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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 14:02

Dimanche 3 décembre 2017

AUX CINQ RUES LIMA -  291 pages -

22 EUROS -  Gallimard

 

 Cette chronique est parfaitement impartiale, parce que VARGAS LLOSA est l'un de mes écrivains cultes que je n'ai pas manqué d'encenser  lors de mes chroniques précédentes. 

Je me suis posé une question essentielle : Est-ce que l'éditeur lit le texte d'un écrivain célèbre (s'il en est) avant de le publier ? Pourquoi cette question ? Parce que ce roman est EPOUVANTABLE et le mot est faible, je vais tenter de faire mieux sans tomber dans piège du vulgaire car ce roman est d'une vulgarité et d'une bêtise incommensurable.

Lorsque l'on s'aventure sur les sentiers incertains de la littérature érotique il y a un abîme dans lequel il convient de ne pas tomber c'est la pornographie. Et là, l'auteur y a sauté avec  délectation. Tout le monde n'a pas le talent du marquis pour décrire des scènes dans lesquelles deux femmes se livrent aux plaisirs de relations saphiques, en particulier ce pauvre Vargas Llosas, car en plus d'être ridicule, la description des ébats de ces deux femmes, avec des mots que je pensais définitivement sortis du vocabulaire érotique, ressemblent à celles d'un être lubrique regardant par le trou de la serrure.

Prenant le parti de dénoncer la main mise du pouvoir de FUJIMORI sur le Pérou, Vargas Llosa se complait dans une romance débile, dont le sujet a été abordé à maintes reprises souvent avec talent : La corruption.

Il mêle à cette période noire du Pérou, les tribulations de deux couples (aisés) et les révélations du rédacteur en chef d'un torchon dont le nom est : Striptease. Les personnages sont des caricatures improbables affublées de sobriquets ridicules : Ma blondinette pour Marisa ou bien Marisette, Chabelette pour Chabala, ou encore Riquiqui pour une journaliste du torchon. Marisette et Chabelette se livrent à "des cochoncetés" (c'est dans le texte) et l'une d'elle "besogne" sa partenaire.

Il y a eu des moments où j'ai ressenti l'envie irrépressible de jeter ce bouquin par la fenêtre. 

Je vous offre un pur moment de littérature : 

Le chapitre V de mon dernier roman, le plagiat. 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PLAGIAT

CHAPITRE V

La chambre du Hilton Opéra, réservée par Claude possédait deux lits séparés  par un bon mètre. Cette attention rassura Pauline. Même si son compagnon de voyage était gay, elle préférait ne pas partager le même lit. Non qu’elle craignait de subir ses avances, mais elle avait conscience que son physique ne la laissait pas indifférente.

Durant le voyage en avion elle avait apprécié sa conversation. Il avait montré de l’empathie lorsqu’elle lui avait révélé la déchéance de sa famille, s’était inquiété du sort de ses parents. Par contre il s’était montré peu loquace sur lui-même, il lui avait semblé que sa vie se résumait à sa rencontre avec Claude Castel, pour laquelle il éprouvait une quasi-vénération.

Ils dînèrent dans une brasserie à touristes sur le boulevard des Italiens avant de rejoindre leur hôtel. Quentin sortit une demi-bouteille de champagne du minibar. Ils rirent de bon cœur devant une pitoyable émission de télé-réalité, puis passèrent en revue, une dernière fois, les détails de la journée de demain. Le rendez-vous était fixé à quatorze heures.

Elle le convainquit de la laisser monter seule à l’appartement, malgré les ordres de Claude, il restera au pied de l’immeuble et n’interviendra que s’il se montrait agressif. Ce dont elle doutait.

 

Pierre Mazet était anxieux, il ne savait quelle attitude adoptée lorsqu’il ouvrirait sa porte à Pauline. Il hésitait entre une froide indifférence et un accueil cordial comme s’il ne s’était rien passé. Il avait mis de l’ordre dans l’appartement, fait le ménage, et… changé les draps de son lit, sans trop de conviction tout de même. Il attendait Pauline avec impatience, curieux d’observer son comportement après sa sortie mouvementée lors de sa dernière visite. Sera-t-elle repentante comme le laissait présager ses messages ou bien d’une froideur impassible ?

