre république et la dépravation de ceux en qui elle avait placé une confiance inébranlable, avait fini par l'anéantir, et qu'elle ne supportait plus les turpitudes de ces hommes sans scrupules.

La censure, la censure, hurlait-elle avec son inimitable accent espagnol. Cette censure qu'elle avait connue, petite fille, sous le régime fasciste du “caudillo” qui l'avait jeté elle, et toute sa famille, sur les routes poussiéreuses espagnoles puis de France, alors terre d'accueil. Les cigares, l'argent de la vieille, les appartements de fonction, les missions fictives, les concussions, les jets privés, la dette, le chômage, tout cela trouvait grâce à ses yeux, mais pas la censure, car,  elle fut à l'origine de son exil: son père était clown et se moquait de la “guardia civil”. Évidemment elle faisait allusion aux deux comiques bâillonnés par deux apostats,  commis d'office pour effectuer les basses besognes de leur maître dont les mains n'ont déjà que suffisamment trempé dans la fange.

 

La citation du jour :

Je ne suis pas en accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous puissiez le dire. Voltaire.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

L'enchanteresse de Florence, de Salman Rushdie.

Le roman de Salman Rushdie m'a laissé dans l'expectative. Quatre cents pages où l'onirisme se mêle à la réalité cruelle des cours des Monarques européens  du  16ème siècle et du souverain Moghol Akbar dont l'empire couvre une partie de l'Inde, et s'étendra  à la suite de conflits incessants. Il y a sans conteste un travail de documentation considérable, mais l'histoire est embrouillée, complexe, dans la veine de l'esprit oriental, lequel n'a rien de pragmatique. L'on tente de suivre avec assiduité le cheminement de l'imagination débordante de l'auteur, toute saute de concentration est à proscrire. 23 Euros pour un voyage épique entre l'Orient et l'Occident.

 

Appel  : Pourquoi faire la pause Amazon.com ? : Parce que cette société est en position dominante sur le marché du livre. Je n'aime pas le mot boycott, et en général les anglicismes. Mais du fait de sa position, amazon met en péril nombre de petits libraires, éditeurs et, du même coup, écrivains dont je fais (hélas) partie. Je prêche donc pour ma paroisse. Achetez vos livres chez votre libraire, c'est d'autant plus sympathique qu'il pourra vous conseiller, et vous détourner du dernier roman du romancier à la mode….. celui qui écrit plus vite que son ombre.

 

Le 30 juin,

Avec les derniers jours du mois de juin le mercure a grimpé de façon vertigineuse, entraînant une surchauffe des rouages pourtant bien huilés de notre royaume. La vestale du Poitou-Charentes dont la mission est d'entretenir dans le temple, le feu sacré de l'intégrité et de la morale a fustigé les turpitudes des Vizirs et dans une philippique digne de Cicéron qualifié le régime de notre Monarque de corrompu. Insulte suprême pour celui qui se présentait comme un parangon de vertu. Aussitôt la cour, abasourdie par tant d'impudence, s'est mise à piailler et lancer l'anathème de crime de lèse majesté, contre cette harpie, imitant en cela Orphée, malgré le fait que leurs piaillements n'avaient rien d'harmonieux. Loin s'en faut.

Corruption ou ivresse du pouvoir, personnellement je pencherai pour l'ivresse, car c'est plus dans la philosophie de notre Démiurge dont on connaît l'emportement excessif pour tout ce qui brille. La corruption c'est l'infamie. Les corrompus sont comme les ombres qui ont franchi le Styx et errent en enfer. Ils savent que pour eux la rédemption n'existe pas, car leurs forfaits inexorablement ont été exposés au grand jour. Les damnés n'auront même pas la reconnaissance de leur maître, lequel les accablera pour échapper à la vindicte populaire.

 

Citation du jour :

Il n'y a que dans le vocabulaire des valets que maître est synonyme de modèle, l'audacieux essaiera de le surpasser. E.D.

 

Le 3 juillet 2010,

 

A Laurent Terzieff,

Ce matin, alors que l'orage avance ses lourds nuages noirs au dessus de nos têtes, comme le présage d'une mauvaise nouvelle, j'ai le coeur au bord des larmes. Il n'était pas un dieu, seulement un être qui avait renoncé aux honneurs pour assouvir sa passion, le théâtre. Certains trouveront ça puéril, en ces temps où l'arrogance et l'hypocrisie règnent sur la scène de la dérision, alors qu'il n'était que modestie et humilité. Sa carcasse décharnée et ses yeux clairs ne planeront plus sur les planches, seulement dans mon esprit. A la tristesse se mêlent les regrets de ne pas avoir été aux cotés de ce philoctète, dont il était l'incarnation, il ne reste plus que cette voix rauque qui va hanter mes nuits.

 

Le 6 juillet,

 

Comme je vous l'avais annoncé le trente juin, deux damnés ont été sacrifiés sur l'autel de la probité sous le regard pervers de notre monarque, lequel pensait puérilement que le bon peuple y trouverait son compte. C'était sans compter sur l'avidité de la meute qui ne saurait se satisfaire du menu fretin qu'on leur jette en pâture. Car la nasse se referme inexorablement sur le gros gibier.

Ma concierge est au trente-sixième dessous, elle a jeté aux orties son magazine préféré, lequel pourtant, portait le titre aguicheur ”Les Princesses de Monaco”  seule la saga de l'été la passionne, au point que le courrier reste en souffrance dans la loge. Le brave Eugène Sue peut en prendre de la graine. Chaque bulletin d'information apporte son lot de révélations, ce ne sont que conciliabules  sur le trottoir, à voix basse, pontués de hochements de têtes entendus; jamais cette noble profession n'aura autant mérité le sobriquet de pipelettes. Je m'approchai sournoisement, dans la touffeur de la rue, l'air absent. Il était question de magot, de fuite à l'étranger. Ainsi donc notre monarque, celui en qui le peuple avait placé sa confiance, que dis-je sa foi, serait sur le point d'imiter le velléitaire Louis et filer à l'italienne sous des cieux plus cléments. Je n'en croyais pas mes oreilles. Soudain, l'essaim ayant détecté ma présence, s'éparpilla dans un bourdonnement réprobateur, me laissant seul au milieu du trottoir à méditer sur les conséquences d'une migration impromptue vers le pays du “Cavaliere” dont les habitants sont moins tatillons sur les moeurs de leurs édiles, depuis que l'incorruptible Cicéron a quitté la scène politique…il y a plus de vingt siècles.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

 

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas De Roblès.

