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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 22:13

 

De Gaulle en visite chez le dictateur Franco

Lors de l'une de ses interviews, le candidat Fillon dont on connaît maintenant la destinée ubuesque a déclaré pour se défendre des attaques dont il était (à juste titre) l'objet : 

Peut-on imaginer le général de Gaulle mis en examen ?

Si j'avais été dans la salle j'aurais hurlé oui et aurais ajouté il aurait dû comparaître devant la Cour de Justice de la République pour meurtres.

Bien entendu aucun flagorneur, pardon, journaliste présent n'a osé contredire celui qui selon toute vraisemblance allait devenir le prochain Président de notre pauvre Démocratie.

Vous aurez remarqué, durant cette campagne, que presque tous les candidats ont tenté de s'approprié "l'héritage" du Grand Homme avec plus ou moins de conviction.

ET POURTANT :

Cela commence par la porte des enfers, car il faut bien un début à une histoire et surtout situer le personnage principal car jamais il n'y aura eu une telle désinformation concernant un acteur majeur de l'histoire de notre beau royaume. Or de nos jours personne n'ose émettre la moindre critique concernant le Grand Homme. Et pourtant, que de coups bas, que d'hypocrisie, que d'atteintes aux  principes de notre démocratie
.
L'INA la porte des enfers.
 
Cela commence comme un conte. Il y avait dans l'enceinte de l'institut national de l'audiovisuel (INA) une pièce fermée à double tour où il était interdit de pénétrer depuis des années et des années. Personne ne savait ce qu'elle contenait. Un jour un jeune homme plus intrépide, plus curieux que les autres força la serrure de la porte. La pièce contenait des kilomètres de films, de reportages, d'émissions. Ces bobines se trouvaient là, non pas parce que les sujets en étaient licencieux, mais parce que ces films, ces reportages, ces émissions ne plaisaient pas au Grand Homme qui les avait confié à un personnage démoniaque, implacable de cruauté qui s'appelle CENSURE.
Pour comprendre dans quelles conditions ces films ont été précipités en enfer, il faut remonter dans le passé. Plus précisément à la présidence du général de Gaulle, au début des années 1960.
 
Souhaitant contrôler les journaux d'informations à la radio et à la télévision - "les voix de la France" -, le président de la République avait mis en place un système de censure que les journalistes avaient bien du mal à contourner . A la tête de ce système, on trouvait Alain Peyrefitte, ministre de l'information depuis 1962, chargé des basses œuvres audiovisuelles. Chaque matin, il réunissait dans son bureau les responsables de la radio et de la télévision, à qui il dictait le conducteur quotidien de leurs différents journaux. Ensuite, il les faisait surveiller par quelques fonctionnaires du service de liaison interministériel pour l'information (SLII), organisme interne de son ministère chargé, jusqu'en 1969, de contrôler la "bonne conduite" de la radio et de la télévision.
 
Rien n'échappait à ces hommes de l'ombre dont le zèle frôlait souvent l'abus de pouvoir, et surtout la bêtise. Ainsi, lorsqu'un reportage traitait d'un sujet politiquement sensible ou que des images ou des commentaires ne plaisaient pas, ceux-ci étaient immédiatement envoyé en « enfer »,
La suite est encore plus effroyable et Conchita Juanita Hernandez, le cerbère qui garde l'entrée de l'immeuble où je demeure, en est toute retournée, elle qui pourtant a subi le joug du régime franquiste.
 
Un inventaire à la Prévert.
 
Mais que trouvait-on dans ce local ? Un peu de tout. Les censeurs faisaient preuve, à défaut d'ouverture d'esprit, de la flagornerie la plus affligeante.
Ainsi l'on trouvait entre autres, une séquence de la caméra invisible, une chanson de Bernard Lavilliers, un reportage sur la révolution à Cuba, un interview du peintre Salvador Dali, de François Truffaut qui s'élevait contre la fermeture de la cinémathèque de Chaillot (Malraux ex communiste, écrivain, était ministre de la culture). Des films, Mourir d'aimer d'André Cayatte, le souffle au coeur de Louis Malle....des reportages. Tous les reportages relatant des manifestations de mécontentement du vulgum pecus étaient systématiquement censurés, ainsi la manifestation du 1er mai aux chantiers navals de St Nazaire en grève, mais plus grave les 7 morts de Charonne (8 février 1962) et la répression sanglante de la manifestation des algériens du 17 octobre 1961 (entre 100 et 200 morts) Le Préfet de police de Paris s'appelait Maurice Papon*, le général savait choisir ses collaborateurs  pour les sales besognes.
 
Jusqu'où allait la bêtise des censeurs: Une séquence du voyage en Italie du Grand Homme. Sa visite à Rome ! Pourquoi ? Parce qu'il se mouchait sur la place St Pierre ! Un Grand Homme ne se mouche pas, tout le monde sait cela!
*Condamné pour complicité de crime contre l'humanité pour avoir contribué à la déportation de juifs (dont des enfants) pendant la seconde guerre mondiale.
 
 
Crime d’état.
 
Il y a 44 ans, le 29 octobre 1965, j'étais confortablement installé à la terrasse du café de Flore, je ne me doutais pas que se déroulait sous mes yeux une tragédie, sur le trottoir d’en face, devant le drugstore Saint-Germain. Cette tragédie, un demi siècle plus tard, me hante encore l'esprit.
Deux individus portant feutres et gabardines noires, identiques à celles de la gestapo, montraient une carte barrée de tricolore à un homme brun, d'allure sportive, et l'entraînait vers une Peugeot 403 noire elle aussi. L'on ne reverra plus jamais Mehdi Ben Barka.
Cet homme universellement connu, pourfendeur de l'injustice, défenseur acharné des pays du tiers monde, et pour son malheur opposant à sa Majesté Hassan II, ami de de Gaulle, disparaissait dans le pays des droits de l'homme, enlevé par des barbouzes du SAC et les services secrets français, acoquinés pour l'occasion.
Medhi Ben Barka sera séquestré dans une villa des Yvelines, torturé et exécuté dans des conditions effroyables par les services secrets marocains. Les barbouzes du S.A.C. faisaient les cent pas dans la cour de la villa. Pourtant aguerri à la torture, l'un d'eux, dénommé Bouchesèche, ça ne s'invente pas, avouera plus tard qu'il n'avait jamais entendu de tels hurlements de souffrance.
De Gaulle au cours d'une conférence de presse déclarera qu'il ne savait rien de cet acte barbare.
 
8 février 1962 : Manifestation de diverses organisations contre l'OAS, la répression menée par le Préfet de police de Paris : Maurice Papon est terrible une dizaine de personne sont bloqués contre les grilles du métro Charonne : 8 morts.
 
Maurice Papon est également mêlé à l'enlèvement de Ben Barka Il sera condamné en 1998, non pas pour les crimes évoqués ci-dessus mais pour avoir déporté des enfants juifs pendant la guerre. Motif de la condamnation complicité de crime contre l'humanité.
 
Ce n'est que la partie émergée des 10 ans de pouvoir de de Gaulle.
 
Le temps est comme le vent, il efface les traces, ne reste que les belles histoires que nos enfants lisent dans les livres d'histoire.
 

 

Anniversaire :

Il y a cinquante ans, de Gaulle en visite à Québec, lançait "Vive le Québec libre" devant un parterre ébahi. Et les journalistes et autres flagorneurs de tout poil de s'extasier devant l'audace du grand homme.

Je me suis souvent posé la question, quelle aurait été la réaction de ces courtisans  si un chef d'état en visite en Corse avait eu l'outrecuidance de crier "Vive la Corse libre" ?

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