Il marchait de long en large dans le salon, le regard fixé sur le tapis, répétant intérieurement les différents scénarios qu’il avait mis au point suivant l’humeur affichée par Pauline. Mais plus que tout, l’homme de lettres reprenant le dessus sur l’amoureux transi,  était impatient d’avoir en main la suite des cinq chapitres de « La fortune des Maréchal ». Il les avait lus, relus, imprimés, c’était exceptionnel. Si la suite du roman était de la même veine, alors il tenait là un chef d’œuvre. Cet ouvrage tombait à point, car depuis de longs mois il n’avait rien proposé de sérieux au comité d’éditions du mercredi et, bruissait dans les couloirs de la prestigieuse maison, la rumeur de son éviction.

Quand il ouvrit la porte, il remarqua immédiatement la pâleur de Pauline, au point qu’il pensa qu’elle se trouvait mal. Il eut alors le geste inconsidéré d’écarter les bras comme pour l’étreindre. Elle eut un brusque mouvement de recul, le considérant d’un air effaré. Il se confondit piteusement en excuses. Les retrouvailles ne pouvaient être plus désastreuses. Elle entra d’un pas décidé et resta plantée au milieu du salon où les stigmates de son passage dévastateur avaient disparu. Chaque bibelot avait retrouvé sa place, même si quelques-uns présentaient des traces de rafistolage. Manquait le vase de chine de l’entrée, cannes et parapluies reposaient contre le mur.

- Je suppose que vous avez changé les draps !

Il resta pétrifié à l’entrée du salon, abasourdi par l’impertinence du ton et la posture que la frêle et timide jeune femme qu’il avait connue adoptait. Il avait tout envisagé sauf cette arrogance. Il était obsédé par le manuscrit.

- Oublions ce qui s’est passé, bafouilla-t-il. C’était une erreur, je n’aurais jamais dû….

- C’était un viol !

Il restait les bras ballants, ne sachant que faire, partagé entre l’envie de la jeter dehors ou  la supplier de lui pardonner un crime qu’il n’avait pas commis.

Elle s’assit sur l’ottomane, ouvrit son sac et lui lança le manuscrit qui atterri à ses pieds.

Il le ramassa, le serra contre sa poitrine.

- Je vous promets de le lire rapidement. Veux…voulez-vous un thé.

Elle le considéra d’un air méprisant.

- Je repasserai demain à la même heure, avec Paul Jara, l’auteur. Nous avons rendez-vous chez Fouyard si vous n’étiez pas intéressé.

Elle se redressa, fit mine de parcourir les titres des ouvrages soigneusement rangés sur les étagères, jusqu’à l’entrée du petit bureau, jouxtant la chambre à coucher, dont elle détailla rapidement l’aménagement.

- Je peux vous emprunter celui-ci, demanda-t-elle en désignant un livre de la Pléiade consacré aux œuvres de Fernando Pessoa.

- Oui..oui je t’en prie. Tu me le rendras quand tu l’auras lu. J’y tiens beaucoup.

Sans y prêter attention il avait repris le tutoiement.

Elle se retourna, le visage crispé.

- Excusez-moi.

Le livre à la main, elle se dirigea vers la porte d’entrée.

- A demain, dit-elle en refermant la porte.

Quentin patientait en bas de l’immeuble. Il l’a regarda d’un air scrutateur.

- Tout va bien, dit-elle, j’ai eu le sentiment qu’il tenait plus à obtenir le manuscrit qu’à me voir. Je lui ai laissé jusqu’à demain en le menaçant d’aller chez un concurrent. Il va passer une nuit blanche. Son ordinateur se trouve dans un petit bureau près de la chambre.

Il lui entoura les épaules de son bras, et se dirigèrent vers le boulevard Jourdan en riant.