Roman inclassable où durant 800 pages l'on suit les traces, du génie ou du charlatan, Athanase Kircher, de la belle Moéma sur les plages éblouissantes d'un Brésil où règne la corruption (là aussi), avec pour protagoniste un sénateur cupide et sa femme riche, désabusée, et alcoolique, et d'ethnologues perdus dans la jungle amazonienne. Un sens de la narration remarquable au service d'un récit prenant où se mêlent, aventure, érotisme, cupidité et extravagance. A lire sans retenue. 24,50 Euros chez Zulma que je n'accablerai pas de récriminations vengeresses.

 

Le 11 juillet,

 

Mea culpa, J'avais écrit bien imprudemment que Jean-Christophe Ruffin était un mauvais diplomate, alors que j'ignorais qu'il était sous le coup d'une expulsion en règle due au caprice d'un potentat de 84 ans qui n'avait pas apprécié les propos de l'ambassadeur, pourtant empreints d'une implacable lucidité. Aussitôt, notre timonier, n'écoutant que son courage, a accédé au désir du Potentat sous les applaudissements discrets du Vizir, ex-humanitaire, reconverti dans la flagornerie.

Revenons à la “faute” du diplomate qui s'exprimait à la suite d'une demande d'aide financière de la part du Potentat qui n'arrivait pas à boucler sa fin de mois : Signez un chèque pareil sans demander au Sénégal de réformer profondément son système politique reviendrait à fournir à un toxicomane la dose qu'il demande, et le conduit le plus sûrement à sa fin.

Ce jugement frappé du bon sens, montre que les pratiques nauséabondes de la France-afrique sont toujours d'actualité et que notre beau pays contribue à maintenir les peuples de ce continent dans l'extrême injustice dans laquelle ils se débattent, aussi sûrement que le pied qui appuie sur la tête de l'individu qui se noie.

 

Le 14 juillet, Fête nationale,

 

Afrique, continent, dévasté, saccagé, pillé, affamé, dépouillé, détroussé, spolié, extorqué…contemple tes dignes représentants battre le pavé humide de la terre où il y a deux cent vingt ans le texte fondateur de la République, La déclaration des droits de l'homme et du citoyen, était lue à l'Assemblée. Je rappelle le 1er article :

<< Les hommes naissent libres et égaux en droits>>

Aout 2009 : Le Président camerounais Paul BIYA loue 42 chambres dans deux palaces de La Baule pour 42 000 euros par jour. le PIB par habitant du Cameroun par an est de : 1800 Euros.

Aout 2009 : Wade Président du Sénégal séjourne à l'hôtel du Palais à Biarritz. Note : 725 millions de …..Francs CFA. soit quelque 100 millions de nos Euros tout de même.

Je vous laisse méditer un temps l'article 1 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et vous renvoie, si la canicule ne vous a pas liquéfié, aux articles des 29 octobre, 6 décembre, 20 février et 25 février.

La suite de la parade africaine et la jubilation de notre amphitryon,

 

Le 16 juillet,

 

Certains exprimèrent  des critiques acerbes sur la parade des troupes africaines foulant les pavés de la plus belle avenue du monde et par la même occasion la démocratie. Ils évoqueront, avec raison, les exactions perpétrées par ces armées de soudards dans leurs pays  respectifs afin de  préserver le pouvoir de leurs potentats.

Il est bon de rappeler les conditions dans lesquelles les “indigènes” d'Afrique occidentale et d'Afrique du nord furent enrôlés notamment lors de la première guerre, baptisée la “Grande Guerre”, comme si une guerre pouvait être grande. Enrôlement d'hommes crédules, dignes des siècles précédents, auxquels l'on fit miroiter médailles, habits neufs, nourriture à volonté et…..nationalité française. Besson n'était pas encore né. Certains racolages donnèrent lieux à des révoltes près de Bamako.

130 000 africains furent envoyés au front durant la première guerre, 30 000 furent tués, autant estropiés, 15 ooo tirailleurs sénégalais furent massacrés au chemin des dames. La plupart des combattants africains a été utilisée comme de la chair à canon. Un Général, passant en revue une compagnie de chasseurs africains, dira : <<Ceux-là il faut que je les utilise avant l'hiver>> Le général Mangin, surnommé le “boucher” au Maroc, après ses “exploits pacificateurs” contre la révolte berbère, conduisit sa “force noire” au massacre lors de l'offensive Nivelle en 1917.

Ces hommes noirs, rieurs, qui ne connaissaient que le sable du désert et la brûlure du soleil pataugeaient tout à coup, dans la boue et les excréments, subissaient la morsure de l'hiver des plaines du nord, sous une pluie fine, interminable…….

Après ces deux conflits, les rescapés furent reconduits vers leurs pays d'origines, certains avec une médaille, d'autres arborant seulement les stigmates des massacres auxquels ils furent confrontés. Beaucoup attendent leurs pensions, ou du moins un peu de reconnaissance.

 

Le 22, 23, juillet,

 

Sous peu la dramatique de l'été, épisode N°2 :

L'argent de la vieille. (Voir l'épisode 1 en date du 19 juin.)

Des révélations, des coups bas, des baisers de Judas, des aveux, des fourberies….pas de morts pour l'instant, mais cela ne saurait tarder…… ne ratez pas le prochain épisode……

Le Procureur servile ne sait plus où donner du glaive, Thémis le renie, ses enquêtes poudre aux yeux ne trompent plus la plèbe, laquelle réclame que le couperet tombe. Malgré le contre-feu allumé par le Monarque face à un échotier complaisant, atteint d'impéritie chronique, l'incendie allumé par quelques téméraires inconscients prend des proportions telles, qu'il dépasse nos frontières et réjouit les despotes du monde entier, las de recevoir des leçons d'équité de ce parangon de vertu dont les poches regorgent de pourboires pour services rendus à l'oligarchie qui dirige le royaume. D'aucuns annoncent une fin de règne sombre, où le peuple exaspéré réclamera que les têtes tombent dans le panier de la vertu. Ce n'est tout de même pas trop demander rageait ma concierge devant un rappel d'impôt, pour avoir omis de déclarer ses étrennes.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

 

L'ombre du vent de Carlos Ruiz ZAFON

J'aurai dû me méfier, le résumé annonçait un récit à rebondissements et quelques millions de lecteurs de par le monde. Malheureusement l'intrigue est prévisible et convenue. Le style, certainement dû à une traduction aléatoire, est puérile, les métaphores hasardeuses. A lire sur la plage, sous un soleil brûlant, éventuellement; à l'ombre d'un parasol.

N.B. Renoncez aux romans dont le titre se réfère à l'ombre, surtout en été.

La citation du jour et d'actualité :

 

Si tu dois faire pencher la balance de la justice, que ce ne soit jamais sous le poids de l'imposture, mais sous celui de la probité. E.D.

 

Le 29 juillet, 1 an de blog

 

C'est un présent que je vous offre à l'occasion de cet anniversaire. Il s'adresse à tous ceux qui subissent encore l'addiction de celui que d'aucuns considéraient comme un phare, un soleil, une étoile, qui leur indiquerait la direction, le chemin de la félicité, du nirvana. Ce ne fut que la lueur tremblotante d'une bougie dont le halo incertain ne dépassa pas le bout de leurs chaussures.

S'il restait encore dans notre beau pays, quelques laudateurs, prosélytes ou autres zélateurs de ce thaumaturge de pacotille, ce texte est pour eux. Il ne les blâme pas, se contente juste d'analyser les symptômes de leur mal et comme thérapie suggère un simple claquement des doigts comme lorsque l'on sort d'une séance hypnotique.

 

Le syndrome de Neuilly-sur-Seine

 

Quels sont les individus qui adulent et supportent envers et contre tout, les oligarques qui se sont emparés du pouvoir ? L'on pourrait penser qu'il s'agit de personnes appartenant à la même catégorie sociale, et, que dans un élan de solidarité bien légitime, elles soutiennent ceux qui défendent leurs intérêts.

La réalité est tout autre. Les partisans les plus farouches de la ploutocratie sont des pauvres. Cette affirmation péremptoire a de quoi surprendre, elle me fut révélée par mon ami, Parménide d'Elée. Si l'on élimine les anciens qui leur accordent leur suffrage pour des raisons sécuritaires et hélas, d'exclusion, il fallait bien que la caste des nantis trouvât un soutien au-delà de son propre camp pour emporter la majorité et tenir les rênes de notre beau pays. Le petit peuple y pourvoira.

Car ce peuple, abusé le plus souvent par une propagande grossière, diffusée à son intention, fait un transfert. Il s'immerge dans la vie luxueuse qu'il découvre à travers les médias, et s'invite inconsciemment sur le yacht des festivités.

Les pauvres éprouvent de l'empathie pour ceux qui les oppressent car il vivent dans leur monde par procuration, ils imaginent et partagent la vie des gens aisés comme ils s'identifient au héros de leur programme de téléréalité préféré. Ils font partie de leur monde.

Dans d'autres circonstances, des otages exprimeront de la compassion pour leurs tortionnaires, c'est ce que l'on définira par le syndrome de Stockholm. Quel est l'étrange mécanisme du cerveau humain qui conduit un être sain d'esprit à éprouver de la pitié pour celui qui l'a terrorisé ?

Chacun a eu l'occasion de côtoyer une ou plusieurs victimes de ce syndrome, un ami, un collègue, un parent, qui fait preuve d'un zèle excessif, voire exubérant, envers un “puissant” un, qui a réussi, qu'importe si le procédé utilisé pour parvenir à la célébrité ou la richesse a consisté le plus souvent à nuire aux intérêts du pauvre hère; celui-ci ne lui en tiendra pas rigueur, c'est la règle inéluctable du jeu, croit-il. Il supportera avec ardeur, celui qui est arrivé au firmament en le dépouillant, car il a fait sienne sa réussite.

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

 

Le seigneur de Bombay de Vikram Chandra

Monumental, et monstrueux. Ce roman de plus de mille pages est effrayant et captivant, car l'on bascule dans l'univers tentaculaire de Bombay/Munbai, avec ses ruelles crasseuses, ses rickshaws pétaradants, la pollution, l'extrême pauvreté et puis l'autre Bombay, celui des stars de Bollywood, des paillettes, du champagne, de la corruption, des dollars. Ganesh issue des ruelles  nauséabondes où la mort guette à chaque encoignure de porte, deviendra l'un des hommes les plus puissants de la mégapole. Face à lui un flic honnête, peut-être le seul de Bombay, enquête sur fond de conflit indo-pakistanais et de terrorisme nucléaire. Passionnant. 24 Euros.

 

Le 4 août,

 

Sur la déchéance de la nationalité et ses conséquences inattendues,

Notre Démiurge, le phare de nos pensées vient d'avoir une idée qui ne pouvait germer que dans un cerveau en ébullition permanente, au point que ses courtisans craignent que le couvercle ne saute.

Il a en effet inventé l'être humain qui est de nulle part, d'aucun pays de cette planète. Il fallait, afin de détourner l'attention de la plèbe, occupée à lorgner par le trou de la serrure ce qui se passe chez la riche délinquante de Neuilly, provoquer un séisme tel, que le scandale se liquéfie comme un sorbet à la fraise resté en plein soleil, quitte à proférer un anathème envers une population déjà meurtrie. Excommunier des individus du monde des vivants.

Même si des gens raisonnables révèlent que cette loi est contraire aux principes fondamentaux de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la cour caquette comme aux plus beaux jours et chacun d'y aller de sa surenchère afin d'obtenir une caresse de son maître.

Ma concierge, d'origine espagnole, comme je l'ai indiqué le 24 juin dans d'autres circonstances, tremble d'effroi. Elle imagine la scène effroyable, où ayant rendu le trottoir glissant par l'eau savonneuse qu'elle y répand pour nettoyer les déjections canines, un pandore dérape et se fracasse le crane sur le pavé, et par ce simple geste détergeant devenir une apatride, une femme de nulle part, un fantôme errant sans identité dans le royaume d'Hadès entre le Styx et le Léthé. Soudainement, elle saisit balais, serpillière, et seau, qu'elle remisa dans un placard, bien décidée à laisser la race canine souiller les trottoirs sans intervenir; ses collègues l'imitèrent et la ville devint un cloaque. Les conséquences d'une loi inique sont quelquefois déconcertantes.

 

Le 11 août,

 

Alors que l'eau et le feu dévastent une partie de la planète et que la sécheresse sévit au Sahel sans que cela n'émeuve plus personne, tant l'information est devenue banale, le bon peuple a la tête tournée vers un quartier d'une ville de Province où l'on embastille à tour de bras. La méthode est classique, les pandores caparaçonnés comme pour les joutes, investissent les lieux suspects en défonçant les portes à coups de bélier, puis après avoir saccagé le repaire des délinquants, ou supposés tels, ils ramènent leurs trophées en pleine lumière pour le plus grand plaisir des échotiers qui battent le macadam depuis l'aube et laissent échapper quelques ovations.