 

Une fois que Pauline eut quitté son appartement, Pierre Mazet, le manuscrit entre les mains, restait circonspect. Il n’arrivait pas à analyser le comportement agressif de Pauline, elle semblait lui en vouloir comme s’il avait abusé d’elle lorsqu’elle était venue lui proposer son roman. Brusquement, le mot qu’elle avait prononcé lui revint à l’esprit. Viol. Comme pour se convaincre, il se remémora la scène de leur première rencontre, se souvint parfaitement qu’elle prenait congé, puis, contre toute attente, l’avait embrassé farouchement sur la bouche, sans qu’il n’eût rien fait pour provoquer ce geste stupéfiant. Il est vrai qu’à ce moment, il avait profité de la situation de trouble dans lequel elle semblait être. Mais quel homme dans ces conditions n’aurait pas tiré parti de cette aubaine ? 

Il haussa les épaules, marmonna quelques mots incompréhensibles, et s’allongea sur l’ottomane, la tête soutenue par un coussin. Lire trois cents pages en quelques heures ne le rebutait pas. Il oublia le dîner, la fraîcheur du soir qui entrait par une fenêtre restée ouverte, une soirée mondaine à la société des auteurs où il était de bon ton de se congratuler, même si le nombre des lecteurs se réduisait chaque année comme peau de chagrin.

Subjugué par la lecture du roman, les heures qui s’égrenaient n’avait pas de prise sur  l’attraction qu’exerçaient sur lui les lignes qu’il lisait et relisait comme pour se convaincre, si besoin en était, qu’il tenait bien entre ses mains un futur best-seller, au point qu’il regrettait amèrement de ne pas en être l’auteur. Cette pensée lui traversa l’esprit tel un missile.

Lentement, cette folle éventualité s’insinuait insidieusement dans tout son être. Il la repoussa avec véhémence, la mettant sur le compte de l’épuisement dans lequel il se trouvait. Il quitta l’ottomane, s’étira, marcha jusqu’à la fenêtre qu’il ferma. Les premières lueurs de l’aube aux doigts de rose coulaient entre les bosquets des tulipiers, ranimaient le lac endormi. La patine bleutée des statues donnaient un aspect irréel au parc.

Trente ans auparavant, il avait  rendu hommage au père de la littérature dans son roman, dépeint avec talent des levers de soleil au-dessus des dunes fauves, les murs de la citadelle flamboyant. L’inspiration l’avait abandonnée, il vivait dans le souvenir du jeune homme adulé. Que ne donnerait-il pour revivre ses instants de grâce ?

 Il se dirigea vers la cuisine, fit chauffer de l’eau. Tout en buvant son thé, le regard fixe, il ne parvenait pas à chasser de son esprit la perspective de s’approprier ce récit. Inexorablement, l’idée, faisait son chemin comme le ver dans un fruit talé. Il décida de s’accorder quelques heures de repos, se dirigea vers la chambre, jeta un regard furtif au manuscrit, comme l’on regarde un objet défendu, s’allongea sur le lit. Les yeux rivés sur le plafond, il savait qu’il ne trouvera pas le sommeil.

Il sortit de son lit sans avoir fermé l’œil, mais en ayant pris sa décision. Il avait décidé de ne pas tergiverser, et proposer une grosse somme d’argent pour s’approprier le roman. Spéculant sur la faillite des de Lanzac, il pensait que Pauline et ce jeune auteur inconnu du public seraient trop heureux d’accepter de lui vendre le manuscrit contre une somme d’argent plus que conséquente. Il  proposera deux-cent-mille Euros, plus un intéressement sur les droits. Ragaillardi, il fila vers la cuisine où il but une tasse de thé, avant de se rendre dans la salle de bain. Il déjeuna frugalement, peaufina ses arguments, revêtit son plus beau costume, laissant le col de sa chemise blanche ouvert, afin de cacher son anxiété sous le couvert d’une tenue désinvolte. Il se contempla dans le miroir en pied de l’entrée, s’exerça à quelques sourires, mimant les gestes d’un homme s’apprêtant à parler affaires. 