C'est que le Vizir de l'intérieur, l'albinos dégoulinant, est puni. Ses résultats ayant été jugés calamiteux par son Maître, il est astreint aux devoirs de vacances s'il ne veut pas tomber en disgrâce, et être chassé de la cour à la rentrée. Alors la racaille, ou supposée telle, puisqu'elle vit dans des tours insalubres, est la proie des foudres du Vizir, devenu pour la circonstance cramoisi, lequel espère  l'absolution de son maître, quitte à en faire un peu trop et engeôler des innocents. Mais selon un aphorisme célèbre de ma concierge : L'on ne peut être totalement innocent lorsque l'on est basané.

Pendant ce temps là, à Neuilly, tout est calme, les avenues ombragées sont désertes, la Seine coule langoureusement  autour de l'île de la Jatte, les protégés de notre timonier ont investi les plages de Saint-Tropez, Capri, ou d'ailleurs……

 

La citation du jour :

La vraie fortune des riches n'est pas ce qu'ils possèdent, mais ce qu'ils convoitent. E.D.

 

Le 16 Août,

 

Sur la persécution d'une population maudite: Les Roms. Notons au passage que Rom veut dire : Être humain, en romani.

Un conseiller de notre potentat eut, un matin triste, une inspiration diabolique, qu'il s'empressa d'aller révéler à son maître: Puisque la traque des noirs et des arabes commence à lasser, voire à courroucer le bon peuple, attaquons nous à une population exécrée par la plèbe: les romanichels, lui glissa-t-il dans le creux de l'oreille, en ricanant sinistrement. Aussitôt le Potentat, entrevoyant de reconquérir l'estime de son peuple, du moins une partie de celui-ci, fit appeler son Vizir de l'intérieur, l'Albinos luisant, pour lui confier la mission de lancer la curée sur ces asociaux irréductibles, qui ne peuvent tenir en place et colportent depuis la nuit des temps une image néfaste, qui leur colle aux galoches comme un chewing-gum. Accusés de sorcellerie, d'hérésie, de chapardage de volatiles, notamment, ils sont dans l'imaginaire du bon peuple des suppôts de Satan, ce que le Machiavel de l'Elysée comprit instantanément car en matière de fourberie il est passé  maître, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il emporta les suffrages de ses sujets, sans coup férir.

Ainsi, le Torquemada en devenir, mit la maréchaussée en ordre de bataille et les lança sur les villages de carton, pour le plus grand plaisir de ma concierge qui n'en perdit pas une image à la télévision, car elle aussi, avait eu à souffrir de cette population, du moins le croyait-elle, et se signait trois fois,  chaque fois qu'elle se retrouvait face à l'un de ces misérables.

N.B : Notons le remarquable sens de la terminologie de nos édiles qui emploient le nom Rom, alors que celui-ci est un nom générique désignant les bohémiens, les gitans ou les tsiganes. Ces derniers ayant une connotation  folklorique et artistique dans la réminiscence populaire c'est le nom Rom qui fut retenu.

Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour ce formidable musicien Rom qu'était Django Reinarth, qui vécut dans sa jeunesse dans une roulotte, et, jouait du jazz manouche au marché aux voleurs de Saint-Ouen. Voit-il ce qu'est devenu le pays qui l'accueillit jadis, au temps où les artistes opprimés venaient chercher du réconfort chez nous ?

 

Dans la rubrique les livres que j'ai lus ou presque :

 

Révolutions de J.M.G. Le Clézio

C'est la pauvreté ou l'injustice qui pousse les hommes à accomplir des actes dont ils ignoraient qu'ils en étaient capables. L'auteur retrace le parcours de ses ancêtres, de la Bretagne, dans une France révolutionnaire, à l'île de France (Maurice). Fuir vers d'autres horizons comme Jean, pour échapper à une guerre injuste. Il émane de ce roman, comme dans les autres d'ailleurs, une nostalgie tranquille, comme si l'auteur observait ses personnages avec un sourire triste et bienveillant, mais avec la conviction que le bonheur n'est pas pour les hommes.

 

Le 24 août,

 

Lapidation, indignation, hypocrisie, et fourberie.

Ce qui surprend dans les actes de nos édiles c'est l'hypocrisie à peine voilée de chacune de leurs démarches dont l'objectif prosaïque est de rameuter des partisans, sous couvert de magnanimité, à la cause perdue de notre Monarque, afin qu'il conserve le pouvoir. Les vies brisées ne servent que l'intérêt particulier de quelques uns.

Une femme va subir la lapidation. Ce supplice abominable, d'un autre âge diront certains, quoique notre ère en matière de barbarie n'a rien à envier aux précédentes, indigna notre Monarque qui poussa la Diva du Palais à exprimer sa révolte par une missive enflammée dont toute la presse se fit l'écho.

Quelques esprits chagrins, des atrabilaires en mal de notoriété, soulignèrent que les protestations indignées de notre Monarque risquaient fort de produire l'effet contraire au but recherché, car les rapports entre le Khalïfa de Téhéran et notre Monarque se sont particulièrement détériorés ces deniers temps, notamment à cause de déclarations intempestives du Vizir des intrigues extérieures. Mais qu'importe, il fallait que le bon peuple sache que son souverain pouvait faire preuve, de temps à autre, de compassion, même si celle-ci n'était qu'un artifice.

La Diva du Palais exprima sa stupéfaction lorsqu'elle apprit que la faute de la lapidée en sursis n'était qu'une relation amoureuse hors mariage, et pour cause, le mari étant décédé. Elle dont les amants furent pléthore avant de succomber aux charmes irrésistibles de notre Monarque, un beau soir d'été, sous la véranda d'un vendeur de réclames.

Les esprits chagrins dont je vous entretenais à l'instant, eurent l'impudence de suggérer que le soudain intérêt de notre Démiurge pour la suppliciée n'était que de façade, et n'aurait pour motivation que faire oublier les turpitudes qu'endurent les gens du voyage. Turpitudes que même  l'église catholique, pourtant  experte en persécution, condamna.

 

Le 31 août,

 

Sur les déchets de l'humanité et la jouissance de la persécution.

 

Depuis la nuit des temps, des peuples, des ethnies, des communautés, ont été rejetés par leurs congénères pour des motifs divers, dont la différence est le leitmotiv. Différence d'aspect, de mode de vie, de religion…..Ces hommes et ces femmes, déracinés ont été proscrits, condamnés à l'errance perpétuelle. Peuples maudits, dont le vagabondage les conduira à la persécution. Ce sont les arméniens, les kurdes, les kosovars, les tchéchènes, les touaregs, les bohémiens, les juifs, les tutsies, les tsiganes…..

En 1682 Louis XIV ordonna que tous les bohémiens, romanichels, tsiganes, soient condamnés aux galères à perpétuité, sans procès, les femmes rasées, les enfants enfermés dans des hospices. Le Vizir des déportations de notre beau pays, a encore de la marge dans l'abjection.

Ces “déplacements” aboutiront aux persécutions, voire aux génocides, car l'errant est potentiellement dangereux, vecteur d'idées subversives, de sortilèges, et chapardeurs. L'inquisition ne les épargnera pas, les nazis non plus, la tradition se perpétue.

La jouissance de la persécution est ancrée en chaque être humain, comme une tumeur, certains surmontent cette pulsion malsaine d'autres non. Les barbares  sont (toujours) parmi nous.

 Un exemple :

Un fait divers, bouleversant, a retenu mon attention : Six personnes réputées comme associables, marginaux, ont torturé pendant plusieurs jours un homme qui se considérait comme leur ami. Cet homme, simple, était différent, il était obèse. Il a subi les pires sévices qu'un être humain puisse endurer : Sodomisation à l'aide d'un manche de pelle, brûlures, émasculation, arrachage des dents à vif, pour être, finalement, au bout de l'horreur, achevé à coups de pierres. S'ils vivaient en marge de la société, rien ne laissait entrevoir le comportement bestial  (bien qu'aucun animal ne se livrerait à de telles atrocités) de ces êtres humains. La jouissance de la persécution revêt plusieurs degrés dans l'abject, suivant que le persécuteur soit rustre ou raffiné,  mais elle a toujours le même dessein : martyriser celui qui est différent.

 

Le 4 septembre 2010,

 

Sur Julien Coupat, labellisé par la Vizir des intrigues intérieures, terroriste de l'ultra gauche.

Relire l'article du 19 septembre 2009.

Un an a passé, et les charges retenues contre ce dangereux terroriste se sont évaporées. La machination orchestrée pour assouvir une tendance perverse à désigner un bouc émissaire a échoué. Les procès verbaux établis par les pandores étaient falsifiés. Six mois de prison pour rien, si ce n'est la jubilation d'une autorité machiavélique.

La citation du jour : Inspirée de l'argent de la vieille (voir l'article du 19 juin). Cette citation pourrait émaner de notre grand timonier, elle n'est que de votre serviteur, lui, se contente prosaïquement de l'appliquer.

 

La politique, c'est l'art d'obtenir l'argent des riches pour acheter les suffrages des pauvres. E.D.

 

Le 8 septembre,

 

Ma concierge est rentrée de vacances, qu'elle a passées dans le sud de l'Espagne dans sa famille, car celle-ci, bien que française, née en France, mais de parents espagnols républicains chassés par le régime franquiste, a la nostalgie du pays de Cervantès. Je la mis aussitôt en garde, car avec son teint bronzé, son opulente poitrine maintenue par la ceinture de son tablier, et son foulard bariolé sur la tête, elle risquait fort de passer pour une gitane et tomber dans les rets de la maréchaussée et ainsi imiter sans le vouloir, la vie tumultueuse de l'auteur de Don Quichotte, lequel fut, comme chacun sait, mutilé, excommunié, emprisonné. Elle me jeta alors un regard où se lisait l'incompréhension, ignorant  la traque aux roms de l'été, dont je lui donnais le récit. Epouvantée, elle arracha son foulard qu'elle enfouit précipitamment dans la poche de son tablier, et courut vers sa loge en poussant des cris d'orfraie, en espagnol, évidemment. Je remontais vers ma modeste demeure en sifflotant, persuadé qu'à l'instar d'Orphée j'avais amadoué le cerbère de ces lieux.

La citation du jour :

Les lois sont faites par des gens qui ne sont pas concernés par celles-ci. E.D.

 

Le 12 septembre,

 

Sur les noces du traitre.

Et voilà que l'apostat, le sycophante, le transfuge refait parler de lui, un de ceux dont je vous parlais le 19 mars, passé maître dans l'art de la traîtrise, et de la fourberie, après son seigneur, évidemment. Malgré son physique ingrat, et sa mauvaise haleine, inconvénient dont souffre tous les traîtres, à l'exemple de Talleyrand qui était affligé de ce travers, en plus de son pied bot, le perfide a réussi, on ne sait par quelle rouerie, à attirer dans sa couche une jeune oie blanche. Celle-ci, dont la beauté n'a d'égale que la laideur de son soupirant, éblouie par les dorures de l'antre où il réside et les pouvoirs que le Potentat lui a octroyés en récompense de sa désertion, surmontant la répulsion qu'inspire cet homoncule, a décidé de lui donner sa main en toute vénalité comme il sied, hélas, a de nombreux hymens.

Voici donc le félon juché  en compagnie de son trophée, singeant ainsi son Maître, sur la caravane de la honte parcourant le royaume nettoyé de ses parias par des califes terrifiés de perdre leur gagne-pain, arborant un sourire caustique, savourant une gloire éphémère, devant une populace dépitée.

 

Le 18 septembre,

 

Gros mensonges et petites chamailleries entre amis.

Platon disait : La plupart des hommes qui accèdent au pouvoir deviennent des méchants. J'ajouterai, si le Maître me le permet, des mythomanes aussi. La propension à mentir peut dans certains cas être altruiste : Cacher à ce bon peuple les périls qu'il encoure, afin de ne pas l'inquiéter, relève de la délicatesse. Mais le plus souvent le mensonge est plus mesquin et ne contribue qu'à servir l'ambition personnelle. La mythomanie est comme chacun sait, même ma concierge, une maladie qui pousse le sujet atteint, à un besoin compulsif de mentir, de travestir la vérité.