Il tournait en rond dans le salon, remettant sans cesse en place les mêmes bibelots, examinant pour la nième fois le tableau endommagé par pauline qu’il avait fait restaurer à grand frais, quand, enfin, le carillon de la porte d’entrée tinta. Pétrifié, il s’essuya les mains avec son mouchoir et ouvrit la porte, sourire crispé sur les lèvres, tentant d‘adopter l’attitude maintes fois répétée d’un homme ravi d’accueillir des amis. Cette contenance n’abusa pas Pauline qui passa devant lui en le considérant d’un œil goguenard. Il tendit une main obséquieuse à l’auteur, Paul Jara, alias Quentin Jauréguy,  qui la serra vigoureusement.

Pauline avait déjà pris place sur l’ottomane, bientôt rejointe par Paul Jara. L’éditeur s’assit face à eux, le manuscrit entre les mains. Un silence pesant s’installa. Pierre Mazet proposa du thé qu’ils refusèrent, le laissant dans la position de celui qui devait entamer la conversation, sans savoir comment l’aborder.

A bout de patience, Pauline lança  un « Alors » qui le fit sursauter.

- J’ai lu attentivement le roman de Paul…Vous permettez que je vous appelle Paul ?

Il opina de la tête sans se départir de son sourire.

C’est bon pour un premier roman, mais je ne vous cache pas qu’il sera difficile de l’imposer au comité car en ce moment compte tenu de la conjoncture….

- Epargnez-nous ce discours de politicien ! Le coupa Pauline.

Il déglutit.

-- Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grande partie des bonnes maisons d’éditions ont été rachetées par les mastodontes de la profession. A la direction de ces petits éditeurs, il ne reste que des salariés qui ne prennent plus le risque de soutenir un écrivain inconnu du public. C’est pour cette raison que les étagères des libraires regorgent de bouquins d’anciens footballeurs, d’acteurs de téléréalités, de politiciens, et autres écrivains qui font de la littérature aux kilomètres.

 Ce roman aurait beaucoup plus de chance… Il s’arrêta comme à bout de souffle…. si son auteur était quelqu’un de célèbre, du moins  reconnu en littérature.

Un sourire sarcastique s’inscrit sur les lèvres de Pauline.

- Comme vous par exemple.

- Oui…par exemple. Dit-il d’une voix imperceptible.

- Vous plaisantez, je suppose !

Il les regarda tour à tour puis baissa la tête comme un enfant qui allait avouer une quelconque  faute.

- J’ai une proposition à vous faire.

Il prit une longue inspiration, se tritura les mains.

- Voilà, je peux vous donner deux-cent-mille Euros, si vous me cédez le manuscrit, et un intéressement substantiel sur l’à-valoir et les droits d’auteur.

Ils se dévisagèrent, effarés.

-- Vous parlez sérieusement ?

-- Oui.

Consciente de la honte qui étreignait le grand écrivain de proposer une offre aussi dégradante que s’approprier l’œuvre d’un autre, Pauline le dévisagea, effarée. Elle ne comprenait pas qu’un homme de sa trempe  se résignât à une telle infamie.

 Se redressant brusquement, elle lui retira le manuscrit des mains et intima à Paul Jara de la suivre. Celui-ci surpris par le ton se précipita. Sur le seuil de la porte d’entrée, elle l’observa, un air de dégoût sur le visage.

-- Nous devons en parler entre nous. Je vous appellerai pour vous faire part de notre décision.

Il hocha une tête pitoyable à voir.

Parvenus sur le trottoir, Pauline regarda Quentin les yeux écarquillés.

-- Tu arrives à y croire ?

-- C’est vrai que c’est plutôt surprenant, répondit-il en souriant. Tu as été parfaite dans le rôle de la femme scandalisée.

-- Nous allons demander à Claude ce qu’elle en pense.

Ils prirent la direction du boulevard. Il lui enlaça les épaules. Elle appréciait ce geste, sans imaginer un autre sentiment que leur amitié.

Bientôt le chapitre VI... 

 

 

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