Examinons le cas de notre Potentat lors du dernier symposium tenu dans cette ville qui porte le nom d'un chou. Il n'a pas menti, il a exprimé ce dont il était convaincu, la vérité. Sa vérité. Le comportement est classique chez le mythomane, bâtir une fable, dont le plus souvent il est le héros, et y croire dur comme fer. Malheureusement, cette pathologie que d'aucuns pourraient penser bénigne, est souvent liée à l'hystérie, voire à d'autres névroses ou perversions. Outre le fait qu'il entendit, à l'instar de Bernadette, une voix à l'accent guttural cautionner la traque faite aux gens du voyage, il crut entendre également ce brave Lula, qui n'osa le contrarier, consentir à l'achat d'une trentaine d'aéronefs dont personne ne voulait. Les fabulateurs vivent dans un monde merveilleux.

En supplément gratuit : Conte de la folie ordinaire.

Je remercie les esprits de Marco Ferreri et Charles bukowski qui m'ont habités lors de la rédaction de cet article.

Un vieillard cacochyme vivant en de lointaines contrées, sur une île caribéenne, averti du sort cruel réservé aux errants du vieux continent, s'inquiéta de la santé mentale de son confrère, Prince du royaume de France. Ce vieillard ayant lui-même perdu une partie de ses esprits lors d'une chute mémorable, qui lui ébranla le cerveau, crut discerner chez son homologue, les mêmes symptômes qui l'accablèrent : Perte de mémoire, tremblements, irascibilité, paranoïa. Conscient de la solidarité qui anime les grands de ce monde, il dépêcha son exorciste personnel auprès de notre grand timonier afin de remédier à ses troubles;  pour le moins importuns pour qui a le dessein de devenir le maître de l'univers. Traitement dont l'efficacité est indéniable puisque le noble vieillard n'arbore plus une tenue vestimentaire ridicule, mais une veste de treillis qui sied mieux à un révolutionnaire reconverti dans le despotisme. C'est ainsi que l'exorciste arriva au palais de notre souverain et pratiqua ses incantations muni dans la main droite de pattes de poulet de chez Bourgoin et dans la gauche, d'osselets magiques issus du corps de feu Bongo, autre expert en sorcellerie. Désenvoûtement exécuté sous le regard de la diva qui entonna une ritournelle afin d'accompagner la danse du charlatan. Le résultat fut prodigieux. On vit, sous les yeux stupéfaits des courtisans, le crâne de notre timonier revêtir une épaisse toison blanche, symbole de la sagesse, son corps prendre des proportions harmonieuses, symbole de la vertu, et son élocution, autrefois saccadée et absconse, prendre des accents de rhéteur romain, dont le timbre n'était pas sans rappeler un certain Galouseau. La Diva n'y tenant plus l'entraîna vers les alcôves obscures du palais.

Merci Marco, merci Charles.

 

Le 23 septembre :

 

Apocalypse now ou comment semer la terreur dans les chaumières. 

La fin justifie les moyens disait Machiavel,  le Vizir des intrigues intérieures et son Maître ont remis cet aphorisme au goût du jour.

Juanita Conception Hernandez, la concierge de l'immeuble qui abrite mon humble demeure est dans tous ses états. La menace terroriste propagée, par les hérauts du pouvoir, est sur toutes les lèvres. Plus rapide qu'un incendie de pinède, elle a enflammé les rédactions, lesquelles enchaînent alerte sur alerte. Les pyromanes hilares se tapent sur les cuisses.

L'accès de notre gîte, pour le moins surveillé auparavant, est devenu aussi compliqué que d'entrer dans le royaume d'Hadès sans passeport. Notre cerbère veille, inutile de jouer d'un instrument de musique pour l'amadouer. Les locataires, dont certains vivent sous ce toit depuis plusieurs décennies, sont soumis à une fouille systématique dès leur apparition sous le porche. J'ai ainsi, sous le regard salace de la matrone, subi la palpation d'une partie de mon anatomie que la décence m'interdit de nommer. Les cabas sont inspectés, et tout ce qui pourrait entrer dans la confection d'un engin explosif confisqué. Chaque pétarade de motocyclettes provoque chez la commère une ruée vers son antre dans laquelle elle a conçu un abri susceptible de résister à une déflagration nucléaire. Le facteur qui avait pour habitude de partager quelques libations avec notre gardienne, est maintenu en dehors d'une zone de sécurité matérialisée par une double rangée de barbelé. Le quartier, autrefois si joyeux est devenu un lieu désertique où des ombres se croisent furtivement en se regardant en chien de faïence. Les femmes enceintes sont invitées à ne plus circuler depuis que la rumeur parle d'une fanatique bardée de bâtons d'explosif. La terreur règne.

Pendant ce temps, le Machiavel du royaume des crédules, un sourire  sarcastique sur les lèvres, confectionne les boites qui serviront au prochain plébiscite.

 

La citation du jour :

La peur est l'arme suprême des tyrans, en dernier ressort, lorsque le mensonge n'a plus d'effet. E.D.

 

Le 1er Octobre 2010,

 

L'automne est là.

Tout suffocant et blême quand sonne l'heure, je me souviens des jours heureux et je pleure.

Je demande pardon à Verlaine pour avoir détourné ses vers sublimes, mais ils témoignent avec tant d'acuité l'état dans lequel se trouve notre thaumaturge, qu'ils semblent avoir été écrits pour lui.

En effet notre timonier, celui qui était le phare de nos pensées, est au plus bas dans l'estime de son peuple bien aimé. Pire il est abandonné, voire humilié par son premier Vizir qui le renie, l'écarte d'un coup de savate bien senti, avec cette phrase terrible et définitive : Tu n'as jamais été mon mentor. Alors quand arrive l'heure des comptes, le soir dans les bras de sa Diva, il pleure et se souvient des jours heureux où son peuple l'adulait, où il conduisait le char de la gloire  comme Phaéton, et que les hérauts agenouillés chantaient ses louanges. Mais à l'instar du fils d'Hélios, il a perdu le contrôle du char et se retrouve dans l'enfer, après un ultime dérapage, entre le Cocyte, torrent des lamentations et le Léthé, ruisseau de l'oubli. Le Vizir félon, jubile de la déconvenue de son maître. Sa complice, la fille du borgne vociférant, lui indique que le palais des dieux sera bientôt à sa portée.

 

Le 9 octobre 2010

 

La rédemption.

Ainsi donc notre Monarque est allé au Vatican, consulter le chef de l'église catholique, pour y recevoir l'absolution de toutes ses turpitudes. Certains mauvais esprits prévoyaient un séjour d'une durée au moins équivalente au ramadan où durant cette période nos amis musulmans purifient leur corps et leur âme par l'abstinence. Il n'en fut rien, la confession ne dura que quelques heures et il reçut l'absolution du très Saint Père qui avait d'autres mécréants à fouetter, ou bien dans son extrême  sagesse avait-il perçu la fourberie de la démarche du pénitent, ce qui paraît le plus probable. Toujours est-il que jouant son rôle d'homme affligé à la perfection, notre cabot n'eut de cesse de psalmodier des "pater noster" devant toutes les saintes reliques qu'il trouvât, d'invoquer à genoux Sainte Pétronille, de réclamer tous les colifichets qui siéent à ce culte, et s'en parer, et lorsque cameramen et preneurs de son eurent la preuve évidente que notre Monarque était un bon chrétien, sauter dans sa limousine où l'attendait le Vizir félon qui s'était vu interdire l'entrée des lieux saints; il ne faut tout de même pas prendre les enfants du bon Dieu que pour des bécasses. Lesquelles sont, comme chacun sait, les animaux les plus stupides de notre univers, et non pas les canards sauvages qui ont la clairvoyance, lorsque les cieux deviennent vert de gris, de migrer vers des contrées plus accueillantes, dans l’attente de jours meilleurs.

 

Le 17 octobre,

 

Juanita Conception Hernandez, la gardienne de l'immeuble où j'habite, et dont vous connaissez les  commentaires sans concessions, souvent acerbes mais jamais dénués de bon sens me disait, alors qu'elle m'avait coincé dans l'escalier entre son opulente poitrine et le mur : « Les lois sont faites par des gens qui ne sont pas concernés par celles-ci ». Je tombai des nues, pourquoi n'y avais-je pas pensé ? En effet, avez vous déjà entendu parler d'un Ministre métallurgiste, mineur, maçon, déménageur....ou concierge. Non. Parce qu'il n'y en a jamais eu et qu'il y en aura probablement jamais, sauf sursaut populaire dont je commence à désespérer. Pourtant les oligarques qui tiennent d'une main ferme, les rênes de la destinée de notre beau royaume,  s'arrogent le droit de réglementer la vie des autres sans vergogne comme s'il s'agissait de la leur. Manifestations, cris, protestations, grèves, rien n'y fait. Suivant l'exemple de leur chef ils répondent que c'est pour le bien du peuple, comme une amputation est bonne pour le malade afin d'éviter la gangrène. Omettant de s'appliquer à eux même la mutilation car ils ne sont pas concernés, puisque nantis jusqu'à la fin de leurs jours, grâce justement au labeur du peuple dont  la bonté tourne souvent à la crédulité.

 

La citation du jour :

La retraite délivre de l'asservissement, la mort de la vacuité de la retraite. E.D.

 

Le 25 octobre 2010,

 

 Les grèves ne sont que l'expression populaire de l'impéritie du pouvoir.

La colère gronde, des hommes et des femmes campent malgré le froid sur leur lieu de travail pour exprimer leur amertume contre les années de labeur supplémentaires que le Monarque a décidé de leur infliger, pour leur bien. Car, fait-il savoir, les hommes vivent plus longtemps et selon une logique implacable et sommaire doivent travailler jusqu'à épuisement de leur force; qu'en auraient-ils fait de ces forces, durant les quelques années qu'ils leur restaient à vivre, alors qu'ils ne sont plus d'aucune utilité si ce n'est à toucher leurs misérables pensions ?

L'élite du royaume, ceux dont les mains sont soigneusement manucurées et ne connaîtront jamais le contact glacé de la ferraille l'hiver, peuvent goûter des vacances réparatrices après les heures exténuantes passées à se quereller sous  les lambris dorés des assemblées des élus du peuple, qu'ils viennent une nouvelle fois de trahir.

La mort d'un baron.

Un des barons de notre royaume est mort, foudroyé comme un chêne par le feu du ciel, à moins que ce ne fût par la vindicte de ses ennemis, lui, que l'on pensait indestructible. Homme tonitruant, érudit, tribun, visionnaire, bâtisseur, il donnait libre cours à sa mégalomanie de génie. Comme Prométhée, il voulait transmettre la connaissance aux hommes, aussi les livres étaient gratuits pour les enfants de cette douce province de "Septimanie" où son peuple l'adulait. Il lançait ses apophtegmes comme un sage même si celles-ci de temps à autres tournaient, à cause de son tempérament emporté, à l'invective que les hérauts s’empressaient d’amplifier.

 

 Le 28 octobre 2010,

 

Les barbares.

En Somalie deux jeunes filles ont été exécutées pour espionnage. Elles étaient assises par terre, dans la poussière, les mains ligotées derrière le dos, les yeux bandés pour qu'elles ne voient pas la mort en face, ou bien peut-être, pour que leurs bourreaux ne rencontrent pas leurs regards désespérés. Mais les chabab, ces guerriers courageux, leur tireront une balle...dans le dos, devant une assistance honteuse qui se dispersera le cœur au bord des lèvres. Le commandant pérorant sur son hammer, tirera quelques coups de feu en l'air pour célébrer ces meurtres.

Ce pays que l'on nomme la corne de l'Afrique, fut durant l'antiquité une des contrées les plus riches du continent, où se croisait romains, grecs, égyptiens, pour le commerce de l'ébène et de l'or. Par quelle malédiction  est-il devenu au fil du temps, une région de désolation où les humains s'entretuent comme des bêtes enragées. L'horreur à quelques kilomètres d'un territoire où sont stationnées les troupes des armées françaises, indifférentes.

 

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Le 31 octobre 2010,

 

Ce sont les heures d'hiver, où l'on dort un peu plus, où le jour s'effrite plus tôt, où le temps est plus propice à la lecture.

 

La rubrique les livres que j'ai lus ou presque revient.

Bel-Ami  de Guy de Maupassant.

D'aucuns pensaient que cette rubrique littéraire était mort-née, il n'en est rien, juste que je me complaisais dans les métamorphoses et que je n'avais pas envie de partager. Mais entre deux contes didactiques où l'horreur succède au fantastique, l'amour le plus pure à l'inceste le plus rebutant, j'ai relu avec le même immense plaisir Bel-Ami. Que ce roman est d'une actualité criante ! Comme il est aisé de mettre des noms sur les visages de Georges Duroy ou de Forestier ! Tout ce qui dégouline de ces deux personnages : La vanité, la couardise, la flagornerie, la cupidité sont les vertus de nos chroniqueurs d'aujourd'hui.

Je sais qu'il est dans l'air du temps de taper sur cette profession laquelle comporte sûrement quelque pisse-copies intègres, voire talentueux, mais n'a-t-elle pas donné le bâton pour se faire battre. Je pense plus particulièrement à ce gros journaliste visqueux, portant la raie sur le coté (droit) les cheveux plaqués par de la gomina comme au temps de Maupassant, qui minaude sur les plateaux en tortillant son gros derrière, et qui dans un livre mémorable sur les prétendants au trône de notre petit timonier omit tout bonnement celle qui deviendra sa principale rivale. Mais qu'importe la balourdise, la pédanterie reprend vite le dessus, et on le voit pérorer devant la caméra accusant l'autre d'un mal dont il est lui-même atteint : La servilité. (toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé n'est pas fortuite)

 

Le 7 novembre,

 

Un pays dont la justice est régie par l'arbitraire n'est pas une démocratie.

Cet apophtegme dont Caton pourrait être l'auteur, n'est que la réflexion de votre serviteur devant l'iniquité dont vient de se rendre coupable le parquet au sujet de l'affaire dite "des sondages de l'Elysée" (voir l'article du 7 novembre 2009) : L'immunité dont bénéficie par la grâce infernale notre Potentat est étendue à ses conseillers en tripatouillage. Juanita Conception Hernandez, ma concierge dont vous appréciez la sagacité des jugements me disait : «Maintenant je comprends pourquoi on appelle ça le Parquet, c'est parce qu'on peut le fouler aux pieds comme  n'importe quel paillasson.» La métaphore était osée mais ne manquait pas d'à-propos. Ainsi l'enquête diligentée par quelques hurluberlus utopistes sur ces fameux sondages facturés et surfacturés par un certain Buisson, lequel se consumait il y a peu encore pour l'extrême droite (1), était mort-née puisqu'elle vise désormais des "intouchables". C'est ce qui s'appelle de l'efficacité dans la roublardise dont notre Monarque est un expert, à défaut d'intégrité.

C'est que les lourds nuages noirs des affaires s'amoncellent au-dessus de la tête de notre timonier, comme les mouches sur un membre en putréfaction, lequel membre pourrait bien être le bras de la justice.

 

La citation du jour : Les lois sont comme les toiles d'araignées, à travers passent les grosses mouches, et, restent les petites. Honoré de Balzac. 

 

 C’est bien la première fois que l’on me compare à une mouche ! S’indigna, Juanita Conception Hernandez en me fusillant du regard. Je regagnais prestement mes pénates.

 

(1)     Resucée de l’article du 28 juillet 2009 dont je ne me lasse pas.

 

 Le 11 novembre,

 

Les laissés-pour-compte. Le 24 novembre,

Commémoration de la fin de la "grande guerre" ou de la "grande boucherie" du début du XXème siècle, au choix : 10 millions de morts. 20 millions d'invalides. Sans commentaires.

Mais ce n'est pas de ce carnage dont je vous entretiendrais en ce jour pluvieux de novembre mais de l'étripage qui se profile et aura pour décor la Corée du sud. Guerre de tranchée, dont l'enjeu est la suprématie du monde économique, c'est à dire du monde tout court. Le pays de l'idole noire vacille sous les coups insidieux du postulant à la couronne, dont le milliard et demi de petits robots faméliques trime sans relâche pour conquérir le trophée. 

Vingt pays: 80 % du commerce mondial, 2/3 de la population de notre planète, 90 % de la richesse du globe. Je ne suis pas un féru d'économie mais ces chiffres bruts, sans concessions, démontrent l'absurdité dans laquelle se complaisent les nations riches. Un continent entier, est oublié, laissé-pour-compte, l'Afrique. Alors, nous allons assister à une discussion de boutiquiers, chacun accusant l'autre de le payer en monnaie de singes, de ne pas respecter les règles du mercantilisme, de polluer la planète, ou d'affamer ceux qui sont déjà exclus du banquet. Mais à la fin, dans un communiqué laconique exprimant en termes choisis, que faute d'accord les choses resteront en l'état, les leaders du monde se congratuleront et prendront rendez-vous pour l'année suivante, mettant à profit ces douze mois pour saper l'économie de l'autre. Notre petit timonier tout frétillant de se trouver en pareille compagnie reprendra son avion flambant neuf, que son peuple lui a généreusement offert, afin de préparer le prochain sommet qui se tiendra sur ses terres et montrer ainsi à ce bon peuple qu'il est l'égal, voire supérieur, aux plus grands. A ce moment,  Juanita Conception Hernandez, poussa des cris d'orfraie, sortit de sa loge, la "Gazette des concierges" à la main, et me montra la une  où s'étalait ce titre effarant, révélant que notre royaume venait de passer le seuil des huit millions de pauvres. Me venait alors à l'esprit, allez savoir pourquoi, ce mot : Laissés-pour-compte.

 

 Le 19 novembre,

 

Karachi. Un nom qui claque comme une bombe. Qui sème l'émoi voire la terreur dans l'entourage de notre guide. Hier encore, il parlait à ce bon peuple, le rassurait, promettait la reprise économique, la fin du chômage, pérorait, parce qu'il avait terrassé les empêcheurs de régner en paix, et les yeux dans le vague glorifiait sa Diva, devant des échotiers bouche bée. Et puis la bombe éclate, pas la même que celle qui réduisit en charpie nos compatriotes, une bombe plus insidieuse, plus sournoise, celle qui explose des années plus tard, celle que la mèche lente de l'oubli n'a pu désamorcer, celle qui détruit non pas des vies, mais anéantie des années d'une carrière de trahison et de fourberie. Alors que le sommet était atteint, la bombe le renvoi au pied de la montagne qu'il faut gravir à nouveau tout comme Sisyphe. Mais le rocher est sanglant, il glisse des mains, et puis il y a l'argent de la vieille qui alourdit les poches, et les anciens amis, jetés en pâture aux chiens, qui s'accrochent aux basques.

 

 Le 24 novembre 2010,

 

Poursuite de la joute épique entre le paladin au casque d'argent et le Prince fourbe, sous les yeux du premier Vizir au  visage de clown triste affligé d'un sourire caustique,  qui n'attend que la chute de son maître pour enfin connaître l'ivresse du pouvoir. Dans la foule, deux jeunes femmes en deuil réclament avec véhémence la vérité sur la mort de leurs pères, à une justice asservie.

 

 

 

 

 

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